JPM a un avis sur tout – Les affaires immobilières de Chirac

Les affaires immobilières de Chirac

« Château-Chirac », ou Chirac propriétaire

Lorsque, en mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing devient président de la République, le pays entier s’esclaffe : c’est la république des châteaux ! En effet, le nouveau président est co-héritier du château de la Varvasse, acheté par son père Edmond, et tout récemment classé monument historique ; de plus, il a acquis le château de l’Étoile, près d’Authon, pour faire plaisir à sa femme Anne-Aymone, née dans la région.

Or, qui Giscard choisit-il comme Premier ministre ? Jacques Chirac, lui aussi propriétaire depuis peu du château de Bity, près de Sarran, en Corrèze, la région où il se fait élire depuis 1967 et dont il laisse croire qu’il est originaire (il est en fait né à Paris).

Ledit château a été acheté le 3 mars 1969, pour la somme de 60 000 francs, prétend l’intéressé. Il avouera tardivement, dans sa déclaration de patrimoine du 13 mars 1995, l’avoir payé 200 000 francs ! Or l’édifice, qui date du seizième siècle, compte 2050 mètres carrés, sur trois étages, avec deux maisons de gardien de 110 mètres carrés, et il est entouré d’un parc de onze hectares. 200 000 francs, c’est à cette époque le prix d’un studio à Paris.

Mieux : deux mois après cet achat, le château est classé monument historique par le ministre des Affaires Culturelles. Ce qui signifie que les éventuelles réparations qu’on pourrait y faire sont à la charge de l’État, donc du contribuable. Ainsi, les époux Chirac reçoivent une subvention de 60 000 francs pour restaurer leur domicile. Chirac va même jusqu’à inclure cette somme dans sa déclaration de revenus... pour mieux la déduire de ses impôts, et recommence l’année suivante. De la sorte, l’heureux contribuable ne paie aucun impôt en 1970 et 1971. Lorsqu’on lui en parle, il raconte que la Direction des Impôts l’a « obligé » à accepter cette déduction, dont bien sûr il prétendait ne pas vouloir. Tout comme, quelques années plus tard, il prétendra « ne pas pouvoir » se rendre dans le cabinet d’un juge d’instruction, même à titre de témoin, en dépit de son ardent désir de déférer à une telle convocation !

Cette affaire ne plaît pas beaucoup au président Georges Pompidou, dont Chirac est alors l’un des ministres ; si bien que, pendant six mois, Pompidou refuse de lui serrer la main (Pompidou n’a pas de château, lui ; il n’est même pas propriétaire de son appartement parisien du 24 quai de Béthune, à Paris).

Devenu Premier ministre de Giscard, et alors que les journaux remettent sur le tapis cette histoire de résidence à bon marché, Chirac tente de minimiser la bonne affaire, et prétend que c’est « un petit château », qu’il était presque en ruines au moment de l’achat, et que, d’ailleurs, « il n’a que huit fenêtres » ! Mais les photos de la demeure publiées dans la presse en montrent au moins seize pour la seule façade !

Château de Bity

Les Français avaient ainsi dans leur journal la preuve que leur Premier ministre était un menteur : il y gagna le surnom de « Château-Chirac », avant celui de « Super-Menteur ».

Quant au dossier du château au ministère des Affaires Culturelles, il disparut mystérieusement...

Chirac locataire

Le 29 mars 1995, en pleine campagne pour l’élection présidentielle pour laquelle Chirac est candidat, « Le Canard Enchaîné » révèle que Chirac, maire de Paris, est locataire d’un logement 120 rue du Bac, dans le septième arrondissement, alors le quartier le plus cher de la capitale, et à des conditions très avantageuses. La famille Chirac occupe en effet le rez-de-chaussée d’un pavillon de deux étages, qui jouxte à la fois de paisibles hôtels particuliers et surtout le vaste parc des Missions Étrangères, une organisation catholique comme il en existe de nombreuses dans le quartier, parc lui-même voisin de l’immense parc de l’Hôtel Matignon. L’appartement mesure 189 mètres carrés, et dispose d’une cave de 128 mètres carrés, d’un jardin privé de 525 mètres carrés, et d’une chambre de bonne. Or, le loyer n’est que de 10 000 francs par mois, plus 1200 francs de charges, ce qui met le mètre carré habitable à 58 francs (8,84 euros), alors que les prix moyens des locations, dans le voisinage, sont de 111,04 francs le mètre carré, presque le double, selon les statistiques des agences immobilières.

