JPM a un avis sur tout – La Cagoule

La Cagoule

Le véritable nom de cette organisation terroriste de l’entre-deux guerres était « Comité Secret d’Action Révolutionnaire », ou CSAR. Son fondateur principal fut Eugène Deloncle.

Deloncle

Deloncle était un ingénieur, sorti de Polytechnique parmi les premiers, en 1912. Après ses études, il avait choisi le Génie maritime, et fit une guerre brillante : ses états de service lui valurent la Légion d’Honneur. Rapidement, il « pantoufla » en quittant le service public pour les Chantiers de Saint-Nazaire et Penhoët. Très apprécié, il devint expert auprès des tribunaux, et siégea dans une dizaine de conseils d’administration.

Grand bourgeois – sa nièce Édith Cahier épousa même Robert Mitterrand, le frère du futur président –, il ne l’est cependant qu’à temps partiel, car il mène une double vie : dans les années vingt, alors que sa carrière prend son essor, il passe ses soirées à « faire le coup de poing ». Il milite en effet aux Camelots du Roi, basés dans le seizième arrondissement de Paris. Ce groupe d’agités se fait gloire de sa violence, et son chef, le périgourdin Jean Filliol, sait se faire respecter, de Deloncle comme des autres, s’attribuant un certain nombre de meurtres, pas tous imaginaires. Filliol n’a pas fait d’études, et il est un simple employé des messageries Hachette.

Filliol et les autres

Outre Deloncle, Jean Filliol a sous ses ordres Jacques Corrèze. Né en 1912 à Auxerre, Corrèze a fait ses études de décorateur à l’École Boulle et aux Beaux-Arts. Son père est d’ailleurs, lui aussi, décorateur à Auxerre, et, homme aisé, préside la Société des Tissus et Tapis ; il est également fournisseur de Deloncle, qui possède une propriété dans la région. « Monté » à Paris, Jacques Corrèze se fait embaucher au magasin Au Bûcheron, ce qui lui vaut d’être surnommé « La Bûche ». Il milite dans l’équipe de Filliol, et devient progressivement l’homme de confiance de Deloncle.

Toujours sous les ordres de Filliol, on trouve Jean Bouvyer, fils de bonne famille, né en 1917, admirateur d’une mère farouchement monarchiste, et ami de la famille Mitterrand avec laquelle il passe ses étés en Charente : il deviendra l’amant de Marie-Josèphe, la sœur du futur président, après qu’elle eût divorcé d’avec le marquis de Corlieu, et sa mère Antoinette sera la marraine de Jean-Christophe Mitterrand, fils du futur président – le peu recommandable « Papamadit ». Bouvyer a participé aux combats de rue de l’Action française le 6 février 1934, alors qu’il n’avait que 17 ans.

Né en 1906, Gabriel Jeantet, issu d’une famille royaliste, rejoint l’équipe. Plus intelligent et moins tête brûlée que Bouvyer, Jeantet a commencé à l’Action Française, pour finir, beaucoup plus tard, au Front National, celui de Le Pen. Doté d’un beau-frère patron des apéritifs Byrrh, Jeantet n’a pas de problèmes d’argent, et sera plus tard chargé des questions financières de la Cagoule, ainsi que responsable des achats d’armes. C’est lui qui, avec Simon Arbellot, autre membre de la Cagoule, parrainera Mitterrand pour lui faire obtenir la francisque, décoration créée par Pétain et très recher-chée par les collabos, le 16 août 1942.

En janvier 1936, Deloncle et sept de ses camarades sont exclus de l’Action Française. Le 4 février suivant, ils créent le Parti National Révolutionnaire et Social ; on y trouve Filliol, Corrèze, Bouvyer ; et aussi, étrangement, un ennemi convaincu du fascisme, Jacques Lemaigre-Dubreuil, venu de la Fédération nationale des Contribuables (sic), qu’il présidait après le maréchal Franchet-d’Esperrey. Lemaigre-Dubreuil, patron des huiles Lesieur – et qui sera assassiné à Casablanca le 11 juin 1955 par un groupuscule de droite, lequel lui reproche d’être favorable à l’indépendance du Ma-roc – avait d’ailleurs cessé toutes relations avec la Cagoule à la suite de l’assassinat des frères Roselli – voir plus loin. Ses quatre meurtriers, pourtant identifiés, ne seront jamais jugés, car amnistiés après 1958.

