JPM a un avis sur tout - Bobards

On ne vous prend pas pour des demeurés

La plus belle...Dimanche 27 juillet 2003

Rituel : à chaque arrivée du Tour de France, il se trouve toujours un ahuri pour citer les Champs-Élysées comme « la plus belle avenue du monde ». Chacun est libre d’en penser ce qu’il veut, mais ce n’est pas du tout mon opinion. Déjà, avec la perspective bouchée par le napoléonien Arc de Triomphe, ce monument mastoc et sans grâce...

Nu dans HairMardi 4 novembre 2003

Allons bon, c’est reparti ! Comme j’ai vu Hair trois fois au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, dont deux fois avec Julien Clerc, j’ai tenté à plusieurs reprises de démentir cette légende : Julien Clerc jouant nu. En vain.

Il y avait deux passages de nu dans la pièce. Le premier, juste avant l’entracte : toute la troupe se cachait sous un immense drap peint recouvrant la scène entière, et reparaissait, débarrassée de ses vêtements. Julien Clerc n’était PAS dans cette scène. Lors de la première représentation, l’acteur le plus jeune avait 17 ans, et il y avait une fille enceinte dans le lot. Au deuxième passage, Burger, le personnage principal et chef de la troupe des hippies, se balançait au bout d’une corde, comme Tarzan, et il était nu – plus que Tarzan.

Julien Clerc apparaissait, vêtu d’un caleçon taillé dans le drapeau... britannique (on se demande pourquoi), au cours d’une scène où on lui administrait une douche dans un tub. À ma connaissance, il n’a démenti qu’une fois cette histoire de nu, l’année dernière, dans Le fou du roi. Mais les légendes ont la vie dure. Je suppose que l’intéressé est fatigué de vouloir dire la vérité, quand le public préfère les bobards. Souvenez-vous de L’homme qui tua Liberty Valance et de son patron de journal : « When the legend becomes fact, print the legend ».

Un monument... de jobardiseLundi 5 décembre 2005

Ce soir, sur Canal Plus, les Guignols ont ressorti ce vieux serpent de mer de la Grande Muraille de Chine, qui serait « le seul monument visible depuis la Lune ». Très bien.

Grande Muraille de Chine

La Muraille mesure entre cinq et sept mètres d’épaisseur, en comptant généreusement. Voyez la photo ci-dessus. Large comme une petite route de campagne. On voit beaucoup de petites routes de campagne, depuis la Lune ?

Si vous n’êtes pas convaincu, prenons l’exemple d’un cheveu, objet d’un dizième de millimètre d’épaisseur en moyenne, c’est-à-dire entre cinquante mille et soixante-dix mille fois plus fin que la Muraille. Divisons la distance Terre-Lune, qui est de 384 000 kilomètres, par cinquante mille (ou par soixante-dix mille), nous obtenons 7,68 kilomètres (ou 5,485).

Conclusion, si la Muraille de Chine est visible depuis la Lune, un cheveu est visible à une distance comprise entre 5,5 et 7,7 kilomètres. En gros, la distance séparant, à Paris, l’Arc-de-Triomphe de la place de la Bastille ou de la Nation. Ou entre dix-huit et vingt-six fois la hauteur de la Tour Eiffel. Ou, pour les New-Yorkais, deux fois la largeur de Manhattan à n’importe quel endroit.

Alors, vous y croyez toujours ?

Film-culteMardi 6 décembre 2005

Chaque sortie d’un nouveau film à succès occasionne le retour de l’éternel cliché, selon lequel on aurait un « film-culte ». Il serait peut-être temps de tordre le cou à ce bobard, et de rappeler, comme le fait judicieusement Martin Winckler dans son dernier livre sur les séries télévisées, que cette expression désigne en réalité un film qui n’a obtenu aucun succès lors de sa sortie, sauf auprès de quelques admirateurs, fervents et inconditionnels – public restreint, mais qui a réussi à justifier que l’exploitation du film se poursuive. Souvent, sa carrière continue à la télévision, ce qui compense sa traversée du désert dans les salles. Par conséquent, un film à succès comme La guerre des étoiles ou Le père Noël est une ordure n’a rien d’un film-culte !

Eh oui, le mot anglais cult signifie aussi « secte »...

