JPM a un avis sur tout - Radios, télés, journaux, livres

Radios, télés, films, journaux, livres

Erreurs judiciairesVendredi 8 août 2003

Vu, hier soir à la télé, l’émission hebdomadaire sur les procès célèbres. Au-delà de sa réalisation très TF1 et qui fait la honte de France 2, elle soulève quelques lièvres sur le scandaleux système judiciaire français. L’émission d’hier traitait de l’erreur judiciaire dont a été victime Patrick Dils : à 16 ans, il est accusé d’avoir massacré deux gamins, il avoue, passe deux ans en prison préventive (sans qu’on lui laisse voir ses parents), puis est condamné à perpète et passe en taule treize ans de plus... avec le cortège habituel des tabassages réservés aux meurtriers d’enfants, et les viols qui vont avec. Son procès finit par être révisé sans qu’on sache jamais qui était le vrai coupable, et il sort, à 31 ans, après quinze années de cabane. Édifiant !

La condamnation d’un autre innocent pour meurtre d’enfant, Christian Ranucci, guillotiné en 1976, n’a pas servi de leçon aux juristes et législateurs, qui maintiennent un système judiciaire faisant de la France la honte de l’Europe. En effet, Patrick Dils a été condamné sans qu’il existe la moindre preuve, ni le moindre motif du crime, et sur la base de ses seuls aveux, extorqués par la police ; aveux sur lesquels, terrorisé par les adultes (à 16 ans !), il n’a pas été capable de revenir.

Ce que je veux souligner, c’est qu’en Angleterre, par exemple, de telles erreurs ne seraient pas possibles : là-bas, pas de corps, pas de victime, donc pas de procès. Les Britanniques n’auraient jamais eu à se coltiner depuis un siècle une affaire Selznec, où il n’y a aucune victime certaine, mais seulement un disparu. Selznec a tout de même été envoyé au bagne pour un meurtre supposé mais jamais constaté ! En outre, les tribunaux anglais exigent des preuves. Chez nous, les jurés de cours d’assises n’ont pas à subir d’aussi folles exigences de la part de la loi, il leur suffit d’avoir une « intime conviction » que l’accusé est coupable. La bonne blague ! Ranucci a précisément été condamné à mort puis exécuté parce qu’il croyait, étant innocent, pouvoir ouvrir sa grande gueule devant le tribunal ; ce faisant, il s’est rendu antipathique au président, vous vous rendez compte ! Or le pouvoir de pression du président sur le jury est énorme. On a donc coupé en deux Christian Ranucci pour cette excellente raison.

Tout ça, mes amis, c’est la faute de Jeanne d’Arc. Sans elle, on serait tous anglais.

M’as-tu vuVendredi 8 août 2003

Le présentateur de l’émission de télé dont j’ai parlé, Faites entrer l’accusé, s’appelle Christophe Hondelatte. On lui pardonnerait de ressembler à Tintin s’il n’était ridicule. Déjà, l’an passé, j’avais noté le côté grotesque de cette émission où le « journaliste » se fait longuement filmer conduisant sa voiture la nuit (avec un projecteur braqué dans la figure pour qu’on voie bien que c’est lui), et va interviewer ses invités, toujours de nuit, au bord de la Seine ou sous des murs de cimetières, séquences jouées avec impudence : il suffit de s’en repasser une au ralenti pour voir que les plans ont été faits et refaits, car les mouvements sont différents à chaque prise – ce qu'on appelle « un faux raccord ». C’est quoi, cette forme de journalisme ? Un vrai journaliste n’apparaît pas à l’écran, il joue encore moins les vedettes de cinéma. À plus forte raison s’il n’est pas l’auteur de l’émission, comme le montre le générique de fin.

Il fait BEAU !Mardi 12 août 2003

Une chose qui me fait méchamment marrer, en ce moment, c’est de penser à tous ces blaireaux des bulletins météo à la télé. D’ordinaire, il suffit que la température prévue doive baisser de trois ou quatre degrés pour qu’ils prennent des mines de figurants dans La nuit des morts-vivants et qu’ils nous présentent leurs condoléances, avec force courbettes en guise d’excuses – comme si on les tenait pour responsables (alors que, personnellement, je ne les tiens même pas pour responsables de leur ombre). En revanche, dès qu’un rayon de soleil se repointe, ils annoncent triomphalement « le beau temps » et mettent une cravate hawaïenne (enfin, les hommes surtout, et à supposer que ça existe. Les cravates hawaïennes, pas les hommes).

Dites, vous connaissez beaucoup de gens, à cette heure, qui songeraient à prétendre qu’IL FAIT BEAU ?

 

Commentaire a posteriori : en effet, la canicule qui sévissait à cette date a tout de même causé 15 000 décès.

Hees bientôt fini ?Jeudi 14 août 2003

Le directeur de France Inter, Jean-Luc Hees, vient de virer de l’antenne le chroniqueur Martin Winckler, qui, médecin dans le civil, faisait trop de chroniques sur les médicaments, selon lui, Hees.

Argument avancé par Jean-Luc Hees, France Inter est « une radio de l’offre, non de la demande ». Traduit du charabia administratif conçu pour cacher ce que l’on pense vraiment, ça signifie : « Martin, tu es une feignasse, c’est toi qui devais trouver les sujets de tes chroniques, pas les auditeurs ».

Bon, pour commencer, pas d’accord : Martin Winckler laissait les auditeurs lui poser des questions, il cherchait les réponses et en faisait une chronique. C’est loin d’être un boulot de feignant, et ça prend pas mal de temps. De plus, il intéressait beaucoup de monde avec ça.

Enfin, il est inexact que France Inter ne fait pas appel aux auditeurs. Tout au long de la journée se succèdent un certain nombre d’émissions-téléphone : celle de Macha Béranger la nuit, le quart d’heure des questions d’auditeurs juste avant 9 heures, l’émission entière de Patricia Martin à 10 heures, et Le téléphone sonne, tous les soirs à 7 heures 20.

Donc tout ça n’est qu’un prétexte pour masquer la réalité : on a viré un chroniqueur qui gênait les trusts pharmaceutiques. Hees a voulu protéger ses fesses contre les assauts répétés des industriels. Point final.

