JPM a un avis sur tout - La politique

Politique

Ah, merci, merci !...Dimanche 27 juillet 2003

Enfin, Chirac a remercié les Polynésiens d’avoir « permis » à la France de devenir une grrrrande puissance nucléaire, via les expériences atomiques sur les atolls du coin. Il faut dire que la glorieuse Armée française a gentiment aidé les habitants à nous donner cette permission. Par exemple, en déportant une partie de la population de Moruroa (non, il n’y a pas d’erreur, l’île s’appelle bien Moruroa, pas Mururoa).

Chinois ou Japonais, que choisir ?Jeudi 7 août 2003

Il y a tout de même une différence entre Chinois et Japonais : c’est que les premiers ont toujours été victimes. Il y a un siècle, les Occidentaux (les Anglais, en clair) leur ont imposé l’usage de l’opium pour mieux leur vendre de la drogue. Par exemple. Et puis, les Japonais ont précédé les nazis pour ce qui est des horreurs sadiques. Lesquelles ont commmencé en 1931, alors qu’Hitler n’était pas encore au pouvoir en Allemagne. À croire que Mengele a pris des cours chez les Japonais.

Père de la NationVendredi 8 août 2003

Mao héros du peuple et père de la Nation, ça existe toujours, sous des versions différentes : à Cuba, en Corée du Nord, et dans bien des pays d’Afrique, pour ne pas dire la plupart. Je me souviens de m’être fait engueuler parce que j’avais écrit que je dédaignais les peuples qui ont besoin d’un « père de la Nation ». Mon correspondant avait compris de travers, et déduit que je méprisais les enfants qui ont besoin de leur père... Pourtant, avec notre Maréchal qui avait fait « don à la France de [sa] personne », c’était clair, comme on dit avec tant d’originalité dans les cours de lycée et sur le forum du Fan-Club français de Friends.

Bernadette, elle est très chouette !Samedi 9 août 2003

Information : les pièces jaunes ont enfin abouti quelque part. Un vaste terrain faisant partie de l’hôpital Cochin est actuellement livré aux grues de Bouygues, qui y bâtit une « maison de l’adolescent », dans laquelle, je l’espère, une formation aux tags et au rap sera prévue. Et repoussons du pied les commentaires grincheux sur le fait que si Bernadette n’avait pas été la femme du président de la République, son terrain, c’est à Béthune ou à Sainte-Foy-la-Grande qu’elle l’aurait déniché, et non dans ce quartier plutôt rupin.

PouletsJeudi 21 août 2003

Asseyez-vous.

Oui, ça vaut mieux, car vous pourriez tomber de tout votre long. Je vais en effet dire du bien de Brigitte Bardot. La madonne des chienchiens vient de se dire horrifiée par les deux millions de poulets qui ont été victimes de la canicule (bon, elle ne dit rien des cinq mille vieillards qui en seraient morts eux aussi, mais noboby’s perfect), et tape sur « la politique agricole du gouvernement qui favorise l’élevage intensif » en autorisant d’entasser les volailles à raison de vingt-huit par mètre carré dans les élevages industriels.

Faut dire que la Confédération paysanne s’en prend au ministre de l’Agriculture, en déclarant que « pour enrayer la crise agricole, le ministère n’a rien trouvé de mieux que d’encourager la fermeture de plus de six cent mille mètres carrés de poulaillers, alors qu’il aurait mieux valu réduire la densité ». Ah les beaux tartuffes ! À les entendre, c’est le ministère qui les aurait OBLIGÉS à entasser les poulets à vingt-huit par mètre carré ! S’ils l’avaient voulu, qu’est-ce qui empêchait les éleveurs de donner un peu plus de place aux animaux en batterie ? Le ministre, vraiment ?

Les agriculteurs français auront toujours quelque chose de corse.

 

Commentaire ultérieur  : j’ai écrit « cinq mille vieillards ». On ne savait pas encore qu’il y avait eu quinze mille victimes.

