JPM a un avis sur tout – Le régime scolaire en Alsace-Lorraine

Le régime scolaire en Alsace-Lorraine

La Moselle et les deux départements alsaciens ne vivent pas sous le régime qui prévaut dans le reste de la France, celui de l’;enseignement laïc. La loi de la séparation entre l’Église et l’État, en vigueur depuis 1905, est ici bafouée officiellement.

La situation

En Alsace-Lorraine règne le cléricalisme, qui est défini comme « l’intervention du clergé dans les affaires publiques ». Ainsi, les écoles primaires publiques (dites aujourd’hui « écoles élémentaires » pour satisfaire à la mode du politiquement correct) y sont tenues d’;assurer un enseignement religieux aux frais de la République.

L’enseignement n’est pas seul concerné : un crucifix est toujours présent dans la Cour d’Assises ; le clergé des trois principales religions (catholique, protestante et juive, ce qui exclut l’islam) est payé par l’État ; le lendemain de Noël et le « vendredi saint » sont jours chômés.

Les origines

Cette situation, en ce qui concerne l’enseignement, est une survivance de la loi Falloux de 1850, et, surtout, un héritage de la législation allemande entre 1870 et 1918, dates entre lesquelles l’Alsace et la Lorraine étaient allemandes.

Les textes qui régissent ce « concordat » portent les signatures du comte Von Bismarck-Bohlen (le célèbre Bismarck) et du Generaldfeldmarschall Edwin Von Manteuffel.

Il faut se souvenir qu’en Allemagne, aujourd’;hui encore, les religions sont subventionnées par l’impôt et que nul citoyen ne peut échapper à cet impôt.

En 1933, la circulaire Guy La Chambre stipulait que l’enseignement religieux demeurait la règle, mais autorisait les parents à en demander dispense pour leurs enfants. Cependant, même de nos jours, une majorité de parents ignorent l’existence de ce texte ministériel ; lorsqu’ils en ont connaissance, ils hésitent souvent à user de leur droit, surtout dans les petites localités, où l’on n’aime guère se singulariser. La circulaire n’était en fait qu’une dérogation, et non un retour à la normale.

Un pas serait fait dans la bonne direction si ce texte était modifié, faisant de la dispense, non une exception, mais la règle, et offrait aux parents la possibilité de demander un enseignement religieux au lieu de le leur imposer d’office. C’est en tout cas ce que réclamait d’éminentes personnalités protestantes, moins braquées que les catholiques sur le statu quo.

Certes, en 1969, l’évêque de Strasbourg reconnaissait « l’urgence d’une réadaptation du statut scolaire d’Alsace et de Moselle », mais il devait faire un pas en arrière deux ans plus tard en précisant « qu’il n’était pas question de porter atteinte à l’essentiel de notre statut scolaire, ni surtout à l’éducation religieuse dans les écoles élémentaires. »

Depuis 1947, l’enseignement religieux fait appel au volontariat des maîtres, mais ce prétendu assouplissement du régime en vigueur ne peut apparaître que comme un replâtrage.

Si ce régime du Concordat persiste aujourd’hui, c’est qu’une grande partie de la population y reste attachée, pour des raisons qui ne sont pas toutes idéologiques. Par exemple, la situation de la Sécurité Sociale dans les trois départements est loin d’évoquer le fameux « trou de la Sécu », puisque les remboursements aux malades y sont supérieurs à ce qu’ils sont dans les autres départements français : 90 % pour les frais de médecins et de pharmacie, 100 % pour les frais d’hospitalisation, forfait hospitalier inclus. En revanche, les comptes y sont bénéficiaires, au point que les cotisations salariales ont pu être diminuées de 0,2 % le 1er janvier 1996 !

Référence : Perspective ou rêve éveillé ?, article de Théo Siegler dans le n° 49 de « FEN Actualités », organe de la Fédération de l’Éducation Nationale, 20 mai 1995 ; « Le Canard Enchaîné » n° 3917 du 22 novembre 1995.
Logo avis sur tout

Sites associés : Kinopoivre (critiques de films)Yves-André Samère blogue et déblogue

Dernière mise à jour de cette page le mardi 23 juin 2009.