JPM a un avis sur tout -

Les cons disent « incontournable »

Avant de lire ceci, ou après l’avoir lu, peut-être pourriez-vous prendre connaissance de la page où sont épinglées quelques prononciations ridicules. Ce n’est pas très long, et cela peut servir...

CharabiaJeudi 18 septembre 2003

Le coup de « la langue qui doit évoluer », on me l’a souvent fait – y compris avec les messages d’insultes de Laura Cynober. Cette dame était l’un des deux auteurs des sous-titres de Friends, entre autres. J’avais écrit un article assez critique sur les sous-titres en général, qu’a publié un site consacré à ce feuilleton, et son nom était cité, sans plus. Vexée comme un pou sans aucune raison, elle m’avait adressé des messages furibards, bourrés d’attaques personnelles (selon elle, je ne lisais que « Voici »), et demandé un droit de réponse, qu’on lui a refusé, car il n’y avait pas diffamation de ma part.

Il n’en reste pas moins que les traducteurs doivent adapter leur traduction au caractère du dialogue prononcé par les personnages. Si, dans le dialogue d’origine, un personnage commet une faute de syntaxe, ON DOIT en introduire une dans la traduction ; mais s’il s’exprime de façon rigoureusement correcte, le traducteur ne doit pas y introduire ses propres manies langagières, et, naturellement et a fortiori, ne pas semer des fautes là où il n’y en avait pas. Je soutiens cette évidence : quand un traducteur place un « Je m’EN rappelle » dans la bouche d’un personnage, alors que le dialogue anglais dit « I remember », il introduit dans la traduction une faute qui n’existait pas dans l’original, et cela, par simple ignorance du français. Or je ne vois pas en quoi cela fait plus actuel, plus dans le vent, plus jeune. À moins de sous-entendre que plus personne en 2003 n’est capable de déceler des fautes aussi grossières !

Parlez djeunzJeudi 18 septembre 2003

« Beaucoup de Français parlent mal, les adolescents notamment et d’autres aussi, déforment la langue, tranforment les règles de grammaire et de syntaxe à leur aise, sans que cela n’entraîne des problèmes de compréhension ». Cette phrase d’un ami est ahurissante.

Elle signifie, d’abord, que l’important est de se faire comprendre. Belle ambition ! Pourquoi donner encore des cours de français dans les écoles ? Pourquoi enseigner le vocabulaire ? Il y a beaucoup trop de mots ! Vive le vade-mecum sémantique et consensuel des cours de récré ! À bas la rigueur, cette torture d’inspiration nazie !

Elle signifie ensuite qu’on doit adapter n’importe quel dialogue étranger à l’infra-langage des collégiens et lycéens. Mais alors, qu’est-ce qu’on attend pour réécrire toutes les œuvres littéraires en « langage d’aujourd’hui » ? Le jour où j’ai suggéré de sortir une version plus moderne de Molière en SMS, qu’un journaliste ami a reprise dans son journal, je ne croyais pas si bien dire : apparemment, il y a des partisans !

Au fait, c’est peut-être pour ça que le référendum en Corse a échoué. Il ne fallait pas proposer le choix entre le OUI et le NON, mais entre le NON et le C’EST CLAIR. Et il y aurait davantage de mariages si les mariés étaient invités à dire C’EST CLAIR à monsieur le maire.

Pour le reste, je pense que se faire comprendre est insuffisant. Si cela suffisait, on en serait resté au langage des singes. Imiter le style des jeunes, c’est, je crois, de la lâcheté (on a peur d’être mal jugé par eux) et de la démagogie (on veut se les concilier). En fait, tout ce qu’on y gagne, c’est de se faire mépriser par eux.

La langue anglaise, en tout cas, celle que je vois employée au cinéma, ne bouge pas beaucoup. Je m’intéresse aux sous-titres pratiquement depuis que je vois des films en V.O., ce qui fait assez longtemps. Or les expressions ne changent guère, fût-ce sur trente ou quarante ans. En français, c’est très différent. Mais cela ne change rien au fond du problème : le langage employé doit être celui du personnage qui parle, pas celui du public qui écoute !