Gauche homardJeudi 14 août 2003

Hees est « de gauche » comme Fabius, Strauss-Kahn, Hollande, autrefois Mitterrand. Ces gens-là n’ont jamais vu un pauvre de leur vie. J’ai croisé Hees assez souvent dans les studios de Radio-France, il m’a toujours inspiré une sorte de répulsion. Ses cheveux très longs, son bronzage séguélien d’habitué de saint-Tropez, son look de « mec sympa », son vocabulaire de bourge qui veut faire peuple, tout ça est suspect. Je le mets dans la catégorie des charlatans.

CréationJeudi 14 août 2003

« Le Canard » et les hebdos de télé nous ont appris hier que le CSA vient une nouvelle fois de se couvrir de gloire en attribuant à Pop Stars le label de la création audiovisuelle. Sous le prétexte que, l’émission étant honteusement truquée, elle bénéficie donc d’un « scénario » et d’une mise en scène !

C’est assez farce. Pas trop cependant, car cela veut dire qu’elle peut recevoir désormais des subventions de la part du Centre National du Cinéma. Vous avez bien lu. Ainsi, nos impôts vont aider M6 à monter des émissions bidons où des blaireaux viendront jouer les apprentis chanteurs, émissions qui ne sont que des prétextes à déluges de pub et incitations à téléphoner vers des numéros surtaxés. La télé est devenue la Cour des Miracles. Et c’est un organisme officiel qui lui file un coup de main.

Rendez-nous l’ORTF !Vendredi 15 août 2003

Quand je vois ce qu’est devenue la télé, j’ai l’impression de voir des rats sur une plaque chauffante : ils sont affolés. Par quoi, me direz-vous ? Par l’unique souci de trouver de l’argent à n’importe quel prix, donc en usant des procédés les plus bas. L’autre soir, en attendant un téléfilm, j’ai regardé pour la première fois les dix minutes qui le précédaient, sur France 2. Eh bien, en plus de la pub, on a eu droit à DEUX tirages du loto et à un jeu débile par téléphone (tirage au sort, genre lancement de dé). Tout ça pour vider les poches des gogos.

Pourquoi cet ardent besoin de pognon ? Parce que la totalité des chaînes, publiques et commerciales, émettent aujourd’hui, et sans nécessité, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, qu’il faut bien remplir les écrans, et que ça coûte cher, vu que les heures creuses ne sont pas rentables. Alors, on rentabilise à mort les heures pleines, avec des Pop Stars et des jeux à la con.

Tout ça parce que, naguère, Mitterrand avait besoin de chaînes à sa botte pour assurer sa réélection de 1988. D’où la création de chaînes dirigées par ses amis, Canal Plus et La Cinq à présent défunte. Mauvais calcul, d’ailleurs, puisque Chirac devenu Premier ministre a privatisé lui aussi une chaîne à sa botte, TF1. Mitterrand est mort, mais ses œuvres restent.

Une autre réflexion que ça m’inspire, c’est que le fameux principe libéral selon lequel la concurrence favorise l’essor de la qualité, peut-être valable ailleurs – faudrait voir –, n’a pas de validité en ce qui concerne la télé. Plus les chaînes se font concurrence, plus elles se dégradent.

Finalement, l’ORTF, c’était presque mieux. Les Journaux Télévisés marchaient à la baguette et prenaient leurs ordres auprès du ministre de l’Information, mais au moins on le savait, donc on ne croyait pas à leurs mensonges. Aujourd’hui, les journalistes sont indépendants du Pouvoir, mais soumis aux puissances d’argent. Je ne vois pas où est le progrès.

TouaregLundi 18 août 2003

Je sors d’un grand magasin qui vend aussi des livres, le BHV si vous voulez tout savoir, et ma carcasse est encore secouée d’un grand rire douloureux, comme disait Gotlib. Figurez-vous qu’il existe chez Gallimard une collection de livres, petits mais luxueux, qui fait dans la culture universelle. Je suis donc tombé par hasard sur celui d’une certaine Hélène Claudot-Hawad, intitulé Touaregs - Apprivoiser le désert. Déjà, un de ces Titres À La Con que j’affectionne : « apprivoiser le désert » ! En lui jouant de la flûte ? Moi qui ai vécu toute ma petite enfance au Sahara, faut pas me raconter des trucs pareils ! Le désert, c’est toi qui t’y adaptes, ou il aura ta peau.

Mais l’objet de mon rire, c’est la faute dans le titre. Ça, j’adore ! Oui, oui, « Touaregs » avec un « s » à la fin. Sadique comme il ne devrait pas être permis, j’ai feuilleté l’objet, et obtenu confirmation en lisant plusieurs passages où il était question d’« un Touareg ». Cette bonne femme, que je n’ai pas l’horreur de connaître, mais qui porte tout de même un nom à moitié arabe, ignore donc que Touareg est un pluriel (par conséquent, on n’a pas à y coller un « s » saugrenu, et il est impossible de lui coller l’article au singulier).

Le singulier de ce mot est Targui. Je savais ça quand j’avais deux ans, vu que des Touareg sans « s », j’en voyais tous les jours, à Touggourt.

Liberté sélectiveMardi 19 août 2003

Dans le cadre de notre fascinante enquête « Pourquoi un bon Américain est-il un Américain mort ? », ceci : l’année dernière, certains pays, dont l’Allemagne et la France, souhaitaient faire interdire les propos racistes et xénophobes sur Internet. Ce qui aurait été conforme à leurs lois. Mais les États-Unis ont refusé, au nom de la liberté d’expression inscrite dans le premier amendement de leur Constitution !

Or le même premier amendement ne protège pas les internautes qui PARLENT du hacking (les méthodes permettant, par exemple, de pirater le téléphone – et c’est d’autant plus paradoxal que le gouvernement américain, avec la complicité du gouvernement anglais, pirate lui-même les communications mondiales par son réseau Échelon ! Super-hacker...). C’est tout de même l’oncle Sam qui a envoyé Kevin Mitnick en prison !

Bref, un marchand de disques recompressés en MP3 est mieux protégé que la victime de propos racistes.

Sur quel pied danser ?Jeudi 21 août 2003

Des (coups de) pieds (au cul) qui se perdent...

Un grand bravo à « Paris-Match » pour sa couverture de cette semaine, Guillaume Depardieu sans sa jambe, et la légende de la photo qui lui fait dire « Mon amputation m’a sauvé » ! Ils ont dû prendre leur référence dans Le malade imaginaire, quand Toinette conseille à Argan de se faire couper un bras : « Ne voyez-vous pas qu’il tire à soi toute la nourriture, et qu’il empêche ce côté-là de profiter ? ». Dans la foulée, elle lui recommande aussi de se faire crever l’œil droit : « Vous en verrez plus clair de l’œil gauche ».

