Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - À Djidjelli

Djidjelli – Deux ou trois choses que je sais d’elle

Les H.L.M. de l’avenue GadaigneLes H.L.M. de l’avenue Gadaigne

Après quelques années passées dans notre chalet de la rue des Gardes-Françaises, la mairie accepta de nous loger ailleurs. Elle venait de faire bâtir trois immeubles avenue Gadaigne, la voie la plus prestigieuse de la ville. Certes, il ne s’agissait pas d’immeubles de luxe, mais d’habitations à loyer modéré, les fameuses H.L.M., qui avaient le mérite de ne pas ressembler aux horreurs construites un peu plus tard en France, à l’occasion des ravages causés par le gaullo-pompidolisme immobilier. Disons que c’étaient des habitations correctes. Et pour nous, un prodigieux bond en avant, puisque nous quittions le quartier du cimetière pour les abords de la plage.

Mais, de toute évidence, nous ne méritions pas cette faveur. Je me souviens d’avoir reçu, quelques mois plus tard, une lettre que m’écrivit, depuis son lieu de vacances, une personne très connue à Djidjelli dans les milieux bien-pensants, et qui avait rédigé ainsi mon adresse : « Jean-Pierre Marquet – Immeubles de recasement – Avenue Gadaigne – Djidjelli – Algérie ». Textuel... Nous étions des « recasés ». J’admire aujourd’hui encore le tact et le génie du vocabulaire chez certains.

J’ai malheureusement oublié à quelle date nous avons déménagé pour nous y installer. En fait, cela se fit en mon absence, puisque j’étais alors interne à l’École Normale de Constantine et ne revenais que pour les vacances. Je devais avoir environ dix-huit ans, ce pouvait donc être en 1959. Quoi qu’il en soit, j’ai peu vécu à cet endroit, puisque, après l’École Normale, je me suis éloigné davantage de Djidjelli pour aller vivre à Bône : je ne tenais pas à tomber sous la surveillance de mes parents ; encore moins, à devenir le collègue de ceux qui, quatre ans plus tôt seulement, avaient été mes anciens professeurs, au sujet desquels je dirai quelques mots gentils dans une page prochaine, et avec ce que cela aurait comporté de condescendance de leur part ! « Tu vois, mon p’tit, à ta place, etc.». Car, on s’en doute, ils m’auraient tutoyé jusqu’à la fin de mes jours, sans autoriser la réciproque...

HLM avenue Gadaigne

Toujours est-il que l’endroit, s’il n’était pas aussi élégant que l’immeuble du Crédit Foncier qui jouxtait le square Dollfus, en face du Glacier, ne manquait pas d’agrément : trois bâtiments de quatre étages, soit en tout quarante-huit appartements, surtout peuplés de fonctionnaires, édifiés à l’intersection de l’avenue Gadaigne et de la rue conduisant au port (dont on devine l’entrée sur la photo ci-contre, là où une femme voilée traverse précisément cette rue). En face, la gendarmerie... et la prison, mais passons sur ce détail, car on voit rarement une prison aussi bien située !

Nous habitions à présent l’immeuble le plus éloigné de l’avenue, et que l’on voit à peine ici, caché derrière celui de gauche et que masquent en partie les platanes. Notre appartement était au dernier étage (sans ascenseur, cela ne devait pas exister à Djidjelli, qui ne comptait aucun immeuble élevé). À vrai dire, le confort était réduit au minimum. Étrangement, c’est un four à bois installé dans la cuisine qui fournissait le chauffage et l’eau chaude de la première salle de bains que nous eussions utilisée. La chambre de mes frères donnait sur l’avenue, et celle de mes parents, dont un mur était peint en rouge, sur la plage (lointaine) et le fort Duquesne. La cuisine était prolongée par une loggia, où mon père s’empressa d’installer ses éternelles cages à pigeon, que nous traînions depuis Touggourt. Évidemment, plus de jardin ! En somme, nous nous embourgeoisions...

Ce fut le dernier logement de ma famille en Algérie, qui y a donc vécu jusqu’en 1962. Mais pas mon dernier logement, puisque je n’ai quitté le pays qu’en 1966, après avoir fait mon service militaire et habité Oran, puis Bône. En septembre 1961, c’est de cet appartement que je suis passé directement aux casernements de l’armée. J’avais pris l’avion pour Bougie, ma seule visite dans cette ville, puis le train pour Alger, le lendemain. Ce n’est pas mon meilleur souvenir...

Blason de Djidjelli

Sites associés : Kinopoivre (critiques de films)Yves-André Samère a son bloc-notes

Dernière mise à jour de cette page le samedi 30 avril 2011.