Traitement à gogosVendredi 22 août 2003

Pourquoi les médecins préfèrent traiter leurs malades avec de la poudre de perlimpimpin plutôt que de les envoyer chez un psy ? Parce que, dire à quelqu’un que tout se passe dans sa tête, ça peut le heurter et produire l’effet contraire. Le « médicament » homéopathique, auquel croit le malade, agira sur son psychisme uniquement, mais le malade croira aussi que c’est sur son corps qu’on a agi. C’est l’essentiel.

Reste à savoir si c’est très déontologique, de la part de la Sécu, de rembourser des faux médicaments. D’autant plus qu’elle le sait, la Sécu, qu’ils sont faux : au contraire des vrais médicaments qui ont besoin, pour être vendus, d’une AMM (autorisation de mise sur le marché) délivrée par le ministère de la Santé, les produits de la firme Boiron, qui a le quasi-monopole, sont vendus sans cette autorisation. Ça veut tout dire : ils n’en ont pas besoin.

Vingt-cinq ans de progrèsDimanche 24 août 2003

D’après l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques), les prix à la consommation ont été multipliés par 6,559 depuis 1967. Autant dire que, cette année-là, un franc valait un (futur) euro.

 En 1967, un an avant la fameuse « révolution » de Mai-68, les 49 650 000 Français se tapaient encore De Gaulle, qui ne partirait que deux ans plus tard pour laisser la place à Pompidou, toujours Premier ministre à cette date. Et Chirac entrait au gouvernement, un beau cadeau de Pompidou. Depuis, il est comme le sparadrap du capitaine Haddock dans Vol 714 pour Sydney, indécollable.

En 1967, pas question d’avortement, c’est toujours interdit. La publicité pour la pilule aussi. À propos de pub, elle n’est pas entrée à la télé, ce sera pour 1968 : un spot pour le fromage Boursin ! Il n’y a que 2,7 millions de ménages équipés du téléphone, pas encore portable, Dieu merci ! Le timbre-poste coûte 30 centimes, il coûte aujourd’hui l’équivalent de 327 centimes de francs, donc son prix a été multiplié par 11 – beaucoup plus que l’inflation, soit dit en passant. Record d’augmentation, le ticket de métro, qui saute de 37 centimes à 60 centimes : une augmentation de 62 %, et devinez à quel moment ! En juillet, bien sûr !

Du côté de l’équipement, ce n’est pas le pied : un huitième des logements parisiens n’ont pas l’eau courante, les deux tiers n’ont ni douche ni baignoire, presque un quart n’ont pas de chiottes.

Du côté de l’enseignement, l’obligation scolaire jusqu’à 16 ans ne date que du début de l’année ; avant, c’était 14 ans.

Côté culturel, c’est La grande vadrouille qui triomphe sur les écrans. Une grande année, donc, pour le cinéma français. Mais, pour la première fois, on peut voir des sexes (masculins) à l’écran dans une brève scène de piscine du film français Les cœurs verts. Pas trop tôt !...

Première pollution en mer, avec le naufrage du Torrey Canyon, qui salope des centaines de kilomètres de côte en France et en Angleterre. Ce ne sera pas la dernière.

Et c’est la « Révolution culturelle » en Chine. Une belle avancée de la civilisation.

Heureusement, aujourd’hui, le monde est devenu parfaitement policé. Ouf !...

Que prendre aux Asiatiques ?Jeudi 10 septembre 2003

Moi, j’aime bien Taiwan. D’abord, ils font les meilleurs films d’Asie. Et puis, ils ont chez eux une institution qu’on ferait bien d’adopter chez nous, les yuans de contrôle. Ce sont des Cours des Comptes à tous les niveaux, qui ont l’œil partout sur la manière dont l’argent public est utilisé, et dont l’action est suivie d’effet, contrairement à ce qui se passe avec notre chère Cour des Comptes, laquelle sort un rapport annuel servant principalement de cale-fesses à nos gouvernants.

C’est ÇA qu’on devrait aller chercher chez les Asiatiques, plutôt que leurs religions à la con.

Mon Général !Samedi 12 septembre 2003

Lorsque Pompidou a été élu président de la République en 1969, j’ai ressenti comme un soulagement. Pas parce que j’étais un de ses partisans, non. Mais je me suis dit : « Enfin, on va pouvoir s’adresser au président de la République autrement qu’en lui disant “Mon général” ! ».