Création de la Cagoule

Quelques jours après cette exclusion de l’Action française, Deloncle fait la connaissance du général Lavigne-Delville, qui s’intéresse à ses projets. Ce général fréquente le docteur Martin, avec lequel il s’amuse à collationner des informations sur les activités des communistes. Dès la victoire de la gauche en juin 1936, Deloncle et Martin décident d’entamer une action clandestine, et de fonder le CSAR, alias la « Cagoule ». Théoriquement, il s’agit de fédérer des comités de quartier censés lutter par tous les moyens contre le péril marxiste, de faire de la propagande, et de noyauter les élites.

Ancien officier d’active, capitaine d’artillerie de réserve, François Méténier rejoint la Cagoule. Reconverti sans conviction dans l’industrie, à Chamalières, il noyaute un groupe régionaliste, « Les enfants d’Auvergne », composé d’anticommunistes viscéraux. Il est en cheville avec les fascistes italiens, et en obtient des armes en échange de quelques « coups de main », comme le meurtre des frères Roselli, deux pacifistes italiens, exécutés le 10 juin 1937 à la demande du comte Ciano, gendre et ministre des Affaires Étrangères de Mussolini – affaire qui valut à Bouvyer d’être arrêté par la police (Mitterrand le visitait régulièrement dans sa prison). Il y aura aussi l’assassinat de Dimitri Navachine, un économiste soviétique aux relations trop anglophiles et « cosmopolites » à leurs yeux, et l’élimination de deux passeurs d’armes, Léon Jean-Baptiste et Maurice Juif, qui avaient « trahi » la Cagoule. Également à l’actif de Méténier, quelques attentats antipatronaux, comme l’explosion du siège du patronat, le 11 septembre 1937, qui tuera deux policiers chargés de surveiller l’immeuble : cette opération avait pour but de discréditer les communistes, qui devaient être accusés de l’attentat; et, en effet, la police arrêta un anarchiste, considéré comme suspect.

Actions de la cagoule

Fanatiques, les membres de la Cagoule sont néanmoins, également, des maladroits : à chaque méfait, ils laissent involontairement des indices, et la police ne tarde pas à les repérer, puis à les faire infiltrer par des indicateurs. Et, quelques jours après l’attentat contre le siège du patronat, elle arrête deux Cagoulards pour trafic d’armes ; elle arrête aussi l’archiviste de l’organisation, Aristide Corre, et met la main sur la liste (trois cent cinq noms) des membres de la Cagoule – codée, mais les policiers parviennent à déchiffrer le code.

Cependant, les conspirateurs ne sont pas appréhendés. Décidée à tenter le tout pour le tout, la Cagoule projette alors un décisif coup anticommuniste pour la nuit du 15 au 16 novembre 1937, et tente d’intoxiquer l’Armée pour la mettre dans le coup, en prétendant que les communistes s’apprêtent à prendre le pouvoir : on demande aux militaires de faire un « putsch » cette nuit-là ! Mais les militaires ne marchent pas, et les conspirateurs sont enfin arrêtés. Cependant, la guerre qui éclate bientôt, et le nouveau régime pétainiste qui s’instaure en France, vont fournir un sursis aux Cagoulards, qui ne seront jugés qu’après la Libération.

Scission de la Cagoule - Le MSR

La guerre sépara la Cagoule en deux camps : certains Cagoulards entrèrent dans la Résistance, d’autres, dans la Collaboration. Ainsi, Deloncle fonda le Mouvement Social Révolutionnaire (MSR), parti collaborationniste dont la profession de foi, publiée en 1940, proclame : « Eugène Deloncle et son MSR veulent que la révolution nationale se fasse autrement que par des décrets. Ils veulent que tous les “salopards” en place soient balayés, qu’il n’y ait plus ni de Juifs, ni de francs-maçons en mesure de nuire encore ».