No logoVendredi 22 août 2003

Les supermarchés sont moins chers, mais à quel prix ! Je suis obligé de vous conseiller la lecture de No logo, livre de la Canadienne Naomi Klein, qui est la bible de la contestation contre les gros commerces et les pubeux. Format de poche, plus de 700 pages, mais bourré de révélations. Vous y apprendrez, non seulement comment les publicitaires ont inventé le branding (en gros, faire en sorte que les marques commerciales soient considérées, non plus comme des firmes fabriquant des marchandises, mais créatrices de « styles de vie » – voir Nike et son Think different), mais aussi, comment elles ont tué les centres-villes, les petits commerces, et tout ce qui fait le prix de la vie urbaine. En crétinisant les jeunes au passage, puisque c’est la plus grosse clientèle et la plus influençable : soyez différents, buvez tous du Coca, portez tous des blousons Chevignon, écoutez tous Eminem, chaussez tous des Nike, mangez tous chez MacDo, allez tous voir Matrix, achetez tous le dernier disque de Madonna ; sans ça, vous serez considérés comme des ringards. Quel jeune résisterait ?

Ces gens sont des assassins authentiques. Une fois de plus, Michael Moore a raison.

Il est facile d’afficher des prix moins élevés quand on dispose de kilomètres de rayons : comme les patrons de supermarchés peuvent acheter aux producteurs de grandes quantités de leurs produits (car les supermarchés ne produisent rien, ils se fournissent ailleurs), ils ne se gênent pas pour exiger des rabais importants. Sinon, boycott ! Ensuite, on peut « casser les prix » ; en fait, casser la concurrence.

The awful truthMardi 2 septembre 2003

Depuis hier, tous les soirs à 19 heures 45, on peut suivre sur Planète une série dirigée par Michael Moore, en vingt-quatre épisodes d’une demi-heure, L’Amérique de Michael Moore (titre original : The awful truth, donc L’affreuse vérité). Hier soir, c’était l’histoire de Chris, un père de famille de 34 ans et diabétique, qui allait mourir faute d’une greffe du pancréas, que sa mutuelle, Humana, très riche et très généreuse avec ses cadres (gros salaires, stock options, etc.), refusait de lui payer sous prétexte que le contrat signé par Chris ne prévoyait pas le remboursement des greffes.

Comme aucune démarche de Chris n’a donné de résultat, Michael Moore se pointe en sa compagnie au siège de la mutuelle, et apporte au patron une invitation à l’enterrement du futur défunt, et même un catalogue de cercueils afin qu’on l’aide à choisir un beau modèle bien convenable !

On l’éconduit poliment : le patron n’est pas là, il a dû s’absenter précipitamment, on va étudier votre dossier, etc. Il y a urgence ? Oui, mais on n’y peut rien, il faut suivre la procédure, avance le sous-fifre qu’on lui a délégué pour faire barrage et le foutre dehors avec ménagements.

Alors, Michael organise devant l’immeuble de la mutuelle... une répétition des obsèques futures, avec cercueil, corbillard, couronnes de fleurs, discours, chants funèbres, et tout et tout.

Six jours plus tard, la mutuelle payait l’opération !

Pourquoi on n’a pas de Michael Moore chez nous ?

ArtisteJeudi 11 septembre 2003

Hier soir, dans l’émission de Wizman et Bern sur Canal Plus, l’invité vedette était un certain Daniel Guetta, qui est disc jockey de son état. Il est présenté comme un artiste, sans doute parce qu’il gagne une masse de pognon avec ça.

Bizarre !... Autrefois, un artiste était l’auteur d’une œuvre. Il a fallu attendre le dix-neuvième siècle pour qu’on regarde comme des artistes les interprètes (vous saviez que Frédéric Chopin était plus apprécié comme pianiste virtuose que comme compositeur, de son temps ?), et ça a duré jusque très récemment. Mais aujourd’hui, l’artiste, en musique du moins, c’est celui... qui passe les disques !

Je vais encore avoir l’air d’un attardé, mais je trouve ça d’une bêtise à manger du foin avec une cuillère à café ! Ce sera qui, bientôt, l’artiste ? Le coiffeur du D.J. ?

Bouge de là !Dimanche 14 septembre 2003

Un livre inutile ne fait de mal à personne, il ne prend la place d’aucun autre livre – car les livres, bons ou mauvais, cohabitent en paix chez les libraires, et prennent peu de place dans les rayons. Il n’assèche non plus aucune ressource financière, puisque écrire un livre ne coûte à peu près rien, et que l’éditer ne coûte pas grand-chose (on peut éditer un livre avec 6000 euros, somme dérisoire).

Un spectacle sur scène ou sur écran prend la place d’un autre, et là, l’espace est bel et bien limité : X écrans en France, X scènes de théâtre, et quand tous sont occupés, certains spectacles ne peuvent plus sortir. Lorsque Le seigneur des anneaux sort en France sur 900 écrans, dans ce cas, oui, il prend la place des autres films.

Quant à l’argent, c’est un autre point crucial, car une pièce, un film ou une production télévisée coûtent très cher à produire, donc un mauvais spectacle pompe l’argent qui pourrait aller à une bonne production.

Panique aux urgencesMardi 16 septembre 2003

C’est toujours bien, Urgences, mais ça fout un peu le vertige. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas une telle frénésie dans les hôpitaux parisiens ? L’année dernière, j’allais deux fois par semaine à l’Hôtel-Dieu, l’hôpital voisin de Notre-Dame, et, pour ne pas allonger le chemin en passant par la porte principale, j’entrais toujours par les urgences, trajet beaucoup plus court. Eh bien, je n’y ai vu aucune hystérie : pas de cinglé brandissant un revolver sous le nez d’une malheureuse infirmière, pas d’aide soignante se baladant dans les couloirs avec un sac plastique rempli de doigts coupés, pas de geysers de sang, pas de vieilles dames à poil chantant Carmen au milieu de l’accueil et dans l’indifférence générale, pas de médecins poignardés dans le dos, pas de sado-maso auto-sodomisé avec une lance à incendie, pas de grappes d’internes suppliant qu’on leur enseigne quelque chose, pas d’hélicoptère sur le toit, rien. Décevant. Du pépère, du léthargique. J’en conclus que tout va bien en France, comme les événements du mois dernier l’ont démontré. On pourrait peut-être fermer les urgences, non ?