Tout est relatifJeudi 15 décembre 2005

On croyait que France 5 était une chaîne éducative. Pourtant, tout se passe comme si nul ne vérifiait ce qu’on y met à l’antenne. Hier soir, mercredi 14 décembre 2005, était programmé un documentaire sur Einstein, 1905, année lumière – pas très réussi, à vrai dire. Mais le pire était dans la présentation. Un certain André Khémis, zigoto assez agité ressemblant à Groucho Marx, s’est fendu d’un petit speech qui ne volait pas très haut, où Einstein était vu par le gros bout de la lorgnette, et dont la conclusion fut dans le style « Mais tout est relatif, d’ailleurs cette expression est de lui ».

Tout à fait, André ! À ce détail près que cet aphorisme de café du Commerce n’a rien, mais alors RIEN à voir avec la Relativité en physique. Il faut être ignare comme un échappé de la Star Academy pour imaginer qu’Albert Einstein a proféré cette platitude.

Peroxydé mécanique Lundi 30 janvier 2006

Chaque fois qu’un garçon un peu connu se fait décolorer les cheveux, vous trouverez toujours un manieur de clichés pour le qualifier de « peroxydé », ce qui fait plus savant que « décoloré ». Le peroxydé de la semaine, c’est Sagamore Stévenin, qui va jouer Orange mécanique au théâtre – ou plus exactement au Cirque Bouglione. On peut craindre le pire, quand on sait que la musique de Beethoven a été remplacée par celle de... Cerrone, compositeur de disco !

Le producteur – un de ces charlatans qui courent les rues de Paris et montent à tour de bras de prétendues comédies musicales interprétées par des braillards équipés de micros (ce qui fait bien rire les amateurs d’opéra) et qui se trémoussent sur des musiques dont on ne retient rien – a cru malin de faire placarder sur les affiches une énorme mention « Interdit aux moins de seize ans », histoire de rameuter quelques pigeons de plus. Mention bidon, évidemment, puisqu’il n’existe, en France, aucune censure au théâtre...

Quant au jeune Stévenin, il n’est plus si jeune que cela, puisqu’il aura bientôt 31 ans. Cela ne l’a pas retenu de vouloir jouer le rôle d’Alex, qui en a quinze dans le livre d’Anthony Burgess. Mais enfin, c’est demi-mal, car l’acteur pressenti au départ était Samy Naceri – qui a, lui, 44 ans passés –, actuellement retenu pour des raisons indépendantes de sa volonté, puisqu’il est en prison (pour violences) à la Santé !

Tahar BenjellounVendredi 24 février 2006

Il paraît, c’est lui qui le dit, que « personne n’ose dire du mal » de Tahar Benjelloun (le gars est aussi modeste qu’Enrico Macias, décidément). Très bien, monseigneur, on va y remédier.

En 1975, profitant de l’interminable agonie du dictateur fasciste espagnol, le général Franco, le roi Hassan II du Maroc lança sur le Sahara Occidental, occupé par l’Espagne, une armée de trois cent cinquante mille chômeurs qu’on avait préalablement fanatisés, en vue de « récupérer pacifiquement » ce territoire, que le Maroc revendiquait sans y avoir aucun droit. Saisie de ce point de droit international, la Cour Internationale de La Haye s’était prononcée contre les prétentions marocaines, qu’elle avait jugées sans fondement – ce qui n’empêcha pas Hassan II, dès ce jugement rendu, de prétendre à la radio marocaine que la Cour lui avait donné raison ! Il était surtout le roi des charlatans. Mais il suffisait, sur place, d’écouter les radios étrangères pour avoir un autre son de cloche...

Cette invasion d’un territoire colonial étranger fut présentée par les médias marocains comme une glorieuse épopée, que l’on baptisa « La Marche Verte », mais l’Espagne n’apprécia guère, même si elle s’abtint de riposter militairement, aussi bien du vivant de Franco que lorsque son successeur, le roi Juan Carlos, accéda au trône d’Espagne.

Malgré cela, l’initiative marocaine fut presque unanimement condamnée à l’étranger, et les Nations-Unies exigèrent un référendum d’autodétermination, que Hassan II s’ingénia, jusqu’à la fin de sa vie, à empêcher par tous les moyens. Le temps, il est vrai, travaillait pour lui, puisque les Sahraouis recolonisés, peu à peu, disparaissaient... ou se laissaient acheter par le Maroc !

