Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Djidjelli

Djidjelli – Deux ou trois choses que je sais d’elle

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Je vis à Paris depuis février 1999, j’ai par conséquent vécu plus de temps dans cette ville, qui restera ma résidence finale, qu’à Djidjelli, où je n’ai passé que dix ans et quelques poussières de semaines. Mais ces dix années laissent loin derrière mes autres séjours à Constantine, Touggourt, Bône, Oran, Nogaro, Torcy-le-Grand, Khouribga, Casablanca, Loos, Biankouma, Bouaké, Saint-Lô, ainsi que les multiples villégiatures que m’offrit gratuitement l’armée (prison comprise, que le Ciel la bénisse) : Beni-Messous, Nouvion, Perrégaux, Lamtar, Misserghin, Sidi-Chami, Arzew.

J’ai donc vécu à Djidjelli cette période de la vie où le caractère se dessine de manière définitive. Et pourtant, paradoxe, aucun évènement marquant n’est survenu durant ces dix ans. Bonheurs et malheurs – il y en eut en pagaille – me sont tombés dessus partout ailleurs, jamais là.

Mes goûts, eux, sont bien nés à Djidjelli, la lecture, l’écriture, la musique, le cinéma, d’autant plus ancrés qu’ils n’étaient pas encouragés par ma famille. Classique : on se forme en s’opposant à ses proches, et s’ils servent de modèle, c’est à rebours ! Mes idées, politiques et autres, également, ne se sont formées que bien plus tard, mais c’est normal, un enfant n’a pas d’idées propres, ou peu, il copie celles des autres.

Mes amis non plus ne sont pas apparus à Djidjelli, où je n’ai eu que des camarades, de classe exclusivement, relations temporaires donc, mais je garde une immense estime pour l’un d’eux, Joseph Mana, dont j’ai parlé – trop brièvement, car il mérite davantage.

Pour tout dire, j’aurais oublié Djidjelli sans la découverte du site de Suzanne Granger, intéressant pour ses documents iconographiques. Suzanne Granger a aussi rédigé deux livres sur l’histoire de la ville et de sa région, très documentés. Malheureusement, ces deux volumes, publiés par un marchand qui ne s’est pas donné la peine de relire et de faire corriger le texte et ses milliers de coquilles (typographie, orthographe, syntaxe), sont la honte de l’édition. Un vrai travail d’amateur incompétent. Mais enfin, apparemment, l’auteur non plus n’a pas pris cette peine...

 

JPM derait écrire un bouquin

(Dessin de Giemsi – Voir le pied de cette page)

Tant pis si je semble sacrifier à la mode du retour aux sources, mais depuis cette redécouverte, si les images des décors m’échappent en partie, bien d’autres souvenirs ressurgissent. Je m’efforce de les faire renaître. Au fond, c’est un jeu. Il se trouve que ce jeu a débouché sur une série de pages que vous venez peut-être de lire, pages qui ont suscité des réactions diverses : favorables souvent, réticentes ou hostiles parfois – rarement. Il fallait s’y attendre, dire la vérité n’est pas toujours une sinécure, et certaines vérités sont mal supportées.

Mais tout est question de point de vue. Je n’ai jamais oublié ce film du grand John Ford, L’homme qui tua Liberty Valance, un western devenu classique. On y voyait un village paisible, terrorisé par un affreux bandit que jouait Lee Marvin. Excédé, un brave garçon pacifique, interprété par James Stewart, finissait par le provoquer en duel, et, contre toute attente car il ne connaissait rien aux armes, il le tuait. Aussitôt, il devenait un héros local, ses concitoyens le pressaient de se présenter aux élections, il était sur le point de devenir sénateur, et la presse régionale s’intéressait à lui. Mais un journaliste, sans doute plus curieux que les autres, découvrait la vérité : le héros, trop maladroit, n’avait tué personne, c’était son copain John Wayne, un tireur d’élite, qui avait, lors du duel, discrètement flingué l’affreux, puis avait gardé la vérité pour lui et laissé la célébrité à son ami. Informé par le journaliste, le patron du journal régional refusait de publier la vérité : « Si je dois choisir entre une réalité déplaisante et une légende qui plaît à tout le monde, disait-il, j’imprime la légende ».

Vous aurez compris que je ne partage pas cette opinion !

Blason de Djidjelli

Sites associés : Kinopoivre (critiques de films)Yves-André Samère a son bloc-notes

Dernière mise à jour de cette page le samedi 2 février 2013.