JPM a un avis sur tout – Hahnemann et l’homéopathie

Hahnemann et l’homéopathie

La « loi des semblables »

Samuel Christian Frédéric Hahnemann, né le 10 avril 1755, mort le 2 juillet 1843, exerça la médecine, d’abord en Allemagne, puis à Paris – où il est enterré, au cimetière du Père-Lachaise.

Frappé par les propriétés du quinquina, plante ayant la propriété de faire baisser la fièvre chez les malades du paludisme, mais susceptible également de donner la fièvre à une personne saine, il crut avoir retrouvé la « loi des semblables ».

Cette loi des semblables, croyance qui remonte à l’Antiquité, attribuait à certaines substances des vertus médicamenteuses, car elles donnaient des symptômes apparentés à ceux d’une maladie : « Les semblables sont soignés par les semblables », pensait-on ainsi à l’époque d’Hippocrate (460-377 avant notre ère) ou de Paracelse (1493-1541). Théophraste Paracelse, médecin suisse, érudit et mystique, mais aussi mégalomane, puisqu’il se proclamait supérieur à Aristote, Galien et Avicenne, prescrivait pour le mal aux yeux un « médicament » de son invention, le zebethum occidentale, une fine poudre d’excréments humains à souffler dans les yeux du malade !

Cette croyance s’estompa au dix-huitième siècle, lorsque des savants comme Lavoisier, Réaumur, Spallanzani, ou des médecins comme Jenner et Laennec donnèrent la primauté à l’expérimentation, et que les connaissances, notamment en médecine, s’accumulèrent (vaccination, asepsie, antibiotiques, etc.).

Hahnemann, lui, voyait une analogie entre la maladie et son remède, « puisque » le quinquina donne la fièvre à un homme qui n’est pas atteint de malaria.

Samuel Hahnemann

En réalité :

    - la malaria est due à un parasite, le Plasmodium (découvert en 1880 par Alphonse Laveran, médecin français, prix Nobel de médecine en 1907) ;

    - la quinine (extraite du quinquina en 1820, donc du vivant d’Hahnemann) ne fait baisser la fièvre que parce qu’elle est toxique pour le parasite ;

    - le quinquina ne donne les symptômes ressemblant à ceux de la malaria qu’à doses toxiques, très supérieures aux doses qui la soignent.

L’Organon

La théorie d’Hahnemann repose donc sur des prémisses totalement fausses, ce qu’il ignorait en 1810 lorsqu’il formula sa doctrine, l’homéopathie, dans son exposé de la doctrine homéopathique : Organon de l’art de guérir. Dans cet ouvrage, Hahnemann prohibait comme nocifs « le café, le thé et toutes les tisanes et infusions, les eaux de toilette et les parfums de toute espèce, les herbes potagères et médicinales dans les soupes, les légumes consistant en herbes, racines ou pousses médicinales, comme les asperges à longues pointes vertes, [...] le céleri, le persil, l’oseille, l’estragon, toutes les sortes d’ail et d’oignon », ainsi que : les dentifrices, les sous-vêtements de laine, la lecture en position allongée et la sieste !

Ces absurdités n’empêchèrent pas l’homéopathie de se répandre largement dans le monde au dix-neuvième siècle : elle atteint la France en 1830.

Au vingtième siècle, elle a tendance à régresser (et de manière considérable en Allemagne et aux États-Unis, deux pays qui ne sont pas particulièrement arriérés du point de vue scientifique), dès lors que l’on commence à contrôler de façon sérieuse sa valeur thérapeutique. Néanmoins, au lieu de reculer, elle gagne largement du terrain en Inde... et en France.

Pourquoi les dilutions ?

Hahnemann « soignait » avec des substances naturelles souvent très toxiques : arsenic, belladone, mercure, etc., qui provoquaient plus souvent une aggravation de l’état du malade que sa guérison. Au lieu d’abandonner sa « méthode » comme l’aurait fait un véritable scientifique, il imagina de diluer les substances employées, jusqu’à obtenir des concentrations infinitésimales, dont il est aisé de démontrer qu’elles ne contiennent plus aucune trace de la substance initiale ; au-delà de 12 cH (la douzième « centésimale hahnemannienne », qui équivaut à une concentration de 1/1000 000 000 000 000 000 000 000), il n’y a plus aucune molécule autre que de l’eau dans le flacon.

Il faut également noter que la théorie, démontrée fausse elle aussi, de la « mémoire de l’eau », imaginée par Jacques Benveniste (décédé en 2004), n’apporterait qu’un faible argument à la cause de l’homéopathie, même si elle était avérée : les « médicaments » homéopathiques ne contiennent pratiquement pas d’eau, celle-ci, renouvelée à 99 % lors de chacune des dilutions successives, étant finalement éliminée pour ne conserver qu’un excipient, en général du sucre.

En dépit des efforts, financiers et de « communication », déployés par les laboratoires homéopathiques, aucune étude menée selon les critères scientifiques habituels n’a jamais montré la moindre efficacité thérapeutique pour un « médicament » relevant de cette catégorie.