Hassan II mort, son fils et successeur, Mohammed VI, n’a rien fait de plus que son père, et le Sahara Occidental, de fait, fait aujourd’hui partie du Maroc, au mépris du droit.

Au début des années quatre-vingt, sous la direction de Maurice Druon, ami de Hassan II, un livre collectif fut mis en train, tout à la gloire du roi envahisseur. Cela s’intitulait La Marche Verte, et bien des célébrités françaises ou francophones du monde littéraire y prêtèrent leur plume. Au nombre de ces écrivains ou prétendus tels, un certain Tahar Benjelloun, qui rédigea trois pages de compliments à l’égard du dictateur si éclairé !

Le grand écrivain était donc un larbin.

Jésus contre Judas ?Dimanche 16 avril 2006

Toujours aussi farceurs, les programmateurs de France 5 ont choisi le jour de Pâques, donc aujourd’hui, pour diffuser un docu-drama d’origine britannique, au demeurant médiocre, sur l’évangile de Judas.

Cet évangile présumé, dont on vient de terminer la restauration et qui est lisible à 85 %, semble authentique. La datation au carbone 14 lui attribue une date de création entre 230 et 330, deux ou trois siècles après les événements qu’il raconte, mais l’existence d’un tel texte est attestée par la condamnation qu’en fit Irénée, évêque de Lyon, en 180 – donc le document restauré n’est qu’une copie de celui qui fit l’objet de cette condamnation.

Son contenu, toutefois, ne sera jamais reconnu par le Vatican, car le récit qu’il fait des évènements précédant la mort présumée de Jésus montre un Judas trahissant Jésus sur la demande de celui-ci : Jésus aurait désiré « libérer son âme » et la faire « échapper à son enveloppe charnelle », lubies gnostiques bien connues ; en outre, la résurrection de Jésus n’y est pas mentionnée, or l’Église catholique n’est pas près de renoncer à ce postulat qui fonde toute la religion chrétienne (voir ma critique du film Le tombeau).

Cela mis à part, ce texte, à mon sens, recèle les mêmes absurdités que les évangiles canoniques, les officiels donc. Il montre, comme les autres évangiles, Judas « trahissant Jésus » par sa dénonciation aux Romains. Or l’on peut faire deux objections de simple bon sens.

D’abord, les Romains n’avaient rien contre Jésus et ne désiraient nullement l’arrêter. Les textes dits sacrés le sous-entendent, et souvenons-nous de l’embarras de Ponce Pilate lorsqu’on lui amena le prétendu messie : il ne savait visiblement qu’en faire, et mentionna expressément qu’il ne trouvait rien à lui reprocher. Lisez la Bible, c’est écrit en toutes lettres. C’est qu’en effet, Jésus ne gênait en rien l’occupant, avait clairement signifié qu’il ne voulait pas être roi d’Israël, et, à la question « Devons-nous payer l’impôt aux Romains ? », avait répondu affirmativement par le fameux « Rendons à César ce qui appartient à César »... Certes, Jésus avait fait un peu de scandale au Temple les jours précédents, donc troublé l’ordre public, mais le Temple de Jérusalem n’était pas sous la juridiction des Romains, seul le Sanhédrin (haut conseil des prêtres juifs) y exerçait son autorité.

Ensuite, et à supposer que les Romains aient eu le désir de s’emparer de sa personne, en quoi auraient-ils eu besoin de Judas ? Jésus ne se cachait absolument pas, allait et venait à sa guise, et son visage, surtout après son tapage au Temple, était connu de toute la population. Que serait venu faire un prétendu dénonciateur dans toute cette affaire ?

De toute évidence, cette histoire de dénonciation est purement symbolique.

Son nombrilMardi 2 mai 2006

Qui a dit « Je suis au cœur même de l’histoire du monde et de l’humanité » ? C’est Enrico Macias, le mardi 2 mai 2006, invité sur France Inter dans l’émission Le fou du roi, en direct. Il n’avait pas digéré une parodie faite par Frédéric Martin, sur une de ses chansons lénifiantes et pseudo-humanistes.

Macias, bon guitariste mais mauvais auteur de vers de mirliton, se prend depuis des lustres pour un nouveau sauveur chargé de toutes les souffrances de l’humanité. Ce serait comique si ce n’était odieux, car il s’agit là d’une comédie jouée par un habile charlatan.

