Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Chez « Friends ’

JPM écrit n'importe quoi

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De temps à autre, l’occasion se présentait de rédiger, non un message, mais un texte un peu plus long que d’ordinaire sur le forum du Fan Club de Friends. Ces textes de pure fiction étaient le plus souvent satiriques, et destinés aux initiés, car bourrés de private jokes. Avant quelques messages blagueurs, en voici deux. Le premier fait suite à un message de Franck, le président du Fan Club, qui pensait avoir rencontré son idéal féminin, et avait laissé éclater sa joie dans un communiqué tout britannique de ton, c’est-à-dire laconique : « Je suis aux anges ». Voici ce que cette parole lapidaire inspira quelques jours plus tard à son tourmenteur.


Message 13169 : remis le 27/02/2001 à 23:47 par L’ange Heurtebise

La Gazette du Paradis



Alerte rouge !

De notre correspondant.
       La parution d’une annonce pour le moins sybilline dans le Forum du Fan Club Français de Friends, situé sur Terre, a provoqué de vives réactions au Paradis. En effet, le message 12507, daté du 22 janvier 2001, calendrier terrien, se terminait par la phrase suivante : « Je suis aux anges ! »
        L’auteur de ce message ayant été identifié par les Services Spéciaux, ce fait a déclenché un début de panique au sein de la communauté angélique. On ne compte plus les anges qui ont aussitôt sollicité leur mutation pour le Purgatoire. Interrogé, l’un d’eux nous a déclaré :
        – Le Paradis va devenir invivable ! L’individu qui déclare impudemment être aux anges va exiger de s’asseoir à la droite du Père, et bientôt, nous en sommes persuadés, il voudra tout régenter.
        – Qu’entendez-vous par là ?
        – Il ne faut pas nous prendre pour des naïfs simplement parce que nous portons une robe blanche. Avant peu, si nous acceptons cette cohabitation, les icônes des saints devront être au format JPEG et avoir au maximum 350 pixels de large, la charte graphique du Ciel sera complètement rénovée par David, un infographiste du dix-neuvième siècle, les marges entre les nuages seront interdites sous le fallacieux prétexte que le Navigateur Divin ne les supporte pas, j’en passe et des meilleures !
        – Et les prières, a surenchéri un autre ange, vous avez pensé aux prières ? Pas plus de trois Pater par période de vingt-quatre heures terrestres, mais c’est intolérable !
        Un troisième locataire du Paradis, un séraphin celui-là, désira intervenir :
        – Tout ça est vrai, mais pour la musique, ce sera pire !
        Questionné par notre reporter, il a aussitôt ajouté :
        – La musique sacrée sera obligatoirement au format WAV ! Un vrai scandale ! Que vont devenir nos chœurs MP3 ? Et savez-vous que les chants sacrés risquent eux aussi de nous échapper ? On parle déjà de l’exclusivité qui sera accordée à une chanteuse terrienne au patronyme opportuniste ! Du jamais vu !
        – Quelle chanteuse terrienne ?
        – Vanessa Paradis !
        Et un archange qui passait par là déclara en guise de conclusion :
        – Le Paradis, si cet individu parvient à entrer ici, ça va devenir l’Enfer !
        Il est juste de noter que ce mouvement social n’affecte pas la totalité du personnel paradisiaque. Nous avons réussi à joindre l’archange Gabriel, qui a tenu à déclarer avec fermeté :
        – Pas question pour moi de quitter le Paradis. Je dois veiller sur la Sainte ex-Vierge, et sur mon fils adultérin, Jésus. S’il n’en reste qu’un, je serai celui-là !
        Affaire à suivre, par conséquent.



        Mais Franck n’était pas le seul inspirateur de ces délires, et JPM s’est pris lui-même pour cible dans ce texte où il se dédouble, puisqu’il se met en scène, colocataire d’un certain JPM qui n’est pas sans lui ressembler par certains aspects. À noter l’intrusion d’un autre personnage surnommé « JB-000 », du nom d’un célèbre héros de feuilleton, et dont la description nous a rappelé un certain individu navrant, au nom très justement tombé dans l’oubli.



