Les caricatures de Mohammed

Les caricatures de Mohammed

Tout d’abord, en guise de préambule, « Mahomet » ou « Mohammed » ?

Le titre ci-dessus répond à la question ! Le prénom Mahomet n’existe pas, et, hormis la paresse intellectuelle, il n’y a aucune raison de perpétuer une erreur de transcription vieille de plusieurs siècles. Aujourd’hui, nous n’avons plus aucune excuse à faire fi d’un minimum de connaissances, et la nullité bien connue des Français quant aux langues étrangères n’est pas à notre honneur. Donc, ce sera « Mohammed » – avec deux « m », selon la phonétique .

Ce modeste article n’entend pas non plus faire le point sur une affaire compliquée, qui a secoué le monde au début de l’année 2006 – et causé tout de même quelques morts dont on n’avait pas besoin –, mais mettre en lumière plusieurs détails dont les journaux ont peu parlé.

L’origine

Kåre Bluitgen, un écrivain danois de gauche, auteur de livre pour enfants, désirait publier un ouvrage, au demeurant pas du tout critique, sur la vie du « prophète » des musulmans, Mohammed. Les livres pour enfants sont généralement illustrés, mais, depuis l’assassinat du cinéaste et polémiste néerlandais Theo van Gogh par un jeune islamiste marocain, le 2 novembre 2004 à Amsterdam, aucun dessinateur n’acceptait ce travail.

Ayant eu vent de l’affaire, le quotidien « Jyllands-Posten » décida de s’y intéresser. Ce journal, favorable au fascisme entre 1920 et 1930, est aujourd’hui de tendance libérale-conservatrice. Son rédacteur en chef s’appelle Carsten Juste, et le responsable des pages consacrées à la culture est Flemming Rose. C’est ce journaliste, un Danois né en 1956, qui décida d’écrire à une association de dessinateurs et illustrateurs, travaillant pour la presse, l’édition et le théâtre, et de leur demander de dessiner Mohammed « comme ils le voyaient ». Il n’était prévu, ni de faire des caricatures, ni de se moquer, a-t-il précisé ultérieurement, dans une interview à « Newsweek » publiée le 13 février 2006.

Sur quarante dessinateurs pressentis, il reçut en réponse les dessins de douze dessinateurs, qu’il publia le 30 septembre 2005, en illustration d’un article sur l’autocensure et la liberté de la presse. Cette publication passa inaperçue – le Danemark est un petit pays, sa langue est peu parlée –, et provoqua si peu de scandale que les caricatures furent reprises, le 17 octobre suivant, par un journal... égyptien, « Al Fagr » ! L’Égypte n’est pourtant pas un pays particulièrement tolérant sur ce plan, un certain procès fait il y a quelques années aux clients d’une boîte de nuit homosexuelle l’a suffisamment démontré.

Interdit ?

Est-il vraiment « interdit » de dessiner Mohammed ?

La première interdiction à caractère religieux semble dater de Moïse, fondateur de la religion... juive ! C’est le fameux épisode de Veau d’Or, statue d’idole animale que les Hébreux en fuite auraient fabriqué durant l’absence de leur chef sur le Mont Sinaï, afin de se protéger. Et l’islam naissant aurait hérité de cette interdiction, Mohammed ayant fait détruire les images qui figuraient dans la Kaaba, ce monument cubique occupant le centre de la cour de la Grande Mosquée, à la Mecque. En fait, elle n’est le fait que des sunnites, et les chiites ne la préconisent pas.

Pourquoi interdire de représenter Mohammed ? Par crainte d’inciter les croyants à l’idolâtrie ? Mais alors, les non-croyants ne sont nullement concernés... En réalité, il existe de nombreuses représentations du prophète musulman, sur des miniatures, des tapis, et, plus récemment, sur des... bandes dessinées !

 

Références : L’imposture de Fatima, de Gérard de Sède ; L’homme qui devint dieu, de Gerald Messadié ; Jésus, par Jacques Duquesne ; Qu’a-t-on fait du petit Paul ?, par Marie Rouanet , « Le Canard Enchaîné » n° 3951 du 17 juillet 1996.