Prononciation à la françaiseVendredi 19 septembre 2003

L’anglais, comme l’espagnol d’ailleurs, possède davantage de mots que le français. Mais sa grammaire et sa conjugaison sont plus faciles, et il est plus phonétique, de sorte que les fautes d’orthographe sont plus rares.

Cela dit, les Français – qui ignorent toutes les langues – le parlent mal et le prononcent encore plus mal. Tous les deux ou trois ans, lorsque sort la nouvelle version du jeu vidéo Tomb Raider, je me roule par terre en entendant la prononciation des gens qui causent dans le poste, car ils disent tous « ton braille d’air », alors que ça se prononce à peu près « toum rédeu » (le « r » fortement roulé, comme toujours).

Académie françaiseVendredi 19 septembre 2003

L’Académie française a mauvaise réputation, parce qu’on croit que c’est une sorte de gendarme du langage. Mais ça ne tient pas debout, car elle n’a aucun pouvoir sur la façon dont on parle. En fait, elle joue un rôle d’historien de la langue, et de conservateur – au sens de « conservateur de musée », pas au sens d’« antiprogressiste ». C’est un rôle utile. Sans l’Académie, il ne resterait plus aucune trace des mots anciens, puisqu’ils disparaissent des dictionnaires lors de chaque mise à jour. L’Académie ne les efface pas, mais elle ajoute à son dictionnaire les mots et sens nouveaux. Or elle est seule à le faire.

FacilitéSamedi 20 septembre 2003

La langue la plus facile, tant pour le vocabulaire que pour la grammaire, c’est l’espagnol. La grammaire italienne est assez compliquée. Pour la prononciation, elles sont aussi faciles. Les langues imprononçables : l’arabe et le néerlandais.
        À propos de l’anglais, c’est exact qu’il n’y a aucune instance de conservation de la langue en Angleterre, et qu’on n’y fait pas la distinction entre langage parlé et langage écrit. Savoir si c’est un bien ou un mal...
        Il existe deux sortes d’arabe : l’arabe classique, qui est le même dans tous les pays arabes, et l’arabe dialectal, qui varie d’un endroit à un autre. Dans le premier, on écrit toutes les voyelles ; dans les autres, on n’écrit que les consonnes, si bien qu’un novice ne sait jamais, à la lecture, comment un mot doit se prononcer. Bref, pour déchiffrer un mot, il faut d’abord le connaître ! Une autre forme d’horreur. Je ne m’y suis jamais habitué.

PlaymobileMardi 23 septembre 2003

C’est quoi, une Playmobile ? Une Playstation à roulettes ? Un playboy en automobile ? Une belle-mère ambulante ? Céline Dion en tournée ?

Baisse en hausseDimanche 25 décembre 2005

De Daphné Roulier, sur Canal Plus, dans son émission sur le cinéma : « Une tendance en hausse en 2005 : la baisse de fréquentation des salles ».

La belle Daphné serait bien avisée de « réduire au maximum » le nombre de non-sens dans son émission...

Vocabulaire en promoLundi 9 janvier 2006

Jacques Séguéla est probablement le seul de sa profession qui soit vraiment fier d’exercer ce métier, les autres en ont honte, plus ou moins, à voir cette habitude des gens de la caste : rebaptiser pédiodiquement leur boulot.

Dans la première moitié du vingtième siècle, on faisait « de la réclame » pour un produit, sans tenter, d’ailleurs, de faire passer cela pour la recherche d’un style de vie, comme aujourd’hui avec la mode du branding. Puis les super-camelots décidèrent de redorer un peu leur blason, et ils imposèrent le terme « publicité ». C’était jouer sur le velours, le mot, très voisin de « public » et de « publier », était garanti honorable : quoi de moins suspect que d’informer le public en publiant des informations ? Et ne voit-on pas, encore aujourd’hui, le bon peuple confondre publiciste et publicitaire ? Commode...

