Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Djidjelli

Djidjelli – Deux ou trois choses que je sais d’elle

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Jeter un regard en arrière, compte-tenu de tous ce que nous avons vécu depuis cette époque et de ce que le monde est devenu, est l’occasion d’une constatation stupéfiante : il n’existait aucune délinquance à Djidjelli ! J’ai beau fouiller dans ma mémoire, je n’ai pas conservé la trace du moindre incident déplorable qui entache nos souvenirs d’enfant.

Naturellement, on ne va pas faire d’angélisme et en déduire que « c’était le bon temps ». J’ai déjà noté en commençant que je crois pas à cette lubie. Il n’empêche que, sans chausser de lunettes roses, encore une fois, nous ne vivions pas dans cette crainte perpétuelle qui fait, par exemple, de la vie quotidienne chez nos ex-alliés d’outre-Atlantique, un enfer incessant et les incite au mythe de l’autodéfense et au culte des armes à feu. Voyez ou revoyez, par exemple, le film de Michael Moore Fahrenheit 9/11 (ou lisez le texte que j’ai rédigé sur le sujet), et vous comprendrez où je veux en venir.

Cela ne signifie pas que nous ignorions l’existence du Mal et de son incarnation la plus concrète, la violence. Mais tout cela était lointain, et nous tendions à croire que, si la métropole connaissait tous ces menus inconvénients, nous, en Algérie, étions épargnés. À l’abri, pour ainsi dire. Ainsi, la radio et les journaux ne nous laissaient pas ignorer que les jeunes de l’autre côté de la Méditerranée, avaient une certaine propension à se réunir en bandes pour se battre, tout casser, piller, voler, et Dieu sait quoi. À l’époque, on les appelait « les J3 ». Mais chez nous, rien. Pas même ces fameux afrontements entre communautés qui devaient se révéler fertiles en scénarios exploitables au cinéma. Mais, justement, cela ne se voyait qu’au cinéma.

Pourtant, songez-y : l’Algérie semblait propice aux affrontements entre communautés, Arabes contre Européens d’une part, musulmans contre juifs d’autre part. Eh bien, non : rien ! Même lorsque la guerre fut déclarée, quoique pas officiellement puisque ce ne fut jamais que du « maintien de l’ordre » (sic), je n’ai connu aucun affrontement. Cela ne signifie pas qu’à partir du 1er novembre 1954, il n’y eut aucune violence, au contraire, puisque, dans mon entourage, j’ai connu les attentats et que j’ai même perdu momentanément l’ouïe à la suite d’une explosion de plastic dans la rue où je passais, mais ce n’est pas à proprement parler de la délinquance. Eh oui, la guerre n’a pas encore été classée dans cette catégorie.

Mais alors, dans notre enfance, puisque nous n’étions pas des J3, à quoi donc nous occupions-nous ? À des distractions très innocentes, et qui feraient ricaner aujourd’hui. Et comme les jeux vidéo n’existaient pas (la télévision n’avait pas encore fait son apparition en Algérie), le virtuel nous était inconnu, et l’on ne se distrayait que via du concret.

 

 

Blason de Djidjelli

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Dernière mise à jour de cette page le mardi 22 mai 2012.