Message 12618 : remis le 28/01/2001 à 19:11 par Amerigo Vespucci (jpm@fanfr.com)

Loque à terre


 

       Comme Chandler et Joey, moi aussi j’ai un coloc. Mais j’ai moins de chance que le duo Bing-Tribbiani, car le mien n’est pas un cadeau.
        Tenez, il m’a même interdit de citer son nom, crainte de se faire lyncher, sans doute. Pour la commodité du récit, je ne donne par conséquent que ses initiales : JPM.
        Tout pour plaire, il a, ce mec ! D’abord, c’est un maniaque à tous les points de vue. Par exemple, l’orthographe. Vous ne pouvez pas imaginer jusqu’où il pousse l’excentricité. Ainsi, deux fois par an, il monopolise la télé pour faire la dictée de Bernard Pivot (ah celui-là ! Vivement qu’il se casse et qu’on le remplace par Jamel). Des heures, que ça dure, ce petit sketch ! Et après ça, naturellement, il se vante dans tout l’immeuble de n’avoir fait que douze fautes. Tu parles d’un exploit ! Notre concierge, la mère Curie (je crois que je vous ai parlé d’elle une fois), me le dit souvent en vrillant sa tempe d’un index vengeur : « Il va pas bien, votre petit copain ? ». Vexé, je lui réponds chaque fois que c’est PAS mon petit copain, que c’est seulement mon colocataire. Mais vous savez, quand votre réputation est faite ! Autant convaincre George W. Bush que Chirac n’est pas de gauche...
        La semaine dernière, il (mais non, pas George Bush) s’est avisé de corriger mon prénom sur la plaque de notre boîte aux lettres : le graveur avait mis un accent aigu sur le « e », alors qu’il n’en faut pas. Moi, je l’avais même pas remarqué. Ou peut-être que si, mais elle est là depuis des années, la plaque, et je m’en foutais un peu... Alors il a barbouillé le bout de plastoc avec un marqueur marron. Résultat, c’était pire qu’avant, et ça se voyait davantage.
        C’est comme le jour où il a voulu corriger l’orthographe de tous les tags du Forum des Halles. Les flics l’ont pris pour un tagueur, évidemment, et ils l’ont embarqué. J’avais l’air malin, moi, après, d’aller le récupérer au commissariat. Le con, il voulait qu’on appelle Jack Lang.
        Et je ne voudrais pas médire, mais si vous voyiez ses copains ! Pour réunir une telle collection de tarés, il faudrait passer au crible tous les hôpitaux psychiatriques de la région parisienne. L’autre jour, il n’était pas là, je ne sais pas où il traînait ses guêtres, dans le Marais ou à la Bibliothèque nationale, peu me chaut. On sonne à la porte, c’était une fille. Je la connaissais pas. Brune, pas mal, lunettes, assez sympa. Mais une fille, quoi ! Vous voyez à peu près ce que c’est, je vais pas vous pondre un reportage. Elle me dit qu’elle s’appelle Manue et qu’elle connaît JPM. Bon, moi, aimable, je la fais entrer, je lui laisse mon fauteuil indonésien, je lui offre un jus de tomate, tout bien, quoi. Et je commence à lui faire la conversation : la météo, les Tiberi, la septième saison de Friends qui se fait attendre, le dernier film de mon idole Bruce Willis. Mais je voyais bien que je l’emmerdais, son regard naviguait à droite et à gauche (et la navigation, je connais !). Au bout d’un moment, j’arrête de parler et je lui demande si elle voulait quelque chose de particulier. « Ben en fait oui, qu’elle me répond, je cherchais la Bible ». Merde, j’en croyais pas mes oreilles ! Cette fille-là, Manue, venait chez moi en espérant y trouver LA BIBLE !
        Une autre fois, le JPM se ramène à onze heures du soir avec un gars bizarre : un mec grand, mince, le teint pâle genre moi-le-bronzage-je-trouve-ça-bon-pour-les-blaireaux, les cheveux gris tondus presque façon skinhead, un nez pas dans l’axe comme s’il s’était foutu sur la gueule avec Mike Tyson. « Salut, j’m’appelle JB », qu’il me fait. Moi, vous me connaissez, toujours spirituel, je lui demande s’il est parent avec JB-000. Il grimace et ne répond pas. Alors je lui dis que son nom me rappelle ma boisson favorite, un liquide aux doux reflets ambrés dont les personnages de Dallas faisaient à toute heure une consommation assidue. Il ricane, me réclame un jus d’orange et me remercie d’un regard plus froid que celui du requin dans Les dents de la mer. Le plus fort, c’est