Metteurs en scène géniauxMercredi 17 septembre 2003

Arsinoé est une femme qui a peut-être été belle, et qui devait être coquette comme Célimène, mais elle a vieilli, elle doit avoir la cinquantaine, elle ne plaît plus aux hommes, et elle joue à présent les prudes et les bigotes un peu aigres. Et maintenant, je vous pose la question qui tue : qui voyez-vous dans le rôle ? Je propose Marie Trintignant. Vous ne trouvez pas que ce serait génial, comme disent les fans de Friends ?

C’était sur Canal Plus il y a une dizaine d’années. La direction des programmes avait estimé « génial » (bis) de faire jouer Le misanthrope en direct. C’était d’une difficulté énorme pour les acteurs et les techniciens, qui s’en sont d’ailleurs bien tirés, sauf l’ingénieur du son, lequel a produit un son presque inaudible. Mais le pire a été le choix des acteurs. On avait pris Philippe Khorsand pour jouer Alceste, et le metteur en scène avait oublié de lui dire de se raser, si bien qu’il arborait une barbe de quatre jours que Molière, cet abruti, avait oublié d’indiquer dans la description du personnage.

Pour jouer Célimène, toujours coquette, agréable et bien vêtue, comme le rôle le prescrit, on avait choisi l’actrice qui s’imposait : Romane Bohringer ! Constamment affublée d’une vague robe de chambre, pas lavée, pas maquillée, pas peignée, semblant sortir du caniveau, on avait à l’écran la première Célimène-souillon de l’histoire du théâtre (quoique, en cherchant bien du côté des mises en scène d’Antoine Vitez, on doit pouvoir dénicher l’équivalent).

Mais le poème, c’était Arsinoé, bel et bien incarnée par Marie Trintignant, qui avait 31 ou 32 ans à l’époque du crime. Il est vrai qu’on lui avait mis une robe noire pour bien montrer qu’elle était vieille.

C’est pourquoi je cite avec plaisir le nom du prodigieux metteur en scène de ce chef-d’œuvre, un certain Jacques Weber. Recommandez ses mises en scène à vos amis.

CommunicateurSamedi 20 septembre 2003

Il paraît que Raffarin est un « grand communicateur », sous le prétexte qu’avant il vendait du café. Moyennant quoi, demain, il va nous vendre sa politique sur M6... à l’heure où France 2 diffuse Urgences. On imagine les foules qu’il va rassembler.

Mais peut-être que Raffarin est agoraphobe (mot d’origine grecque, inventé par des Français un jour qu’ils n’avaient plus rien à faire, ayant déjà inventé à partir de rien yacht, week-end, bakchich, patio, spaghetti et autres mots qu’on ne trouve pas dans les dictionnaires de la langue française).

Ne nous pressons pasMardi 23 septembre 2003

Un écho entendu ce matin sur France Inter : deux touristes bronzaient sur une plage de Floride. Un policier, au volant de son 4×4, les écrase. L’une en meurt, l’autre reste infirme. Le juge reconnaît que le policier, en service, aurait dû faire fonctionner sa sirène pour signaler sa présence, mais il refuse de l’inculper, car le flic « roulait lentement ».

Amis qui conduisez, une voie nouvelle s’offre à vous : écrasez autant de ploucs que vous voulez, mais écrasez-les lentement.

Ce doit être ce qu’on appelle « faire durer le plaisir ».

LapsusMercredi 24 septembre 2003

Vous aimez les lapsus révélateurs ? Ce matin, l’ami Didier Porte, en lisant son texte, a déclaré qu’il avait passé beaucoup de temps « au café », alors qu’il avait écrit « au caté ». Je confirme !

CalembourMercredi 24 septembre 2003

Canal Plus. On parle de cette femme, Amina, qui est en passe d’être lapidée pour avoir eu un enfant hors mariage, au Nigeria. Une militante d’une organisation humanitaire déclare : « Le cas d’Amina est un cas phare ». Ouarff !...

Les homos dans la fictionVendredi 25 septembre 2003

Les gens de télé sont plus prudents (prudes ?) que les individus normaux. Comme ils craignent par-dessus tout de perdre des téléspectateurs, à cause des privatisations qui ont tout suspendu au pouvoir de la publicité, ils en font un maximum afin de ménager les familles.

Reste à savoir ce que vaut la famille comme mode de vie, et ce que pensent réellement les familles lorsqu’elles voient des homos – à la télé ou en vrai. Vaste débat !

Et puis, en France, il y a Paris et la province. À Paris, nul ne fait attention quand deux garçons s’embrassent dans un lieu public, fût-ce hors du quartier gay, mais il n’est pas certain que ce soit aussi facile à Sainte-Foy-la-Grande.

Pink TVVendredi 25 septembre 2003

Petite information : en novembre, une chaîne gay ouvre sur le câble, Pink TV. Michel Field doit y coproduire je ne sais quelle émission. Très bien... mais je crains le pire. Les concepteurs ont déjà annoncé qu’il y aura de la mode sur leur chaîne. Je vois ça d’ici, on va encore se farcir Jean-Paul Gaultier. On ne le voyait pas assez, sans doute.

Et s’ils collent le logo de leur chaîne sur les séries et feuilletons, ça sera comme partout, des images massacrées. Canal Jimmy, qui avait un logo assez discret (blanc sur fond transparent), a aggravé la situation depuis la rentrée. Fallait un nouveau logo, de toute évidence. C’est du branding, ça, coco !

 

Commentaire : Pink TV n’a jamais ouvert cette année-là ! Il s’en est fallu de plus d’un an.

CadeauVendredi 25 septembre 2003

L’un des trucs de Michael Moore. Quand il veut ridiculiser un salopard, il prétend toujours lui apporter un cadeau. Lorsque deux trusts cotés à Wall Street ont fusionné, il s’est pointé avec un « cadeau de mariage » genre four à micro-ondes !

Hier, c’était grandiose : considérant que les représentants élus au Congrès acceptent de l’argent pour faire du lobbying en faveur des hommes d’affaires, il a envoyé un proxénète tout ce qu’il y a d’authentique au Congrès. Le gars prétendait assurer sa « protection » aux élus en échange d’un pourcentage sur les pots-de-vin. C’est un peu l’inverse de Méry et ses valises de billets.

