Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Djidjelli

Djidjelli – Deux ou trois choses que je sais d’elle

Quitter DjidjelliQuitter Djidjelli

Si j’ai fini par quitter Djidjelli, je m’y suis repris à trois reprises. Voici le détail.

Première fois

Naturellement, il m’était arrivé deux ou trois fois de sortir de Djidjelli, par exemple quand nous allions en excursion au lieu préféré des campeurs, les Aftis, au bord de la mer ; mais surtout, lors de nos voyages à Constantine. Ainsi, lorsque mourut mon grand-oncle, le beau-frère de ma grand-mère jamais connue. Lui non plus, d’ailleurs, le capitaine Largeau, je ne l’ai jamais vu. Il habitait place Foch, en face de la cathédrale, une place où débouchait le palais du bey. On avait prétendu qu’il était tombé dans l’escalier (lui et ma grand-tante vivaient au quatrième et dernier étage), mais nous savions bien qu’il s’était suicidé avec son pistolet de service. Lors de ces très courts voyages, nous résidions chez ma grande-mère, mémé Louise, au 21 avenue Forcioli, dans le quartier d’El-Kantara, au-dessus de la gare. Elle avait un jardin qui entourait trois côtés de la minuscule maison, et une cave très effrayante, car il s’y trouvait un puits fermé par une trappe en bois.

Comme je l’ai dit ailleurs, le voyage en autocar était déplaisant, car j’étais toujours malade, et durait quatre bonnes heures pour une distance à peine supérieure à cent cinquante kilomètres.

Mais ma première vraie sortie de Djidjelli eut lieu quand je dus devenir interne, à l’École Normale d’Instituteurs de Constantine. Cette coupure dans ma vie se passa en 1955, et j’avais quatorze ans et cinq mois. Ainsi, je passai en internat quatre ans de ma vie et y appris mon futur métier. Bien entendu, je revenais à Djidjelli aux vacances, trois fois par an, mais ce n’était pas sans mal. Il faut dire que, symboliquement, c’était un changement, puisque, de simple élève, je devenais un « élève-maître » (sic), et qu’on m’établit aussitôt membre de la Mutuelle Générale de l’Éducation nationale – j’ai encore ma première et unique carte d’adhérent !

Je dois avouer que, mis à part les trois premiers mois de bizutage (avec la bénédiction de la direction, d’autres mœurs qu’aujourd’hui étaient en vigueur), et la pénible obligation de se lever à six heures tous les jours ouvrables, hormis également les deux heures de gymnastique hebdomadaire qui me révulsaient même si j’ai bien aimé les trois professeurs qui se sont succédé, surtout le dernier, un jeune homme nommé Joël Gauthier qui était comme un grand frère pour nous, j’ai été très heureux à l’École Normale. Ma famille me manquait d’autant moins que je ne m’entendais pas avec mon père, et que les leçons de morale de ma mère, même à distance, me pesaient. L’École Normale était une petite école, quatre classes de vingt élèves, plus les stagiaires, appelés « sectionnaires », avec lesquels nous n’avions que très peu de contacts. À cela, on doit ajouter que, dès la première année, la grève lancée par le FLN provoqua le départ de la plupart de nos camarades musulmans, et notre promotion, de vingt, tomba à quatorze élèves. Aucun de nos professeurs ne s’est jamais plaint de classes surchargées !

 

 

Blason de Djidjelli

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Dernière mise à jour de cette page le dimanche 8 juin 2014.