Deloncle est abattu par la Gestapo le 7 janvier 1944, chez lui, rue Lesueur, dans le dix-septième arrondissement de Paris : les nazis le soupçonnaient, à juste titre, d’avoir « tourné casaque » en prenant parti pour l’amiral Canaris, hostile à Hitler. Corrèze, présent dans l’appartement au moment de cette exécution, y échappe en se réfugiant dans la salle de bains, mais Louis Deloncle, fils d’Eugène, âgé de dix-huit ans, est grièvement blessé en voulant protéger son père. Le frère d’Eugène Deloncle, Henri, anticommuniste viscéral, est arrêté en octobre 1945 ; mais, libéré à la suite d’une erreur matérielle, il se réfugie à Madrid avec Louis et sa sœur Claude, le mari de celle-ci, Guy Servant, ancien milicien enrôlé dans la LVF, et leur fils Thierry. La veuve de Deloncle, Mercedes, avait entre-temps épousé Corrèze.

Celui-ci, qui avait été complice de plusieurs assassinats perpétrés par la Cagoule, s’est emparé durant l’Occupation, avec ses sbires du MSR, d’une soixantaine de boutiques appartenant à des Juifs ; puis il a collaboré à l’Institut des questions juives, avant de combattre sur le front de l’est, sous l’uniforme allemand, jusqu’en avril 1942.

Après la guerre

À la fin de la guerre, il prétendra avoir rendu quelques services à la Résistance, et sera repêché par Eugène Schueller, patron-fondateur de la firme de cosmétiques L’Oréal, avant de rendre lui-même un service équivalant à d’autres anciens Cagoulards ou collabos. En 1948, au procès de la Cagoule, il est condamné à dix ans de prison, peine confondue avec les dix ans prononcés par la Cour de la Seine pour ses activités pendant l’Occupation. Il sort de prison dès 1950, à la faveur du climat de « réconciliation nationale » qui prévaut alors, et François Dalle, devenu l’homme de confiance de Schueller à l’Oréal, l’embauche pour un travail de représentant. Dalle, ami très proche de Mitterrand, prétendra, en 1991, que Corrèze était alors amnistié, ce qui est faux, car cette amnistie n’aura lieu qu’en 1959. Corrèze devient ainsi représentant de L’Oréal en Espagne, où il s’était déjà réfugié en 1937, quand le ministre de l’Intérieur Marx Dormoy faisait la chasse aux Cagoulards ; il crée immédiatement, avec un associé, la société Productos Capillares (Procasa), dont L’Oréal possède encore 18,4 % des actions. Il entretient des liens avec d’anciens collabos, dont Serano Sunner, beau-frère de Franco, est le protecteur.

Filliol avait fui en Allemagne et en Italie. En 1946, il regagne la France, puis s’installe aux Baléares, où il ne sera jamais inquiété. En 1948, il écope de trois condamnations à mort par contumace pour ses activités de Cagoulard et de milicien. Faute d’engager Filliol lui-même, trop voyant, Corrèze embauchera son fils André à Procasa, qui a aussi recueilli Louis Deloncle et Thierry Servant.

Bouvyer devint chargé de mission au Commissariat général aux Questions juives en mai 1941, et, après le remplacement de Xavier Vallat par Louis Darquier de Pellepoix, fut chargé d’assurer la liaison avec la section antijuive de la Gestapo. Il n’échappa à une condamnation de plusieurs années de prison que grâce à une attestation fournie par Mitterrand pour le concours apporté au mouvement de Résistance des prisonniers, et fut ultérieurement embauché par un beau-frère de Mitterrand, négociant en cognac à Jarnac.

Tous ne furent pas condamnés. Certains firent même carrière, comme Pierre Guillain de Bénouville, proche collaborateur du défunt avionneur Marcel Dassault et ami intime de Mitterrand, et qui avait prêté serment à la Cagoule, ou Michel de Camaret, artificier de la Cagoule, puis compagnon de la Libération, qui fut député européen sur la liste du Front National.

Mitterrand fut l’employé de Schueller, patron de L’Oréal. Celui-ci cherchait un directeur pour son magazine « Votre Beauté », et lui offrit le poste, que Mitterrand occupa quelque temps.

Références : Les bonnes fréquentations, de Sophie Coignard et Marie-Thérèse Guichard (Grasset, 1997) ; Le grand fourbe, de Nicolas Miguet (Le Quotidien de Paris Éditions, 1998).
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Dernière mise à jour de cette page le lundi 3 avril 2017.