Et puis, le bon peuple en a eu marre de voir la pub envahir les écrans de télé, lui casser les oreilles dans les grands magasins, les lieux publics, le métro, et s’insinuer jusque dans les écoles par le biais de campagnes bidons sur la santé et la sécurité. On a vu se multiplier les publiphobes, simples particuliers ou associations peuplées de militants, comme Casseurs de Pub. Il était temps de réagir.

Voilà pourquoi, aujourd’hui, on ne fait plus de la publicité, mais de la promotion ! Le choix de ce mot, là encore, est habile, puisque l’un de ses sens est « avancement ». C’est évidemment plus valorisant que « réclame ».   

Le CSA fait le ménageVendredi 24 février 2006

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel vient de sermonner les journalistes des radios-télés à propos de leur vocabulaire, il est vrai désastreux. Il conseille de proscrire inatteignable au profit d’inaccessible, de ne plus dire « nous avons convenu » mais « nous sommes convenus », etc.

Très bien, mais s’il veut aller jusqu’au bout, le CSA va avoir du boulot... pardon, du travail. On attend notamment qu’il mette l’embargo sur le stupide et inutile incontournable, et qu’il épingle comme absurde le fait de parler d’un « attentat qui intervient », formule qu’on entend quotidiennement.

MajestJeudi 23 mars 2006é

« Le Canard » de cette semaine et de la semaine précédente a publié deux échos sur un livre publié par Jean-Pierre Tuquoi, déjà auteur, me semble-t-il, d’un premier bouquin sur le roi du Maroc Mohammed VI. Ce livre s’intitule Majesté, je dois beaucoup à votre père.

Il faut dire que, pour un écrivain qui a écrit plusieurs livres sur les rois, il fait montre d’une singulière ignorance du simple vocabulaire ! En effet, s’adresser à un souverain en lui disant «Majesté », c’est carrément digne d’un plouc.

Explication : la majesté est une QUALITÉ attachée à la fonction royale, exactement comme l’éminence d’un cardinal ou l’excellence d’un ambassadeur. En aucun cas, il ne s’agit de la personne du roi lui-même. On ne peut employer le mot « majesté » qu’indirectement, à la troisième personne, en disant par exemple « Votre Majesté désire-t-elle ceci ? » ou « Plaise à Votre Majesté de faire cela » – le «vous » direct ou l’impératif étant considérés comme « trop » direct !

A fortiori, dire « SA Majesté » à un souverain en s’adressant à lui, comme on l’entend souvent dans les dialogues de feuilletons bon marché, c’est ajouter une faute de syntaxe à la faute de protocole.

Mais alors, que dire ? À une reine, « Madame », et rien d’autre. À un roi, « Sire », et rien d’autre, ce mot étant d’ailleurs, sous sa forme sieur, à l’origine du nom monsieur.

Cette faute a traîné partout, y compris dans de nombreux films. Elle apparaît dans les cinq premières minutes de Louis, enfant-roi, de Roger Planchon, par exemple. Comme quoi, les gens qui font métier, comme Planchon, d’utiliser la langue, sont ceux qui la connaissent le plus mal.

Grâce ou amnistie ?Samedi 27 mai 2006

Le public confond volontiers ces deux mots, et ce ne sont pas les journalistes qui vont le détromper, comme on le voit depuis hier : l’encore président Chirac a cru devoir blanchir Guy Drut, un de ses copains condamné à quinze mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour corruption dans l’affaire des marchés publics en Île-de-France. On a entendu un peu partout que Chirac avait « amnistié » Guy Drut, ce qui est inapproprié.

Explication.