Vous ne pouvez pas savoir quel changement c’était. En Europe, il n’y avait que la France et l’Espagne à connaître ce régime de caserne. C’est un peu dur à concevoir quand on n’a pas vécu sous De Gaulle.

Suicide, ou « suicide » ?Mardi 15 septembre 2003

Commentaire : en réponse à une amie qui avait mis entre guillemets le mot suicide, à propos de celui de Robert Boulin :

 

Navré, mais le suicide de Robert Boulin ne mérite pas ces guillemets. Il ne fait aucun doute. L’intéressé a passé son après-midi à taper sa lettre d’adieu sur sa machine à écrire personnelle. La provenance et l’authenticité du document ont été vérifiées. Un faussaire n’aurait pas pu s’introduire dans la maison familiale pleine de monde et utiliser la machine. Dans cette lettre, Boulin cognait sur le RPR et sur « Le Canard Enchaîné », il annonçait son suicide et comment il allait s’y prendre. Programme suivi à la lettre.

Il y a eu des suicides douteux : Stavisky, Figon. Et j’ai même entendu la semaine dernière une journaliste-sic dire à la radio qu’Allende s’était suicidé ! Mais les bouquins sur le suicide-qui-n’en-est-pas-un de Boulin sont de la même veine que ceux sur Louis-XVII-qui-n’est-pas-mort-en-prison.

La famille de Boulin a témoigné que le père avait passé plusieurs heures à taper à la machine, puis qu’il était parti avec une lettre. Il est allé se noyer tout de suite après l’avoir postée. On n’entre pas dans la maison d’un ministre comme dans un hall de gare, surtout quand les membres de la famille sont présents. Impossible de dérober une machine à écrire, et de la rapporter le lendemain, alors que tout le monde est sur le pied de guerre et les enquêteurs présents. C’est rocambolesque. Quant à se noyer dans vingt centimètres d’eau, c’est tout à fait possible. Lorsqu’on veut mourir, la hauteur de l’eau ne fait rien à l’affaire.

BureaucratieMercredi 16 septembre 2003

Devenir fonctionnaire pour « servir » ? Non, moi, c’était pour le pognon.

Ce qu’on dénonce régulièrement chez les fonctionnaires, en fait, c’est la bureaucratie. Mais elle existe ailleurs. C’est ce qui permet, par exemple, de ne jamais rembourser un crétin qui a eu l’imprudence de poster un mandat (comme moi) : l’argent est bien sorti de ma poche en février, confié à la Poste, puis s’est égaré dans la nature, et toutes mes réclamations sont restées lettre morte.

Dans un cas pareil, la bureaucratie, c’est cette vertu du parapluie qu’on ouvre, car il n’y a aucun responsable. Le jour où l’on rendra les bureaucrates personnellement compables de l’argent qu’ils font perdre aux autres, on commencera à progresser. Mais les poules, qui entre-temps auront vu leurs dents pousser, nous auront tous bouffés.

Bureaucratie (suite)Mercredi 16 septembre 2003

Un exemple d’absurdité bureaucratique sévissant, non pas dans le public, mais dans le privé. Je sais que vous n’allez pas me croire, pourtant il est authentique.

Quand je vivais en Côte d’Ivoire, il fallait payer sa facture d’eau tous les six mois, en liquide (ben oui, pour de l’eau !), et en faisant la queue au guichet. Ça, ce sont les joyeusetés de l’Afrique, où les chèques sont mal vus. Mais ce n’est rien. Je précise que le service des eaux était une filiale de Bouygues, la SODECI, société privée, donc on n’avait pas affaire à des fonctionnaires. Pour éviter qu’une facture tombe pendant les grandes vacances et reste impayée, d’où coupure automatique et quasi-immédiate, nous, les enseignants, avions la possibilité de verser une avance sur le paiement à venir avant de partir en congé : évaluation de la consommation d’après l’index du compteur, et versement de la somme envisagée. Pas de quoi fouetter un chat.