Demy mortVendredi 25 septembre 2003

On vient de voir sur France 2 les deux filles qui vont jouer Les demoiselles de Rochefort à partir de demain au Palais des Congrès. Elles sont quelconques, et chantent comme à la Star Academy, en braillant et laissant vilainement traîner leur voix.

Mais elles ont bien appris leur leçon. Comme on leur demande quelles chansons elles préfèrent, des anciennes ou des nouvelles, elles répondent « Toutes ! ». Bravo, c’est plus consensuel, et ça correspond très bien au verbe préférer.

Moi, je vais plutôt revoir les Wriggles.

Bande à RuquierSamedi 26 septembre 2003

Je ne comparerais pas Dan Bolander à Michael Moore. D’abord, parce que ses inventions, dont aucune n’est vraisemblable, sont surtout basées sur le refus obstiné d’écouter les protestations de ses interlocuteurs. On le croirait sourd. Ensuite, parce que tout ça n’est que plaisanteries inoffensives. Michael Moore fait de la politique et s’attaque aux vrais requins, pas à des gens innocents pour leur faire des blagues idiotes. Lorsque, à New York, Moore ouvre dans Manhattan une sex-shop où il vend des godes sous la marque du nom du maire, Giuliani, il ridiculise un élu qui avait décrété que les magasins de ce type devait vendre au moins 60 % d’objets non sexuels. Autrement dit, d’un homme politique qui s’est arrogé le droit d’intervenir dans la vie privée de ses administrés afin de plaire à ses électeurs de droite. Dans l’émission d’hier, il « fêtait » la victoire du Sud dans un pays qui n’a pas vraiment supprimé la discrimination. C’est autre chose que de raconter à des mémères à chienchien qu’on va cloner leur caniche grâce à un kit de clonage.

Et puis, rien dans l’émission de Ruquier ne ressemble à un brûlot. Avez-vous remarqué que, quels que soient l’invité et la marchandise qu’il vient vendre, la quasi-totalité des chroniqueurs présents ont toujours A-DO-RÉ ce qu’on leur propose ? Avec Les demoiselles de Rochefort hier soir, on a atteint l’hystérie. Comment nous faire avaler ça ? Dire que ces gens passent pour avoir la dent dure !

Décidément, les copains de Ruquier sont assez pittoresques ! Et ma chère Isabelle Motrot vient de rejoindre la bande ! Elle m’a semblé un peu fatiguée, du reste.

PloucSamedi 26 septembre 2003

Yves Lafesse est un lâche et un gros plouc. Je l’ai vu singer une pauvre vieille qui marchait, toute cassée en deux par les rhumatismes. C’était odieux. J’ai un mépris ardent pour ce type. Quant à ses canulars, Francis Blanche faisait beaucoup mieux il y a cinquante ans.

Cent fois sur le métier...Dimanche 27 septembre 2003

Vous avez remarqué l’inaptitude des humains à apprendre quoi que ce soit ? La canicule d’août et ses quinze mille macchabées supplémentaires n’ont pas suffi aux crétins qui débitent le bulletin météo à la radio et à la télé. Depuis quelque temps, ils recommencent à présenter comme une triste nouvelle le fait qu’il doive pleuvoir un peu durant le week-end, mais sont aussi radieux que le Soleil lorsqu’ils l’annoncent. Je me demande où on recrute de pareils blaireaux. Il doit falloir passer au crible les asiles de fous pour dénicher les meilleurs.

Génériques de finDimanche 27 septembre 2003

À l’exception des figurants, les génériques actuels donnent systématiquement TOUS les noms des participants à la fabrication des films – au point que c’en est ridicule. On indique jusquà l’identité du chauffeur de la vedette, et les noms des types qui réservent les places, dans les rues, lorsqu’on a une scène avec une voiture qui doit se garer (oui, dans les films, les personnages trouvent toujours de la place pour se garer juste là où ils veulent). C’est le service « ventouse », pour ceux d’entre vous que ces détails intéressent.

MitterrandLundi 28 septembre 2003

On va dire que je tape toujours sur les mêmes, mais quand vous avez dans le collimateur une canaille aussi parfaite que Mitterrand, vous auriez tort de vous priver.

Si les Français ont la télé la plus minable des pays avancés, pas de mystère ! Le responsable est clairement désigné. Avant 1981, les radios n’étaient pas libres. Il y avait la radio d’État, et rien d’autre. Les radios commerciales ne pouvaient émettre que depuis un émetteur situé à l’étranger : Europe 1, RTL, Radio Monte-Carlo, Radio-Andorre, toutes étaient dans ce cas. Mais beaucoup de gens voulaient changer la loi, et tentaient de forcer la main du gouvernement en montant des radios clandestines, appelées alors « radios libres ». En général, on installait un matériel de fortune dans un appartement, on émettait, et quand on se faisait repérer, on fichait le camp par les toits en emportant le matériel dès que la police déboulait en bas de l’immeuble.

Ce sport à la mode, le Parti Socialiste l’a pratiqué, et Mitterrand a parlé dans ce type de radio. Comme c’était interdit, il a été inculpé. Et comme il a été élu l’année suivante, il n’a pas été jugé. Autre sport à la mode...

Dès le début de son septennat en 1981, les radios dites « libres » ont été autorisées. Au début, c’était bien. On a vu sortir quelques radios intéressantes, ou du moins nouvelles, comme Fréquence Gaie, à Paris. Mais enfin, ça sentait souvent l’amateurisme, sauf quand de vrais professionnels prenaient les choses en main, tel Claude Villers, qui a fondé Pacific FM après son deuxième départ de France Inter.

Puis, comme ça coûte cher de faire de la radio, il a fallu trouver de l’argent, et les radios libres se sont vendues aux publicitaires, devenant ce que vous savez : des merdes comme NRJ, Skyrock, Fun-Radio et autres Radio Notre-Dame.

Mais ça ne suffisait pas. Mitterrand, qui voyait monter le mécontentement de la population après un an d’« état de grâce », s’est dit qu’une ou deux télés à sa dévotion l’aideraient à se faire réélire en 1988. Il a donc autorisé la création de Canal Plus et de La Cinq. C’est flagrant : Canal Plus avait pour président André Rousselet, un ami personnel (ils jouaient au golf ensemble une fois par semaine), qui avait été son chef de cabinet. Canal Plus a été couverte de privilèges et de passe-droits afin de lui permettre de fonctionner. Quant à La Cinq, elle a été donnée en concession à des gens aussi honorables que Berlusconi (si si !), ou encore Maxwell, empereur des journaux anglais, qui s’est brillamment illustré en volant la caisse de retraite de ceux qui travaillaient pour lui – il est mort bizarrement, sur son bateau, en pleine mer, et on n’a jamais su qui lui avait fait la peau.