Ce loyer avantageux pour les Chirac ne serait qu’une bonne affaire si elle n’était que privée, et si les circonstances de la location étaient banales ; or elles ne le sont pas. En effet, les Chirac occupent ce logement depuis 1977, mais ils ont failli le perdre en 1988, lors du décès de leur propriétaire : les héritiers, une famille franco-américaine, manifestent alors leur intention de vendre le logement, et en demandent 18 millions, soit près de 100 000 francs le mètre carré. N’étant pas disposés à payer ce prix, les Chirac se voyaient ainsi en danger de changer de propriétaire, avec une probable augmentation de loyer en perspective, ou même une expulsion en fin de bail. Et, bien que somptueusement logés à l’Hôtel de Ville (1050 mètres carrés, le logement de fonction le plus vaste de la capitale), et propriétaires par ailleurs du château de Bity et d’un appartement de 114 mètres carrés rue de Seine, les Chirac tiennent à conserver ce logement – que leur fille Claude finira par occuper.

L’affaire va s’arranger de façon quasi-miraculeuse : en décembre 1988, Chirac annonce à ses propriétaires que la SGIM (Société de Gérance des Immeubles Municipaux), régie par la loi sur les sociétés d’économie mixte locales, possédée à 40 % par la Ville de Paris, et dont les dirigeants sont nommés avec l’agrément du maire – lui-même, donc –, désire acquérir le logement qu’il occupe ! Certes, la Ville de Paris n’est pas la seule actionnaire de la SGIM : le reste de son capital appartient à la FRANCAREP, société contrôlée par deux amis de Chirac, les barons Guy et David de Rothschild, milliardaires bien connus. Or ces derniers, qui n’engagent pas l’argent des Parisiens mais le leur et celui de leurs propres actionnaires, hésitent devant le prix demandé pour le logement occupé par la famille Chirac, et n’acceptent qu’à la condition que le prix de vente soit rabaissé à 12 millions au lieu de 18. Les propriétaires finissent par accepter de signer une promesse de vente, le 19 avril 1989.

Néanmoins, le logement ne sera réellement acheté qu’un an plus tard, le 29 juin 1990 : en effet, la SGIM n’a pas été constituée pour acheter des logements, mais seulement pour faire de la gestion. Elle ne possède rien en propre, à l’exception de son siège social, et il est nécessaire de constituer une « structure » juridique qui lui autorise cette nouvelle activité. On crée alors une société civile immobilière, la SCI Parc Vaneau, qui sera gérée par le président de la SGIM, Gérard Cocrelle (nommé à son poste, en 1980, à la demande expresse de Chirac, avec lequel il entretient d’excellentes relations, car ils se connaissent depuis l’École Nationale d’Administration et ont travaillé ensemble à la Cour des Comptes), et contrôlée à 100 % par une filiale purement commerciale de la SGIM, la SFIR (Société Financière et Immobilière de la Rochefoucauld), agissant comme société écran.

Théoriquement propriété de la SCI Parc Vaneau, l’appartement de Chirac sera en fait géré par la SGIM, donc par une société dépendant de la mairie qu’il préside. Et, naturellement, son bail est renouvelé sans augmentation de loyer : fin 1994, il ne sera que de 10 800 francs par mois, alors que la SGIM pratique des augmentations de loyer de 4 à 8 % par an pour ses locataires normaux. La SFIR, elle, a dû sacrifier la plus grande partie de ses ressources financières pour l’achat de ce seul appartement... dont la location aux Chirac ne lui rapporte qu’une rentabilité brute de 1,1 %, inférieure aux frais qu’entraîne son entretien et qui sont à sa charge. Ainsi, elle perd de l’argent, tandis que, si elle avait placé la même somme de 12 millions à la Caisse d’Épargne, ce capital lui aurait rapporté 4,5 %.

Bertrand Delanoë, chef de file des socialistes parisiens, réclame alors que la Chambre régionale des Comptes examine cette affaire. Les socialistes envisagent également de demander à la Ville de Paris de porter plainte contre son maire pour « prise illégale d’intérêt ».

Le tribunal administratif de Paris est également saisi par un contribuable parisien, Evelyn Ferreira, militant écologiste : le 26 avril 1995, il fait demander par son avocat l’autorisation de porter plainte « contre X », en fait contre le maire, pour « prise illégale d’intérêts et complicité(s) ».

Après bien des péripéties, l’affaire sera enterrée le 30 octobre 1995, quand le président du tribunal administratif de Paris décidera qu’il n’y a pas prise illégale d’intérêt de la part de Chirac. Cette décision providentielle n’étonne personne : ce juge si compréhensif, Roland Vandermeeren, est lui-même logé, depuis 1980 et à tarif social, par la mairie de Paris ! Il occupe un appartement de 80 mètres carrés rue Poliveau, une agréable voie résidentielle du cinquième arrondissement, proche du Jardin des Plantes, pour un loyer de 3600 francs par mois, et il doit cette faveur à Jean Tiberi, qui était alors deuxième adjoint au maire de Paris, un certain Jacques Chirac.

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Dernière mise à jour de cette page le samedi 3 janvier 2009.