Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Djidjelli

Djidjelli – Deux ou trois choses que je sais d’elle

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J’ai gardé de cette époque ma préférence pour la radio, que je juge toujours bien supérieure à la télévision. C’est volontiers que, devenu adulte, j’aurais travaillé à la radio ; à la rigueur, dans un journal, ce que j’ai failli faire début 2011 avant de démissionner ; à la télé, jamais. Bien sûr, pas question de télévision dans mon enfance, elle n’est apparue, et seulement dans la région d’Alger, qu’à la fin des années cinquante. Quant à la radio, à Djidjelli et comme dans toute l’Algérie, le choix était mince : la modulation de fréquence n’existait pas, les ondes courtes produisaient des sons bizarres, et les grandes ondes ne nous apportaient guère que des parasites ; restaient les ondes moyennes, qu’on appelait aussi « petites ondes ». Or, sur cette bande de fréquences, nous ne pouvions correctement capter que deux stations, Radio-Monte-Carlo et Radio-Alger.

Certes, il y avait aussi Radio-Andorre, et j’entends encore son indicatif : « Aquí Radio-Andorra ». Mais ses émissions, en espagnol et en français, semblaient n’attirer personne, et nous ne l’écoutions guère.

Radio-Alger était la plus proche, par conséquent plus audible, mais peu attrayante. On y écoutait l’émission de variétés du dimanche matin, animée par Jacques Bedos, un oncle de Guy Bedos. Parfois aussi les informations, lues par une speakerine qui semblait être toujours la même, et donc ne jamais quitter son micro (j’appris plus tard, en visitant la station au cours d’un stage, qu’elles étaient deux sœurs, et qui avaient la même voix. Pratique !). Et le jeudi après-midi, l’Émission Enfantine de Radio-Algérie, dont l’auteur était José Pivin, avec sa femme Pollène pour animatrice. José Pivin était un bon auteur de feuilletons, et je n’en ratais aucun épisode, joués en majeure partie par des comédiens enfants, dits « Comédiens en herbe de Radio-Algérie ». C’était une bonne émission, pas racoleuse du tout, et pas gnangnan. Et puis, il y avait cette émission de fin d’après-midi, où le comédien Max Roire jouait le personnage d’un clochard et disait des poèmes, dont je ne sais s’il était l’auteur. Lorsque j’ai visité la station, peu avant mes dix-huit ans, j’ai pu, derrière la vitre de la cabine technique, admirer un monsieur ma foi fort bien vêtu, et même très élégant, qui n’avait rien d’un clochard, et qui parlait en direct au micro. Plus tard, vers 1960, je l ’ai croisé, à Bône, sur le Cours Bertagna (les Champs-Élysées de la ville), cette fois portant son uniforme de clochard : il venait, je crois, participer à je ne sais plus quel gala dans notre ville. Max Roire a quitté l’Algérie en 1961 et a terminé ses jours à Lyon, en 1993. Il faisait surtout du théâtre, a tenu quelques petits rôles au cinéma et à la télévision, mais jamais il n’est redevenu la vedette qu’il était en Algérie.

Radio-Alger mis à part, le reste du temps, pour les Djidjelliens, c’était Radio-Monte-Carlo, qui, produisant peu, relayait en réalité Radio-Luxembourg pour la plupart de ses programmes. Et je n’ai pas oublié la voix harmonieuse de sa principale speakerine, Lola Robert, non moins que le bel hymne national monégasque. C’était assez joyeux, malgré – ou à cause de – la guerre qui venait à peine de prendre fin : le Club des Chansonniers le mercredi, le Martini-Club le mardi, le Radio-Crochet le jeudi, Quitte ou Double le vendredi, La Joie de Vivre (présentée par Henri Spade, le dimanche soir, « En direct de l’Alhambra-Maurice-Chevalier », salle qui est devenue un parking), la Famille Duraton tous les jours ouvrables, Cent francs par seconde le dimanche, les feuilletons de midi produits par Monsavon, et j’en oublie certainement : les vedettes étaient Zappy Max, que j’ai vu plus tard sur scène, à Casablanca, dans une pièce qu’il jouait en tournée, et Marcel Fort, en compagnie d’un petit garçon de quatre ans, Rodolphe Martin, qui joua dans deux films en 1954, Escalier de service et Obsession, avant de tomber dans l’oubli. Sic transit... Bourvil et Jean Carmet ont presque fait leurs débuts dans ces émissions de variétés, dont la moins honorable était la Reine d’un Jour, émission d’apitoiement très faux-cul, animée par Jean Nohain : c’était une distribution de cadeaux publicitaires à des pauvresses qu’on s’efforçait de faire pleurer au micro, concept si nauséeux... qu’il a été repris à la télé, en 2003 je crois, par un humoriste prétendu, Arthur.

Passons. C’est sans doute la radio qui m’a le plus manqué lorsque je dus quitter Djidjelli et vivre à Constantine, en internat. Là, on nous interdisait tout, et d’ailleurs, les postes à transistors n’existaient pas encore. Dès lors, nous étions sur une autre planète.

Beaucoup plus tard, je découvris France Inter, qui m’inspira le dégoût des radios commerciales et de leur publicité omniprésente, et je m’y fis un ami, qui l’est toujours, même s’il a été viré de cette radio !

Blason de Djidjelli

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Dernière mise à jour de cette page le samedi 30 avril 2011.