Une année, je verse mon avance et pars en vacances. Au retour, je reçois une facture de régularisation, elle aussi automatique, qui montrait que j’avais trop payé : Bouygues me devait quelques francs, et la facture affichait un montant « À payer » négatif. Estimant ridicule d’aller faire la queue à un guichet pour me faire rembourser deux ou trois francs, je ne me dérange pas.

Eh bien, ils m’ont coupé l’eau pour FACTURE IMPAYÉE ! Que la somme « due » ait été négative n’a pas ému l’ordinateur, il a émis un ordre de coupure.

Et j’ai dû payer (positivement cette fois), des frais de rétablissement de la distribution d’eau.

Hein, que vous ne me croyez pas ?

L’Afrique en marcheMercredi 16 septembre 2003

Dans toute l’Afrique noire, du moins quand j’y étais, on n’acceptait les chèques nulle part, sauf à payer une lourde taxe (40 francs français par chèque). Il n’existait aucun distributeur automatique de billets. Les salaires étaient le plus souvent payés en liquide. Quand ils étaient versés sur un compte bancaire, les salariés allaient retirer leur argent à la banque, en liquide, tous le même jour, de sorte que les banques restaient engorgées et inaccessibles tant que chacun n’avait pas perçu son dû ; par conséquent, tous ceux qui faisaient la queue n’allaient pas travailler. Les cartes de crédit étaient inconnues, sauf chez les étrangers : pour s’en servir, il fallait être reçu personnellement par un fondé de pouvoir, dont c’était le seul boulot. Et, bien entendu, les prélèvements automatiques n’existaient pas. Pour payer ce qu’on devait, par exemple sa note d’électricité tous les deux mois, il fallait faire la queue au guichet (des heures d’attente, vu l’affluence) et payer en liquide, là encore.

Vers 1984-1985, le gouvernement a décidé un recensement de la population. Processus adopté : chaque citoyen devait se présenter à la sous-préfecture, et le préfet ou le sous-préfet en personne devait recevoir TOUS LES HABITANTS, un par un, et remplir pour chacun une fiche de recensement (tout le monde ne sait pas écrire, d’où cette exigence extravagante). Certains attendaient une journée entière pour être reçus, et revenaient parfois le lendemain quand ils n’avaient pas réussi à passer. Je ne raconte pas l’état du préfet et du sous-préfet, à ce régime ! Personne ne s’était avisé que la mesure était inapplicable. Elle n’a pas été annulée, et l’opération a pris des semaines.

On aurait tort de voir les pays sous-développés comme un peu en retard par rapport à nous. Le retard est vertigineux, et pas près d’être comblé. Au contraire, il s’accentue chaque jour, puisque nous avançons plus rapidement. Logique !

Je ne crois pas du tout que ça s’arrangera à la longue.

Un saint bien convenableMercredi 24 septembre 2003

À propos de Jean-Paul II, il vient encore de donner dans la modernité en préférant, pour remplacer l’archevêque de Barcelone, un simple prêtre, mais membre de l’Opus Dei. Déjà, l’an passé, il avait fait un « saint » de Escriva Balaguer, le fondateur de cette secte. Il est bien, Jean-Paul.

De l’eau transformée en pot-de-vinJeudi 2 octobre 2003

Histoire d’eau : naguère, la régie de l’eau était municipalisée. Comme c’est un travail assez spécialisé, de fabriquer de l’eau potable, les compagnies privées ont réussi à persuader la plupart des municipalités de leur refiler la concession. Laissez faire ceux qui s’y connaissent, qu’elles disaient. L’ennui, c’est qu’elles ont fixé leurs prix, après s’être entendu entre elles (pas difficile, elles ne sont que deux, la Générale des Eaux et la Lyonnaise des Eaux). Bien entendu, ces concessions ne se sont pas opérées sans quelques petits cadeaux aux élus. Des pots-de-vin versés par les marchands d’eau !

La religion de la croissanceJeudi 2 octobre 2003

Ce qui est dit sur l’arrêt de la croissance, on en parlait déjà juste après le premier choc pétrolier, au début du septennat de feu Giscard, en 1974. On lisait alors dans les journaux des articles qui donnaient des conseils assez curieux pour éviter le gaspillage, du genre « Placez une brique dans votre chasse d’eau pour consommer moins ». Ça paraissait assez ridicule, d’autant plus que l’eau ne coûtait pas cher à ce moment-là. Aujourd’hui, les marchands d’eau sont plus puissants que les chefs d’État...