L’inocuité des « médicaments » homéopathiques

Il est inutile de prouver que les « médicaments » homéopathiques ne contiennent aucune substance active : leur mode de préparation le démontre suffisamment. Mais il peut être utile de prouver aux personnes craintives que ces placebos ne sont pas dangereux. Pierre Rossion, rédacteur de « Science et Vie », l’a démontré en 1992, sous contrôle d’huissier, et sous surveillance médicale par le docteur Jean-Michel Bader, également collaborateur de cette revue.

Il a ainsi avalé, d’affilée, dix tubes (soit 800 granules au total) d’un puissant toxique, Arsenicum album (de formule As2O3), achetés dans une pharmacie homéopathique. Huit de ces tubes couvraient toute la gamme des dilutions disponibles dans le commerce : 4 cH, 5 cH, 6 cH, 7 cH, 9 cH, 12 cH, 15 cH et 30 cH ; deux autres tubes étaient des doublons : ceux de 4 cH et de 30 cH. Il n’en est pourtant résulté aucun dommage, et ni sa tension artérielle, ni sa température, ni son rythme cardiaque n’ont été modifiés en quoi que ce soit. Or, les effets de l’arsenic sont les suivants : les lèvres de l’empoisonné le brûlent, la paralysie respiratoire s’installe ; il n’avale plus sa salive, lutte pour trouver de l’air, ressent des douleurs gastriques intolérables, vomit en jet, est pris d’une diarrhée profuse. Au fur et à mesure de la déshydratation, ses muscles se tendent douloureusement de crampes invincibles, son urine se teinte de sang avant de se tarir, puis il tombe dans le coma, agité de convulsions, et meurt enfin. Si les « médicaments » absorbés aussi massivement avaient contenus quoi que ce soit, Pierre Rossion serait mort !

L’inutilité des « médicaments » homéopathiques

En août 2004, l’Académie nationale de médecine déclare que les préparations homéopathiques ne correspondent « en rien à la définition du médicament, ni dans la nature, ni dans leur destination ». Elle fustige « cette méthode  imaginée il y a deux siècles à partir d’a priori conceptuels dénus de fondement scientifique », la qualifie d’« obsolète », et s’étonne que le ministère de la Santé lui « accorde des autorisations de mise sur la marché et un remboursement par la Sécurité sociale ».

De son côté, Jean-François Bergmann, vice-président de la Commission d’autorisation de mise sur le marché (la fameuse AMM obligatoire pour tous les médicaments), déclare qu’« il faudrait aussi que la procédure d’AMM pour ces produits soit aussi rigoureuse que celles des autres médicaments, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui ».

Certes, les principaux bénéficiaires de cette pratique, les laboratoires Boiron, détenteurs d’un quasi-monopole français, ont cru faire valoir que « des milliers d’études cliniques ont déjà été réalisées », mais la revue « Prescrire », publication indépendante des laboratoires, riposte que le nombre de ces études n’implique pas qu’elles sont valides, et précise : « L’efficacité de l’homéopathie n’a pas été démontrée. Elle n’est pas supérieure à celle du placebo », et qu’« aucun essai rigoureux publié n’a permis de reconnaître une efficacité préventive ou curative à un remède homéopathique ».

En dépit de l’avis formulé par l’Académie, le ministre de la Santé Douste-Blazy a refusé de contrarier les intérêts des laboratoires Boiron en supprimant le remboursement des préparations homéopathiques par la Sécurité sociale, prestations qui contribuent pourtant à son déficit chronique et abyssal.

Le coût des « médicaments » homéopathiques

L’homéopathie représente deux pour cent du marché du médicament, selon les laboratoires Boiron, directement intéressés. Dix millions de Français consomment des remèdes homéopathiques, et 30 000 médecins en prescrivent. Le remboursement de ces prétendus médicaments coûterait 70 millions d’euros par an. Le ministre Douste-Blazy y voyait, peut-être avec humour si l’on se réfère à leur composition réelle, « une goutte d’eau dans les dépenses pharmaceutiques », et prétendait que, si on supprimait ce remboursement, les patients se tourneraient vers d’autres médicaments qui coûteraient plus cher à la Sécurité sociale.

En fait, il ne faut pas perdre de vue que cette industrie emploie deux mille personnes, surtout dans les laboratoires Boiron, qui ont le monopole et assurent le tiers de la production mondiale.

À l’étranger

Les pays scandinaves, l’Autriche, la Hongrie, la République tchèque, l’Italie, la Grèce et l’Espagne ne remboursent pas les remèdes homéopathiques. L’Allemagne ne les rembourse plus depuis le début 2004 (de même que la phytopharmacie). Les Pays-Bas non plus, même si leur prise en charge est souvent proposée parmi des prestations complémentaires. En Belgique, le remboursement est partiel, pour les membres de mutuelles ayant souscrit une assurance complémentaire.

Seul le Royaume-Uni assure la gratuité de l’homéopathie au sein du service public de santé, le prince Charles y étant très favorable.

Références : Le Vrai Visage de Nostradamus, par James Randi, pages 155 et 156 ; « Science et Vie » n° 899, août 1992, n° 931, avril 1995 ; « Valeurs mutualistes » n° 234, novembre-décembre 2004 ; et autres.
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Dernière mise à jour de cette page le lundi 3 avril 2017.