Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Djidjelli

Djidjelli – Deux ou trois choses que je sais d’elle

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Vous avez remarqué le titre ? « Djidjelli », et ce sera ainsi sur les pages qui suivront, jamais autrement. La ville a un peu modifié son nom ? Et alors ? Ce sont mes souvenirs, que je raconte, pas l’histoire de la ville.

Pourquoi changer de nom ? Tout changement de nom est vain, voire suspect, à l’exception sans doute de celui qui a rendu à Leningrad son nom originel, Saint-Petersbourg, puisque cela équivalait à descendre de son piédestal un odieux tyran, fossoyeur du peuple russe. Et voyez comme, en dépit du fait que les Marocains désignent par « Dar Beïda » leur capitale économique, le monde entier s’en fiche et continue de dire « Casablanca » ! C’est Humphrey Bogart qui y gagne...

En effet, ce procédé, changer de nom, rappelle trop ces entreprises qui traînent des casseroles pour cause de corruption (la Générale des Eaux, la Compagnie Générale d’Électricité, le Crédit Lyonnais, Elf) ou d’incapacité flagrante (la Poste), et qui changent de nom (respectivement : Vivendi, Alcatel, LCL, Total, la Banque Postale) en vue de faire passer aux oubliettes leur passif avec leur passé. Mais elles auraient tort de se gêner, tant qu’il se trouvera des gogos pour avaler l’appât, avec l’hameçon et toute la ligne.

Dans le cas de Djidjelli, ce changement de nom me paraît fort tiré par les cheveux. Quelqu’un de trop bien intentionné a-t-il jugé, quelque part, dans un obscur bureau gouvernemental, qu’il convenait d’arabiser l’identité de la ville ? Comme un jour on « arabisa » l’enseigne du café Anatole-France, à Alger, en le rebaptisant « Café Anatole-Algérie » ? (Si vous ne me croyez pas et prenez cette vanne pour une marque de racisme, état d’esprit qui m’est étranger – si je puis dire –, sachez que le fait a été rapporté par « Le Canard enchaîné », Popofqui n’est pas suspect sur ce plan-là, et qu’il avait été certifié en 1967 par l’équipe de Luchino Visconti, le plus grand réalisateur italien, lequel n’était certes pas d’extrême droite puisqu’il était au Bureau Politique du Parti Communiste italien, et qui tournait alors dans les rues d’Alger une adaptation de L’étranger, d’Albert Camus).

Or ce nom, Djidjelli, ne vient pas de la colonisation, il existait bien avant, des tonnes de documents l’attestent comme dérivé d’un nom phénicien. Et voici une raison supplémentaire de railler cette modification : lorsque je suis entré à l’École Normale d’Instituteurs de Constantine, notre professeur d’arabe se nommait précisément monsieur Djidjelli (surnommé Popof, photo ci-contre). Néanmoins, nul n’a jamais mis en doute son arabité. Certes, il semble que ce nom signifie « habitant de Igilgili », mais, une fois encore, il préexistait à l’installation des Français en Algérie – et il n’a rien, non plus, d’un mot français. Donc, ici, on écrira « Djidjelli », le seul nom que j’aie connu.

Blason de Djidjelli

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Dernière mise à jour de cette page le mardi 1er mai 2012.