Tout ça était puant, mais Mitterrand a eu ses deux chaînes de télé. L’ennui, c’est que, lorsque la droite a gagné les législatives en 1986, Chirac, nouveau Premier ministre de la première cohabitation, s’est tenu le même raisonnement et a vendu TF1, chaîne d’État, à Bouygues.

Le ver était dans le fruit, la télé commerciale, vendue au fric et à la pub, pouvait désormais faire régner sa loi. Les chaînes publiques qui restent, sans argent, ne peuvent pas lutter, sauf à devenir aussi racoleuses et dégueulasses que leurs concurrentes TF1 et M6. Ça n’a pas trop tardé. Aujourd’hui, sur les chaînes publiques, financées en partie seulement par votre redevance, on a comme producteurs Jean-Luc Delarue, Ardisson et Fogiel...

Merci qui ?

Les SMS de FogielLundi 28 septembre 2003

Quand Arrêt sur images apporte la preuve d’un bidonnage à la télé... et ne s’en aperçoit pas ! Aujourd’hui, on y passe, pour s’en moquer, une initiative de l’émission de Fogiel. Les téléspectateurs sont invités à envoyer des SMS à l’émission, et, comme elle est en direct, le texte desdits SMS est censé défiler au bas de l’écran après un léger temps de latence. Pour montrer que ça marche effectivement, Ariane Massenet, qui travaille avec Fogiel, tape ceci sur son téléphone portable :

 

« Dis, marco, t’aurais pas un peu grossi ? »

 

Et en effet, quelques instant plus tard, on voit défiler au bas de l’écran :

 

« Dis, Marco, t’aurais pas un peu grossi ? »

 

Vous ne remarquez rien ? Hé oui ! Les téléphones portables sont si perfectionnés qu’ils corrigent l’orthographe des SMS avant de les envoyer, de sorte que « marco » devient « Marco » à l’arrivée. On ne prend pas du tout les téléspectateurs pour des demeurés.

On se lève tous...Vendredi 3 octobre 2003

Vous avez regardé l’émission de Bern et Wizman sur Canal Plus ? Bon, le tandem fonctionne et ce n’est pas complètement nul, mais il y a un détail qui me frappe, c’est que, lorsque l’invité arrive, toute la salle se lève et l’applaudit ; et ça, figurez-vous que la chose me fait grincer des dents. Ils l’ont fait pour tout le monde, y compris pour Paul-Loup Sulitzer, ce qui est un peu violent. Soit c’est par obséquiosité, et il y a des coups de pied au cul qui se perdent ; soit on leur a donné la consigne de le faire, et ces blaireaux obéissent, le petit doigt sur la couture du pantalon.

Sans être un révolutionnaire assoiffé de sang bourgeois, je suis tout à fait certain que, si je me trouvais dans l’assistance, il faudrait un Fenwick pour m’obliger à décoller mes fesses de mon siège, dans un cas semblable. Ce n’est pas une vantardise, je l’ai déjà fait. Il y a une dizaine d’années, j’étais allé voir Smaïn à l’Olympia. Comme je déteste voir un spectacle d’une mauvaise place, j’avais pris un fauteuil au premier rang d’orchestre, là où d’habitude on voit Delon, Juppé, Palmade ou la mère Chirac. Vers les deux tiers du spectacle, comme on le fait toujours, la vedette demande aux spectateurs d’applaudir son pianiste, Alain Bernard. Je n’y voyais aucun inconvénient, mais le gars Smaïn a eu la mauvaise idée de nous demander de nous lever pour cet hommage, ce qui était un peu excessif : je me serais bien levé pour Ella Fitzgerald, par exemple, et à condition qu’on ne me le demande pas, mais pour le pianiste de Smaïn !...

Que croyez-vous ? Toute la salle, comme un seul homme, a obtempéré et s’est levée pour applaudir. Toute ? Non ! Un petit village gaulois... pardon, votre serviteur est resté assis, et je vous jure que ça se voit quand un seul type sur mille cinq cents pékins refuse de se lever au premier rang d’orchestre. Détail : la soirée était filmée intégralement par Antenne 2, de sorte que la preuve existe dans les archives de l’INA. Je ris...

Théâtre à la téléLundi 6 octobre 2003

Je suis en train de regarder Les parents terribles, le téléfilm de Josée Dayan, d’après Cocteau. Le dialogue est assez maladroit, mais heureusement, les comédiens bouffent la moitié des mots, donc on ne comprend rien. De plus, la prise de son en mono est inaudible. C’est mal joué, et pour ce qui est de Jeanne Moreau, je dirai ceci : lorsqu’une femme prend de l’âge, mieux vaut pour elle être un peu trop grosse plutôt que pas assez.

Mise en scèneLundi 6 octobre 2003

Dimanche soir, dans l’émission Le masque et la plume, le critique le plus intelligent de France, Michel Ciment, répondant à un collègue qui estimait que la mise en scène du film Les invasions barbares était plate et archi-traditionnelle, a dit qu’il valait mieux que la mise en scène ne distraie pas l’attention du spectateur par des mouvements de caméra lorsqu’il y a une conversation que le spectateur doit écouter. Tiens, tiens ! Ça m’a rappelé quelque chose.

Alias à la téléVendredi 10 octobre 2003

Ce soir, Porte passe à la télé. L’émission étant déjà enregistrée, je sais qu’il s’est fait allumer par Françoise Laborde parce qu’il a dit du bien d’Alias, ce feuilleton à la gloire de la CIA ! Je lui ai dit que j’étais plus à gauche que lui. La plupart des types sont incorrigibles, il suffit qu’une fille bien roulée joue dans quelque chose pour qu’ils en bavent. Dans le même genre, Bernard Thomas, du « Canard Enchaîné ».