En tout cas, je voudrais bien qu’on m’explique une fois pour toutes sur quoi repose cette croyance en la croissance. Il me semble que c’est une hérésie mathématique. Comment imaginer que des ressources limitées puissent être exploitées de plus en plus, sans qu’elles s’épuisent un jour ? L’énergie inépuisable, c’est un bide total. La seule énergie inépuisable à l’échelle humaine, c’est l’énergie thermonucléaire, la fameuse fusion, celle qui a lieu dans les étoiles. Mais elle nécessite des températures et des pressions phénoménales, et il y a plus d’un demi-siècle qu’on cherche à faire fusionner deux noyaux légers sans dépenser davantage d’énergie qu’on peut en produire (et à ralentir la réaction, autre petit détail sans importance).

Mais allez expliquer ça aux nantis, comme les Yankees. Hier, dans l’émission de Michael Moore, on montrait le gaspillage de carburant aux États-Unis, où le gallon, qui vaut quatre litres et demi, se paye deux dollars. Je vous laisse faire la comparaison avec les prix chez nous. Toute tentative d’augmenter le prix de l’essence est considéré par les États-Uniens comme une atteinte intolérable à leur liberté.

Béatifier « mère » TeresaDimanche 19 octobre 2003

Il y a une grande messe à Rome en ce moment. Il s’agit de béatifier « mère » Teresa, une ex-potesse de Jean-Paul II (ils s’étaient envoyés en l’air, un samedi soir, alors qu’ils s’étaient saoulés à la bière, sur la banquette arrière de la papamobile). La messe est très bien fréquentée, puisque Bernadette Chirac et Jean-Pierre Raffarin y assistent, histoire de faire honneur à la séparation de l’Église et de l’État.

Si les familles africaines ayant perdu un des leurs, mort du sida (ce ne doit pas être difficile à trouver), ont un minimum de courtoisie et de reconnaissance, elles enverront un télégramme de félicitations.

Vietnam-bisLundi 3 novembre 2003

Ce qu’aucun de ses prédécesseurs, même le plus débile (il y avait du choix), n’a entrepris, Bush l’a réussi : replonger son pays dans une guerre du Vietnam-bis. Souhaitons que ce soit aussi flamboyant que la première édition.

Au fait, j’ai eu la curiosité de faire un petit recensement des victoires militaires obtenues par les États-Unis après 1945. Voici le bilan de mes recherches :

 

 

 

 

 

 

 

J’espère n’avoir rien oublié. Ce résultat valait la peine que je me suis donnée.

« Lynchage médiatique »Dimanche 22 janvier 2006

Chaque fois que, dans un domaine quelconque, politique, financier, judiciaire, un dirigeant dérape, se montre incapable, s’englue dans un scandale et provoque des dégâts dont est victime la collectivité, il se trouvera toujours quelqu’un pour dénoncer la juste indignation de l’opinion publique, et venir déclarer dans les radio-télés qu’on ne doit pas se livrer à « un lynchage médiatique ».

Et c’est bien vrai que chez nous, on a coutume de lyncher les escrocs, les voleurs, les magouilleurs, les incapables, les corrompus, etc. Souvenez-vous du PDG du Crédit Lyonnais. La sanction de son incapacité, qui a donné naissance à une dette énorme et que les contribuables n’ont pas fini de payer, a été effroyable : on lui a donné un autre poste encore mieux payé...

En ce moment, c’est le juge d’instruction Fabrice Burgaud qui tient la vedette : cet homme, chargé de l’enquête des prétendus pédophiles d’Outreau, n’a écouté que les témoins de l’accusation et a envoyé des innocents en prison, certains jusqu’à deux ans et demi. Des familles ont été séparées, des ménages brisés, des réputations souillées, un innocent en est mort, et l’on en passe, si j’ose après ce palmarès. Eh bien, là encore, la sanction est tombée : le juge a été nommé à la section financière du parquet de Paris. Une belle promotion !