Ainsi, depuis quarante ans, il prétend qu’il voudrait bien retourner en Algérie, son pays d’origine, mais que les maîtres du pays le lui interdisent. Étrange... Macias est, depuis l’indépendance de ce pays, un chanteur populaire là-bas, et il n’y est nullement interdit de diffusion. J’ai passé trois ans en Algérie juste après l’indépendance, et je témoigne qu’on entendait Macias dans tous les juke-boxes !

En fait, et je l’ai vérifié auprès d’un correspondant algérien, le président Bouteflika avait invité Macias, puis a retiré son invitation parce que le chanteur est trop lié à Israël. Ne pas être invité, Macias traduit cela par « être interdit »...

Toujours moins !Jeudi 8 juin 2006

Ce titre est inspiré de François de Closets, afin de rappeler que le charlatanisme des commerciaux est toujours de saison, et que, chaque fois qu’un service gratuit se voit réduit, ou devient payant, on vous chante un délicieux madrigal, sur l’air de « C’est afin de mieux vous servir ».

Dernier épisode, celui des annuaires téléphoniques. Jusqu’à l’année dernière, ils étaient fournis gratuitement à tous les abonnés au téléphone, et par France Télécom, organisme partiellement public, partiellement privé. Cette année, France Télécom s’est retiré de la course, avec l’ouverture des services de renseignements au privé (voir les ridicules et envahissantes publicités dont on nous a saoulés des mois durant, histoire de saluer la disparition du « 12 »). Et les annuaires sur papier sont à présent fournis par Les Pages Jaunes, une firme privée.

Un petit changement supplémentaire : si vous habitez Paris, vous receviez jusqu’à l’an passé deux gros volumes contenant les numéros des vingt arrondissements de la ville ; cette année, vous avez droit à un mince fascicule ne rassemblant que... quatre arrondissements, le vôtre et les trois arrondissements les plus proches. Pour faciliter la transition, on peut encore demander gratuitement la fourniture des annuaires manquants, et durant une période limitée, mais parions que cela ne va pas durer.

Cette brillante innovation est marquée par une campagne d’affiches, inspirée du principe cité plus haut : c’est en en faisant moins qu’on vous rend service. Ces affiches donnent dans l’humanisme de pacotille habituel : « Moi, ma vie, mon quartier, mes voisins », annoncent-elles fièrement. Prière d’être convaincu.

Un Soleil qui ne se couche jamaisMercredi 4 septembre 2013

Soleil

Cette image est un schéma de la Terre vue par un observateur placé à la verticale du pôle Nord. L’arc rouge en haut figure l’empire de Charles-Quint, sur lequel « le Soleil ne se couchait jamais », disait ce souverain un peu vantard. Cet arc et l’angle au centre qui l’intercepte mesurent 129°, le point A étant la limite est de l’Italie (19° de longitude est), et le point B, la limite ouest du Mexique (110° de longitude ouest). La trajectoire apparente du Soleil est dans le sens des aiguilles d’une montre.

Les deux demi-droites [CA) et [CB), tangentes à la courbure de la Terre, délimitent les zones dans lequelles peut se trouver le Soleil. Il est clair que si celui-ci se trouve dans la zone en bleu clair, il peut éclairer TOUS les points de l’arc, donc tous les territoires de l’empire. Il reste dans cette zone, en moyenne, huit heures et 36 minutes par jour – 129/360 d’un jour, c’est facile à calculer.

Si le Soleil se trouve dans l’une des deux zones jaunes, il ne peut éclairer que certains territoires, mais pas tous. Dans chacune, il reste six heures.

Enfin, s’il se trouve dans la zone grise, il ne peut atteindre de ses rayons aucun point de l’arc rouge, et donc, il n’éclaire pas l’empire de Charles-Quint. Cette période obscure dure en moyenne, chaque jour, trois heures et 24 minutes – 51/360 d’un jour.

Conclusion : la phrase de Charles-Quint était un bobard, et le Soleil se couchait bel et bien, à certaines heures et tous les jours, sur son empire.

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Sites associés : Kinopoivre (critiques de films)Yves-André Samère blogue et déblogue

Dernière mise à jour de cette page le mercredi 4 septembre 2013.