JPM a un avis sur tout – L’astrologie testée

L’astrologie testée

Le problème

Les partisans les moins ardents de l’astrologie concèdent volontiers à leurs adversaires rationalistes que cette prétendue science n’est pas en mesure de se livrer à des prédictions ; mais ils affirment qu’elle possède une certaine validité lorsqu’il s’agit d’analyser la personnalité humaine. D’ailleurs, un grand nombre de firmes ne se gênent pas pour demander aux candidats à l’embauche de fournir leur lieu, date et heure de naissance, toutes données destinées à dresser leur portrait psychologique, et donc à décider s’ils sont aptes à l’emploi postulé.

L’astrologie est-elle capable de fournir un résultat valable dans ce domaine ? Afin de trancher la question, une étude statistique a été menée au début de 1986, par Shawn Carlson, physicien à l’Université de Californie, à Berkeley. Le principe de l’expérience satisfaisait à la fois aux exigences méthodologiques des deux communautés adverses, l’astrologique et la scientifique. Elle ne s’intéressait qu’à la prétention des astrologues de dresser des « portraits astraux » de leurs clients, et non à la vérification des prédictions, entreprise impossible à mener.

La méthode

Carlson s’est assuré le concours, à la fois, de statisticiens et de scientifiques, mais aussi d’astrologues notoires. L’expérience a respecté la technique de l’expérimentation « en double aveugle », bien connue en pharmacologie : on fait administrer à deux groupes de malades, soit le médicament à tester, soit un médicament factice, par un personnel qui ignore ce qu’il donne à ces malades. Naturellement, produits et patients reçoivent un numéro de code, qui sera seul pris en compte lors de l’analyse statistique.

La première partie de l’expérience, conduite selon cette méthode, a consisté à recruter des cobayes, et des astrologues volontaires pour être mis sur la sellette. Les cobayes, en majorité des étudiants, furent trouvés par petites annonces. On élimina d’abord les moins de dix-sept ans, les « sceptiques extrémistes » (à l’égard de l’astrologie), et ceux qui avaient déjà fait faire leur horoscope, parce que leurs réponses futures risquaient d’être influencées par le souvenir de ce qui leur avait été dit. Par excès de vigilance, on élimina d’autres candidats entre leur premier recrutement et le début de l’expérience, car certains d’entre eux avaient changé d’avis sur l’astrologie, ou cessé de s’intéresser à l’opération. Sur les 256 candidats retenus, il en resta ainsi 177, que l’on répartit en deux groupes de 83 et 94 sujets.

D’autre part, on recruta 28 astrologues qui avaient accepté (et même demandé, pour deux d’entre eux) que leur profession soit, en leur personne, mise sur le gril ; quelques-uns se désistèrent également par la suite, mais suffisamment peu pour que l’expérience pût continuer.

Elle connut deux phases.

La première phase

Au cours de la première phase, les 177 cobayes devaient fournir leurs date, heure et lieu de naissance, et un ordinateur, piloté par deux responsables du National Council for Geocosmic Research, établissait pour chacun l’état du ciel correspondant. Notons que ce qu’on appelle le « ciel de naissance » est une donnée objective, décrivant la position des étoiles et des planètes à la naissance du sujet, et qu’il est entièrement déterminé par le lieu, la date et l’heure de cet événement ; ce qui n’a rien à voir avec l’interprétation qu’on peut ensuite en tirer.

Munis de ces seuls documents, naturellement anonymes, les astrologues devaient ensuite les interpréter.

Les cobayes recevaient alors trois de ces interprétations, toujours anonymes : celle les concernant, plus deux autres tirées au sort parmi celles des autres cobayes. Ils devaient les classer dans l’ordre, d’abord celle qui leur paraissait « coller » le mieux à leur personnalité, puis attribuer aux deux autres les deuxième et troisième place. De plus, ils devaient attribuer une note de 1 à 10 à chacune des interprétations, cela en vue d’un traitement statistique plus poussé.

Il est clair que si les astrologues avaient fait un travail valable, les cobayes auraient choisi le « bon » horoscope plus d’une fois sur trois, au minimum (prudents, les astrologues comptaient sur 50 % de « bonnes » réponses) ; sinon, qu’apportait l’étude astrale de plus que le seul hasard ?