La vérité est que les décideurs politiques n’aiment pas reconnaître qu’ils se sont trompés en nommant tel abruti à tel poste qu’il était bien infoutu d’occuper. Alors, quand l’évidence se fait jour, on ne va pas faire marche arrière, on fonce, droit devant. L’incapable est ôté de son poste, mais jamais rétrogradé. En lui donnant au contraire une promotion, on évite d’admettre qu’une erreur a été commise.

Ce ne serait que comique si on n’ajoutait l’odieux à tout cela. En effet, on s’applique ensuite à culpabiliser l’opinion publique, avec des phrases toutes faites comme « Nous sommes tous coupables ». Ah bon ? Nous avons tous envoyé des innocents en taule ?

La réalité dépasse la fictionMercredi 1er mars 2006

Ce soir, les Guignols se sont payé la tête de Sarkozy, qui prétend déceler les futurs délinquants dès l’âge de trois ans. « En taule, les gosses de trois ans et demi ! », glapit sa marionnette.

Certes, mais ce rêve a déjà été réalisé, en 1974, au Maroc. Cette année-là, le roi Hassan II, qui avait échappé à un attentat organisé par le général Oufkir, avait flingué de sa main l’auteur du complot. Quelques mois plus tard, il faisait arrêter et incarcérer toute sa famille, sans aucun jugement. Parmi les embastillés, Abdellatif, le plus jeune fils d’Oufkir, un garçon de trois ans et demi ! Il devait rester en taule jusqu’à ses 18 ans. Évadé avec deux de ses sœurs, il fut repris très vite et retourna en cabane pour quatre ans de plus.

On devrait nommer Sarko roi du Maroc...

Recyclage des vieux trucsMercredi 5 avril 2006

Le 31 mars, Chirac a promulgué la loi sur le Contrat de Première Embauche dont personne ne veut, tout en recommandant de ne pas appliquer cette loi... ce qui, en soi, est déjà curieux. Certains ont même vu dans cette contradiction une forme de forfaiture, le chef de l’exécutif faisant ainsi obstacle au pouvoir législatif ; d’autres ont préféré y voir une bouffonnerie, Chirac n’ayant pas reculé devant l’annulation, récemment voulue par lui, d’un article de loi qui déplaisait, celui sur la reconnaissance du rôle positif de la colonisation ! Il y aurait beaucoup à dire sur tout cela. Passons.

Le plus drôle, c’est la suite : le ministre Borloo, chargé de l’application de ladite et nouvelle loi sur le CPE, a ordonné que l’on n’imprime pas les formulaires destinés à rédiger les futurs contrats, qui, de ce fait, ne pourront matériellement pas être rédigés. Cette astuce kolossale, outre qu’elle est d’un ridicule achevé et qu’elle viole la constitution (un ministre faisant obstacle à l’application d’une loi) , rappellera de bons souvenirs à certains.

Ainsi, l’affaire Aranda.

Sous la présidence de Georges Pompidou, un fonctionnaire du ministère de l’Équipement, Gabriel Aranda, lassé des magouilles qu’il constatait qu0tidiennement dans son ministère et auxquelles il était contraint de participer par son silence, avait résolu de réagir. Il avait ainsi photocopié une masse de documents compromettants, avait dissimulé les copies dans une cachette en forêt (si si !), et entrepris de les livrer peu à peu au « Canard Enchaîné », qui se fit un plaisir de les publier, semaine après semaine. Il en était résulté un scandale énorme, qui mettait notamment en cause le ministre Albin Chalandon, et bien d’autres responsables politiques. Dont, rassurez-vous, aucun n’a été sanctionné.

Comment le gouvernement avait-il réagi ? D’abord, par une conférence de presse très embarrassée du président Pompidou. Mais surtout, et c’est ce qui nous ramène au truc de Borloo, par l’annonce qu’on allait faire des recherches afin de mettre au point... un papier impossible à photocopier !

C’était glorieux.

Vous avez de la fièvre ? Cassez le thermomètre !