Critiquer à la téléSamedi 11 octobre 2003

Françoise Laborde est une journaliste de télévision. Je crois qu’elle travaille sur LCI, mais je ne suis pas certain. L’émission de Michel Field n’avait pas grand intérêt, car on ne peut pas, à la télé, critiquer les émissions des autres tout en invitant ceux qui les font. Par exemple, Bataille et Fontaine. En effet, à la télé, on est filmé, donc il faut faire bonne figure, plus ou moins, et il est impossible de se montrer hargneux ou très critique sans être considéré comme un malpoli vis-à-vis de la cible qui est présente. De sorte que les vacheries que Didier Porte auraient pu dire à Bataille et Fontaine, par exemple, se sont réduites à presque rien et quelques échanges de sourires.

Sur presque une heure, mon ami Porte a parlé vingt secondes, et pour sortir une connerie qui lui a valu les huées des autres participants : dire du bien d’Alias. Je savais avant de regarder que Françoise Laborde lui avait renvoyé les mêmes arguments que moi. Et Field a remarqué que, pour une fois que Porte aimait quelque chose à la télé, c’était une merde.

Moralité : quand on participe à une émission de télé, il faut préparer un peu son intervention, et réfléchir.

Je pense aussi que ce n’est pas une vie, de regarder la télé pour ne chroniquer que les mauvaises émissions. On finit vite par tourner en rond en ne parlant que des sempiternelles mêmes âneries comme la Star Academy, et en ratant les bonnes émissions. Si un chroniqueur veut garder son sens critique, il doit aussi voir les bonnes productions et en dire du bien. Sans ça, on n’est plus crédible et on devient simplement le méchant de service.

Instituteurs et acteursMardi 14 octobre 2003

L’instituteur de Être et avoir, que je ne défends pas par corporatisme, a fait un peu plus que son boulot. Pendant des mois, il a dû supporter dans sa classe la présence de caméras et de techniciens, et ça devait être assez perturbant. Pour ma part, je trouvais déjà pénible la présence de stagiaires, au point que j’avais refusé d’en prendre (ce qui m’avait valu des ennuis). Et puis, il y a le fameux droit à l’image : on a construit tout un film rien que sur son travail, et le film a remporté un succès énorme et ramassé beaucoup d’argent. Pourquoi ne pas l’en faire bénéficier de manière décente ?

J’ai toujours estimé disproportionnée l’admiration dont on entoure les acteurs. Ça ne vous frappe pas ? Exemple : quand Jean-Paul Belmondo jouait Kean, la presse lui tressait des couronnes parce qu’il était en scène presque constamment, et durant deux heures de suite ; or, non seulement un instituteur ne quitte pas la scène durant deux fois trois heures consécutives et quotidinnement, mais encore, il est seul « en scène », il est l’auteur de son texte et de sa mise en scène, et le texte, improvisé, change tous les jours !

Il me semble qu’aucun comédien ne serait capable de faire tout cela. Surtout devant un public d’enfants, pas vraiment facile...

Télé pour peopleMardi 14 octobre 2003

L’émission de Field sur Paris Première n’est pas bonne. Le principe en lui-même est naze : faire une émission qui critique les autres émissions, de préférence les plus trash, tout en invitant ceux qui les font et en leur faisant des sourires et des courbettes ! C’est d’ailleurs quasi-inévitable à la télé, pour cette raison que le critique est VU par les téléspectateurs ; il ne peut donc pas être trop agressif, sinon il passe pour un pignouf. Alors, on modère ses propos. Je suis tout à fait certain que, lorsque Didier Porte apostrophait la mère Teissier à la radio, ces deux-là n’échangeaient pas des sourires ! À l’abri du regard des auditeurs, ils pouvaient se lancer des regards en forme de poignards. À la télé, pas possible. C’est pourquoi la radio est davantage pugnace que la télé.

Pour résumer en un mot, l’émission de Field est people, et le genre ne convient pas à tout le monde. On a vu ce que sont devenus Ruquier et sa bande, à la télé. Ils ont les dents limées. Karl Zéro, pareil, il se cantonne aux calembours foireux et au truc de tutoyer ses invités.

En fait, seul Schneidermann a réussi, parce qu’il ne fait pas du people, qu’il n’a pas sur le plateau de téléspectateurs qui applaudissent, etc.

Bien informésMercredi 22 octobre 2003

« Le Canard Enchaîné » fait encore rire. Si si ! Mais à ses dépens.

Le numéro paru aujourd’hui est un vrai festival. Page 6, il explique que le prix Goncourt « sera proclamé le lundi 3 novembre », et fait tout un développement sur les chances de Dai Sijie, d’origine chinoise, qui « ferait un bon Goncourt de circonstances » (ouarf !). Pas de veine ! Le prix Goncourt a déjà été décerné et le résultat donné ce matin : le roman La maîtresse de Brecht a gagné le cocotier et n’a pas été rédigé par un Chinois.

Et puis, page 5, un rédacteur visionnaire nous interpelle : « Qui a entendu parler de la Journée mondiale de l’alimentation ? C’était la semaine dernière, le 26 octobre ». Comme nous ne sommes encore que le 22... Ils se sont trop pressés pour insérer un article rédigé d’avance !

Dominici vu par la télévisionMercredi 22 octobre 2003

J’ai regardé en différé le téléfilm sur Dominici. Les dialogues sonnent faux, le scénario est visiblement inspiré par l’obsession qui hante les États-Unis (la thèse du complot), Michel Serrault en fait des tonnes et parle sans arrêt, alors que le vrai Dominici ne desserrait pas les dents, et tout le monde porte une casquette. À la fin, quand le vieux sort de prison, il a pris vingt ans dans les gencives, mais tous les membres de sa famille ont le même âge qu’au début. On a juste collé une moustache à un gosse pour qu’il ait l’air d’un jeune homme. Il paraît que ce téléfilm fait honneur à la télévision française.

La meilleure pub !Samedi 1er novembre 2003

Dialectique : on interroge l’organisateur de la soirée des Sept d’Or (des récompenses attribuées à des émissions de télé), qui ne sera d’ailleurs pas télévisée, parce qu’aucune chaîne n’y a porté intérêt. Il répond que « paradoxalement, cette non-diffusion va nous servir, car elle excite la curiosité du public ».

Superbe, non ? On ne parle pas de moi, donc ça me fait de la pub !

Ne riez pas.

Néron et les historiensMercredi 4 janvier 2006

Max Gallo, écrivain prolifique puisqu’il vient de sortir un bouquin sur Spartacus et a prévu d’en sortir quatre autres cette année, se justifie d’avoir introduit des scènes érotiques dans celui-ci. Comment sait-il quoi que ce soit sur la vie sexuelle de Spartacus ?, lui demande-t-on. Réponse : les historiens de l’époque racontaient tout sans la moindre autocensure morale. Et de citer Suétone et ses récits des deux mariages homosexuels de Néron...