Précisons que, pour plus de sûreté, on avait raffiné, et réparti les cobayes en deux groupes : le premier serait soumis à l’expérience dans les conditions décrites ci-dessus ; le second, à une expérience truquée, les cobayes ne recevant que des interprétations qui ne les concernait en rien ! Dans ces conditions, si l’astrologie était valide, le pourcentage de « bonnes » réponses dans le second groupe aurait dû tomber très au-dessous de celles du premier.

Ajoutons enfin que les membres des deux groupes relevant du même « signe » astrologique recevaient, sans le savoir évidemment, le même jeu d’interprétations. Cela, pour concéder plus de chances aux astrologues volontaires...

Résultat de la première phase

Cette première phase de l’expérience donna, dans le groupe avec lequel on n’avait pas « triché », et pour les interprétations que les cobayes avaient préférées et classées au premier rang, un résultat de 33,7 % de choix « corrects » – très proche par conséquent du fatidique « un sur trois » dicté par le hasard. Puis 39,8 % pour les interprétations classées par eux en numéro 2 ; et 26,5 % pour les interprétations classées par eux en numéro 3.

Quant aux cobayes auxquels on avait fourni le même jeu d’horoscopes qu’au premier groupe et dont aucun ne les concernait, ils réalisaient 44,7 % pour le taux des choix en premier rang, 36,2 % pour le deuxième rang, et 19,1 % pour le troisième. Bref, ils se reconnaissaient plus souvent dans un portrait astral qui ne les concernait en rien, que les membres du premier groupe dans un portrait les concernant !

La deuxième phase

Il était encore possible d’objecter qu’on ne se connaît pas bien soi-même, et que les sujets mis à l’épreuve auraient pu se tromper sur la description de leur propre personnalité ; que, donc, choisir un portrait erroné de sa propre personne est presque inévitable. Mais, conscients de cette objection, les concepteurs de l’expérience avaient imaginé une deuxième phase à l’expérience, susceptible d’éliminer ce facteur subjectif, puisque cette fois les cobayes n’y participaient plus.

Là, les astrologues reçurent un certain nombre d’enveloppes contenant chacune l’horoscope d’un sujet tiré au hasard, accompagné d’un profil psychologique établi selon le test California Personality Inventory, réputé fiable, d’usage courant aux États-Unis chez les psychologues depuis 1958, et construit sur dix-huit caractéristiques de la personnalité... dont les astrologues font eux-mêmes usage, et qu’ils pouvaient ainsi difficilement récuser ; plus deux autres profils psychologiques du même type, tirés au sort parmi ceux des étudiants-cobayes. Les astrologues devaient dire auquel des trois profils psychologiques correspondait l’horoscope unique, ou, plus exactement, comme dans la première phase, classer les trois profils psychologiques selon leur plus ou moins bonne correspondance avec l’horoscope. Et là encore, les noter de 1 à 10. Comme précédemment, si l’astrologie était valide, le score devait dépasser le fameux « un sur trois » du pur hasard. Confiants, à la fois dans leurs capacités, et dans les tests CPI, les astrologues escomptaient, une fois de plus, un score de 50 %.

Résultat de la seconde phase

Le résultat fut de 34 % pour les profils classés au premier rang, 40 % pour ceux du deuxième rang, et 25 % pour ceux du troisième rang ! Là encore, l’astrologie faisait aussi bien que le hasard, et pas mieux...

On doit remarquer que, les tests CPI n’intervenant pas dans la première phase, on ne peut ici suspecter leur peu de fiabilité supposée. En somme, la seconde phase éliminait les objections portant sur la première, et réciproquement.

Conclusion

Le rapport de Shawn Carlson conclut ceci : « Une expérience utilisant les méthodes en double aveugle a démontré que les prédictions des astrologues sont fausses. La corrélation prédite entre la position des planètes et autres objets astronomiques à l’heure de naissance, et la personnalité du sujet, n’existe pas. L’expérience réfute clairement l’hypothèse astrologique ».

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Dernière mise à jour de cette page le lundi 3 avril 2017.