La grâce est un privilège exclusif du chef de l’État. Il l’exerce quand il veut, au bénéfice de qui il veut, sans avoir à se justifier ni à rendre de comptes à quelque autorité que ce soit. À première vue, ce privilège est exorbitant, mais il est régalien, c’est-à-dire qu’il appartenait à la royauté. Pourquoi la République l’a-t-elle conservé ? Peut-être en vue de réparer les erreurs judiciaires, comme l’avait fait le même Chirac, sur la demande de Hassan II, en graciant le jardinier marocain Omar Raddad. Il va sans dire que la grâce présidentielle n’a pas été conservée en vue de magouiller au profit de ses copains, mais on ne peut, logiquement, donner un droit à quelqu’un et s’étonner ensuite qu’il en use... ou en abuse ! Et puis, en ce qui concerne Chirac, on sait depuis longtemps que les scrupules ne l’étouffent guère, pas plus qu’ils n’étouffaient son prédécesseur !

Cela posé, l’amnistie, c’est autre chose : il faut une loi, votée par le Parlement. Cette loi ne désigne pas les bénéficiaires, mais définit les conditions que l’on doit remplir pour bénéficier de l’amnistie. Par exemple, elle prescrira que seront libérées toutes les personnes condamnées à moins d’un an de prison et qui ont accompli le tiers de leur peine. Pour blanchir Guy Drut en l’amnistiant, il aurait fallu que l’Assemblée nationale, en majorité sarkozyste, décide de fabriquer une loi pour tirer d’affaire un (et un seul) copain de Chirac. Invraisemblable !

Que le président de la République se soit bel et bien appuyé sur une loi d’amnistie de 2002, permettant de laver le casier judiciaire de sportifs ayant auparavant honoré le pays, loi qui ne visait pas Guy Drut, cela ne change rien au fond du problème : dès lors que le choix d’un bénéficiaire – unique – est fait par le président, il y a grâce, et non amnistie. C’est seulement un peu plus hypocrite. Et ridicule.

Elle n’est pas près d’être prête Mardi 6 juin 2006

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous, y compris ceux dont c’est le métier de parler en public, à faire une faute aussi grossière ? Confondre près et prêt ?

Le mot près est le contraire de loin. C’est un adverbe, il est donc invariable : pas question de le mettre au féminin. Et, s’il est suivi de quelque chose dans la phrase, on doit employer de, et non à. Exemple : elle est près DE moi.

Le mot prêt signifie « qui a fini de se préparer ». C’est un adjectif, il varie donc en genre et en nombre, et peut se mettre au féminin. S’il est suivi de quelque chose dans la phrase, on doit employer à, et non de. Exemple : elle est prête À sortir.

Pas compliqué, non ?

CrétinsJeudi 7 septembre 2006

Nouvelle émission de Stéphane Bern, hier soir sur France 2, intitulée L’arêne de France. Thème du premier débat : l’école fabrique-t-elle des crétins ? On passe la parole au ministre de l’Éducation nationale, Gilles de Robien.

Dès la première phrase, il parle des enseignants « qui bossent ».

L’école fabrique-t-elle des ministres crétins ?

« Bosser » ?Samedi 8 mars 2008

Traduire des dialogues de films, soit pour le doublage, soit pour le sous-titrage, n’est pas très bien payé. C’est pourquoi on emploie le plus souvent des gens peu qualifiés (j’en connais).

Être qualifié, cela implique de connaître parfaitement la langue de destination. Bien mieux que la langue de départ, et ce n’est pas moi qui le dis, c’est Nabokov, qui savait de quoi il parlait.

Cela posé, pourquoi, par exemple, ces traducteurs ont-ils complètement laissé tomber des verbes aussi courants que travailler ? Tendez l’oreille, ou soyez attentifs aux sous-titres des productions de langue anglaise : le verbe to work est systématiquement traduit par bosser. Invraisemblable ! On ne peut croire que toutes les couches de la société s’expriment en argot à longueur de journée. Il doit bien rester, ici et là, quelques personnes qui ont conservé le verbe travailler dans leur vocabulaire quotidien.

Le mystère réside en ceci, que les traducteurs font parler leurs personnages comme eux-mêmes parlent dans la vie. Autrement dit, leur horizon est limité. Ils ne peuvent imaginer qu’on parle différemment.

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Sites associés : Kinopoivre (critiques de films)Yves-André Samère blogue et déblogue

Dernière mise à jour de cette page le dimanche 11 mai 2008.