Certes, à cette époque, on ne moralisait pas à propos de la vie sexuelle des hommes libres. Mais peut-on prendre au pied de la lettre ce qu’écrivaient les historiens de l’époque ? Nous savons bien, puisqu’il est question de Néron, que tous les historiens du moment étaient des patriciens, c’est-à-dire des aristocrates, ceux-là même qui peuplaient le Sénat. Or l’aristocratie haïssait Néron, trop proche du peuple à son goût. Tous ont donc copieusement chargé la barque chaque fois qu’ils ont écrit sur lui.

Et c’est ainsi que Néron est devenu l’assassin de sa femme et de son cousin Britannicus, et qu’il a brûlé Rome. Évidemment, rien de tout ça n’est vrai. Un documentaire est d’ailleurs passé récemment sur France 5, traitant du chapitre de l’incendie de Rome ; il remettait les pendules à l’heure, mais peu de gens l’ont vu.

Qui rappellera que Néron, aussi populaire que cultivé, protégeait les artistes, et que son règne est peut-être le seul (à vérifier) qui n’ait connu aucune guerre ? En somme, Rome n’a pas connu de meilleur chef d’État.

Nos présidents favorisJeudi 5 janvier 2006

De sondages à la noix, nous ne sommes pas près d’être privés. Le dernier dont on parle est celui publié par « Libération » le 2 janvier. On demandait aux Français quel président de la Cinquième République ils préféraient. Déjà, c’est assez biaisé, comme question, car ladite République a commencé le 8 janvier 1959, il y a quarante-sept ans, et beaucoup de Français n’étaient pas nés à cette époque, dont ils savent peu de choses.

Il ressort de ce sondage que Mitterrand vient en tête. Oui, le maniaque des écoutes téléphoniques illégales, l’empereur du népotisme, l’ami de Bousquet, honnête fonctionnaire de Vichy responsable de l’arrestation, en juillet 1942, de 4155 enfants juifs qui tous, absolument tous, ont péri dans les camps de la mort nazis (survivants : aucun, zéro). Ça valait le coup de placer Mitterrand en tête de liste, avec 35 % des sondés. De Gaulle ne vient qu’ensuite, avec 30 %.

Le troisième, surprise ! c’est Chirac.

Hé oui, l’homme dont le bilan politique et social ressemble à l’électro-encéphalogramme de Toutankhamon recueille 12 % des voix, douze fois plus que le pourcentage de Français qui veulent le voir se représenter en 2007. C’est un hommage à la fainéantise, au pillage des fonds publics à des fins privées, à l’incompétence et à l’absence de convictions.

Le très oublié Pompidou ne recueille que 7 %, à la mesure de la médiocrité dont il fit preuve dans ses ambitions pour le pays. Rappelons qu’il voulait surtout que Paris s’adapte à la voiture, un objectif dont la grandeur n’échappe à personne, et qui a été magnifiquement atteint.

Le pauvre Giscard, avec 5 %, ferme le cortège. Ce qui démontre une fois de plus que les Français ont la mémoire courte, puisque, en dépit de ses ridicules (Bokassa, ses enfants envahissants, ses diamants), il a tout de même un actif pas négligeable : l’abaissement à 18 ans de l’âge de la majorité, et surtout la légalisation de l’avortement. Mais Giscard n’a jamais su y faire, c’est ainsi. Et puis, il a peut-être le tort d’être toujours en vie. S’il s’était résolu à mourir la veille du sondage, il doublait son score.

Les beaux titresMardi 21 mars 2006

Ce soir, début sur la chaîne Jimmy d’une nouvelle série, Sea of souls. Par chance, on n’a pas traduit le titre en français ! En dépit de la consonnance latine que cela produirait, le résultat sonnerait mal...

Gratuit, c’est mal !Mardi 31 octobre 2006

Il n’a pas dû vous échapper, vu la publicité débile qu’on nous a infligée durant des mois, que les renseignements téléphoniques sont devenus « libres » (comme autrefois les radios de la bande FM) et commerciaux : les fameux numéros commençant par 118, qui ont remplacé le 12. Leur prix était d’ailleurs prohibitifs. Or il y en avait un gratuit, celui de Free, le 118 818, que personne ou presque ne connaissait, puisqu’il ne faisait, lui, aucune publicité.

Il faut croire que ça a déplu à certains, car la société Bottin a porté plainte contre Free ! Cette gratuité, Bottin la traduit par « prix abusivement bas », et prétend que ça viole la loi qui interdit les prix abusivement bas...

Le hic, c’est que cette loi n’existe pas ! Sinon, comment les journaux gratuits, par exemple, pourraient-ils exister eux aussi ?

Il y a une procédure judiciaire en cours, et Free a dû suspendre son service gratuit de renseignements.

Moralité ? Aucune.

PrioritésDimanche 6 mai 2007

Je ne désigne jamais TF1 autrement que par l’expression de « Télé-Poubelle », et la chaîne s’évertue à me donner raison. Donc je persévère (et non pas « Je persiste et signe », expression qui plaît tant aux amateurs de clichés).

Ce dimanche soir, alors que l’élection présidentielle vient de s’achever par la victoire de Nicolas Sarkozy, Claire Chazal, qui pilotait avec PPD la soirée de commentaires sur sa chaîne, interrompt son invité Laurent Fabius pour laisser la place à un événement plus important : Johnny Hallyday avait quelque chose à dire.

Et voilà où en est la première chaîne de télé d’Europe : couper la parole à un ancien Premier ministre qui venait parler de l’emploi et autres futilités, afin de recueillir les borborygmes d’un chanteur qui sort d’un restaurant de luxe, le Fouquet’s, et qui a fui son pays pour ne pas y payer ses impôts.

Priorités (bis) Mardi 8 mai 2007

Les grands esprits se rencontrent. Dans la note ci-dessus, j’épinglais la lourdeur de Claire Chazal, coupant la parole à Fabius pour laisser parler Johnny Hallyday. Eh bien, Didier Porte a fait aujourd’hui la même observation dans sa chronique de midi sur France Inter.

Mais non, il ne m’a pas lu.

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Sites associés : Kinopoivre (critiques de films)Yves-André Samère blogue et déblogue

Dernière mise à jour de cette page le vendredi 22 août 2008.