Égalité devant la loi... mais pas derrière ! Samedi 8 avril 2006

Le général de Boissieu est mort cette semaine, et Chirac prononce aujourd’hui son éloge funèbre. On espère qu’il n’oubliera pas de glisser dans son speech ces deux anecdotes intéressantes – en fait, les deux seuls faits marquants de la vie du gendre de Charles De Gaulle, puisque c’est à ce titre seulement qu’il a droit à l’oraison présidentielle.

De Boissieu, jusqu’en 1981, était Grand Chancelier de la Légion d’Honneur, poste uniquement honorifique où l’on ne craint pas le surmenage. À ce titre, il était chargé, après chaque élection présidentielle, de passer le Grand Cordon de la Légion d’Honneur au cou du nouveau président de la République. Oui mais voilà, en 1981, c’est Mitterrand qui venait d’être élu. Mitterrand ! L’adversaire acharné de De Gaulle, celui qui l’avait mis en ballotage lors de l’élection de décembre 1965. Pour ne pas avoir à honorer cet ennemi de la Sainte Famille, de Boissieu préféra démissionner de ses fonctions et laisser la corvée à un autre. Tout le pays fut secoué par un vibrant éclat de rire, dont les murs de l’Élysée tremblent encore...

Moins drôle, ceci, qui eut lieu beaucoup plus tôt, De Gaulle encore président. De Boissieu, qui n’était pas à la retraite à cette époque, circulait en voiture sur une route de campagne. Il ne conduisait pas, bien entendu : un général, ça dispose d’un chauffeur, payé par l’Armée, donc par nous. La voiture grimpait une côte, coincée derrière un autre véhicule que le général trouvait bien trop lent (sans doute volait-il vers la victoire, à cet instant précis). Impatienté, il donna l’ordre à son chauffeur de doubler la voiture gêneuse, ce que le Code de la Route interdit formellement. Conscient de commettre une infraction gravissime, mais bien obligé d’obéir à son patron très haut gradé non moins que gendre du président de la République, le chauffeur dut se résigner à obtempérer, et amorça un dépassement. Malheureusement, une autre voiture arrivait en face au même moment, et que la côte masquait. La collision eut lieu, et fit un mort dans la voiture d’en face. Que croyez-vous qu’il arriva ? Le général responsable ne fut pas le moins du monde inquiété, et c’est à peine si les journaux osèrent mentionner l’accident.

Plomb dans l’aile du Saint-EspritDimanche 9 avril 2006

La révélation n’est pas nouvelle, mais ce n’est pas une raison pour ne point en parler, car ici, on ne chasse pas le scoop.

Les catholiques ont toujours prétendu que, lors de l’élection d’un pape, c’était le Saint-Esprit qui « inspirait » les cardinaux réunis en conclave, afin de leur faire élire le candidat voulu par Dieu. Naturellement, cet énorme bobard, tout juste bon pour des gosses de six ans, laisse froids les mécréants, surtout ceux qui prennent la peine de s’informer un peu. Et les révélations de l’un des quatre cardinaux brésiliens présents au conclave qui, le 19 avril 2005, a élu Ratzinger à la papauté (notez que je ne dis pas « au trône de saint Pierre », ledit saint Pierre n’ayant jamais été pape) ont jeté un peu de lumière sur les magouilles électorales du futur Benoît XVI : sa campagne électorale, menée auprès des cardinaux les moins progressistes, avec l’aide de l’Opus Dei, la sainte mafia, « s’est poursuivie discrètement pendant les repas », et « après la fermeture des portes » de la Chapelle Sixtine, selon le même cardinal brésilien, qui a tenu à garder l’anonymat de crainte d’être excommunié.

Or, pour en revenir au Saint-Esprit, troisième personnage de la Sainte Trinité selon l’Église, Ratzinger avait déjà affirmé, dès 1978, année d’élection de son prédécesseur, que « ce n’est pas l’Esprit saint qui dicte aux cardinaux le choix du nom du nouveau pape, comme le prétend l’Église ». Et c’est le nouveau pape qui l’a dit !

Foot et courage politiqueVendredi 23 juin 2006

Il faudrait se lever de bonne heure, en France, pour dénicher un homme politique qui ne se déclare pas amateur de football. On croirait que la réélection de nos représentants ne dépend que de cela, aimer ou ne pas aimer le foot. La crainte de déplaire à ceux qu’ils supposent être des fanatiques du ballon rond (alors que les femmes sont la majorité, dans ce pays) leur met un bœuf sur la langue, apparemment.

Et pourtant, c’est si simple et si peu coûteux de dire la vérité ! Lorsque je vivais en Côte d’Ivoire, on avait demandé au président de la République, Félix Houphouët-Boigny, quel sport il préférait, et si c’était le football : le genre de question qu’affectionnent les journalistes, et qui contient la réponse qu’on est prié de donner. Eh bien, tout benoîtement, Houphouët avait répondu que non, le foot n’était pas son sport préféré, et il préférait de loin... la boxe et le cyclisme !

Or, non seulement il avait osé prononcer ces paroles sacrilèges, mais il l’avait prouvé : la Coupe d’Afrique ayant donné lieu à un match important disputé à Abidjan, sa capitale, il était venu donner le coup d’envoi du match, puis, tranquillement, il était parti, sans se donner la peine d’y assister !

On n’imagine pas ça chez nous...

Taxes à géométrie variable Dimanche 24 septembre 2006

Il y a deux ans, considérant que percevoir la taxe sur les postes de télévision coûtait trop cher et laissait trop de latitudes aux fraudeurs, les princes qui nous gouvernent ont décidé d’inclure ladite taxe dans la feuille d’impôts, avec la taxe d’habitation. Au passage, une bourde : le contribuable n’avait pas à déclarer qu’il possédait un téléviseur ; il devait au contraire, le cas échéant, déclarer qu’il n’en possédait pas ! Nouvelle source d’erreurs...

Il s’avère que cette brillante initiative a fait un bide : elle rapporte encore moins que l’ancien système, celui du paiement séparé. Que faire pour pallier cette baisse des recettes ?

Élémentaire, mon cher Watson ! On va créer... une autre taxe ! Et comme on peut aujourd’hui recevoir la télé sans avoir de téléviseur, soit sur son ordinateur, soit sur son téléphone portable, le gouvernement envisage de taxer ces instruments. Avec la bagatelle de 49 millions de téléphones portables en France, c’est la manne assurée !...

Jeunes drogués à ce gadget, vous allez le regretter.

Du bon choix de ses invités Dimanche 24 septembre 2006

Ce matin, France Inter a consacré un mini-magazine de la rédaction à Françoise Claustre, ex-otage au Tchad, et qui est décédée au début de ce mois. C’était très bien, mais il y manquait un détail.

Françoise Claustre, ethnologue au CNRS, faisait au Tchad des recherches pour son travail, quand elle a été enlevée par une faction de rebelles, ennemis du président Tombalbaye. Les chefs de la rébellion s’appelaient Goukouni Oueddeye et Hissène Habré. Celui qui dominait le tandem était Habré. Il a gardé madame Claustre pendant trente-trois mois, fait exécuter un négociateur envoyé par le gouvernement français, le commandant Galopin, et exigé de l’argent et des armes, qui lui ont été donnés en douce pour que le gouvernement français ne perde pas la face.

Oueddeye et Habré ont été successivement présidents du Tchad, après la mort de Tombalbaye. Oueddeye a pris sa retraite d’homme politique et a exprimé des regrets tardifs, Habré est poursuivi pour crime contre l’humanité et doit être jugé prochainement au Sénégal.

Ce que le magazine de France Inter a oublié de mentionner, c’est ceci : le 14 juillet 1987, Hissène Habré, premier preneur d’otage de l’Histoire contemporaine, dictateur tchadien, tortionnaire et assassin, était présent dans la tribune officielle, sur les Champs-Élysées, lors du traditionnel défilé militaire. Invité par Mitterrand, alors président de la République.

On a les invités qu’on mérite.

Rappelons tout de même qu’il n’est pas d’usage qu’un chef d’État étranger assiste à cette cérémonie, et que ce rarissime honneur avait été refusé, quatre ans plus tard, au président des États-Unis, George Bush père, qui avait souhaité saluer les troupes françaises ayant participé à sa Guerre du Golfe.

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Dernière mise à jour de cette page le dimanche 2 juillet 2017.