qu’un peu plus tard dans la soirée, tous les deux commencent à me rejouer cette scène du même film, où Richard Dreyfuss et Robert Shaw, à bord du bateau, s’exhibent mutuellement leurs cicatrices. Et les voilà tous les deux qui entament un strip-tease, assis sur le canapé. J’étais gêné, vous pouvez pas savoir. Surtout avec ce qu’ils avaient, en fait de cicatrices ! JPM, une vague entaille au cou, et l’autre, là, le JB, avec juste quelques bouts de fil chirurgical qui dépassaient, une petite incision de rien du tout à l’endroit où Chandler avait un truc en plus de ce que les garçons possèdent par paire (si vous n’avez pas vu l’épisode, je vous jure que ça n’a rien de grivois, ce que je dis ; renseignez-vous). Bref, deux exhibitionnistes, voilà ce que j’avais dans mon salon, moi, si pudique !
        Ensuite, le JB s’est pendu au téléphone, MON téléphone, sous le prétexte que le forfait de son portable avait sombré corps et biens vers le 15 du mois. C’est vachement bien, le téléphone portable, moi j’en suis fou. Il peut servir à balancer à donf des tas de conversations capitales du genre « T’es où ? Devine d’où j’t’appelle ?... Dis, tu sais pas c’qu’elle m’a raconté Estelle ?... Y paraît que Vanessa elle est plus avec Kevin !... Si si, j’te dis... Non, c’est pas des conneries. Main’nant elle sort avec Johnny, si, tu sais bien, le grand avec le piercing sur la langue, même qu’avant il était avec sa sœur... Non, pas sa sœur à lui, sa sœur à elle... Comment, “qui ça, elle ?”... Mais non, pas Estelle, Vanessa, mais t’imprimes pas, aujourd’hui, qu’est-ce que t’as ?... Ah ! t’as pas dormi ?... Ben moi non plus, figure-toi, on est allés au Queen hier soir... Non, pas avec Richard, c’est fini avec lui... Pourquoi ? Comment ça, pourquoi ? J’t’avais bien dit qu’c’était un enfoiré, Richard... Mais si, j’te l’ai dit !... Ah non ! t’as raison, c’était pas à toi, c’était à Nikie, la frangine à Kevin, c’est vrai tu la connais pas... ». Etc. Mais le jour où vous avez vraiment besoin de téléphoner, genre ma grand-mère vient de se casser le col du fémur, plus de forfait ! Faut appeler le SAMU de chez l’épicier arabe. Le téléphone portable, le premier instrument de l’ère électronique conçu pour faire le contraire de ce qu’on attend de lui.
        Après ça, les deux « J », ils n’ont pas cessé de boire et d’échanger des vantardises, sur le mode moi-je-sors-beaucoup-et-je-connais-des-tas-de-célébrités. Et que j’attaque avec Karl Zéro, et que je riposte avec Line Renaud, et que je contre-attaque avec Stéphane Bern, et que je surenchéris avec Lara Fabian, et que j’abats mon atout avec Didier Porte, et que je tente de t’écraser avec Darren Hayes, et que je case ma rencontre historique avec Jacques Brel, et que j’abats mon brelan avec ma poignée de main à Marc-Olivier Fogiel, et que je tente le K.O. avec celle que m’a donné James Ellroy, et que je t’achève avec ma conversation dans un ascenseur avec Michael Douglas. Ces deux guignols ont fini par scier ma patience, qui est grande, comme me le faisait récemment remarquer mon copain Alex 1651 (il est d’ascendance royale). Bref, je suis allé me pieuter.
        Le lendemain matin, à mon grand soulagement, ils s’étaient barrés. Mais ils avaient vidé mon stock de jus d’orange.
        Vous connaissez pas un deux-pièces à louer dans le quartier des Halles ? Pas cher ?


Message 15053 : remis le 7/05/2001 à 19:25 par Amerigo Vespucci (jpm@fanfr.com)

Madame Antoinette Pichon, veuve d’un employé du gaz, possédait un caniche nommé Dickie. Devenue trop âgée, sa santé la contraignit à se séparer de son petit compagnon à quatre pattes. Chagrinée, elle le confia à sa fille, qui habitait Lille.
        Hélas, le petit chien ne put s’habituer à sa nouvelle vie, et se languissait de son ancienne maîtresse. Si bien qu’un beau matin, il s’enfuit.
        Durant des jours, des semaines, des mois, l’animal chemina de ses petites pattes, par monts et par vaux. Son instinct le poussait à retrouver le domicile de la bonne madame Pichon, qui l’aimait tant.
        C’est ainsi qu’un soir d’octobre, il parvint enfin dans les faubourgs de Bordeaux.
        Malheureusement, madame Pichon, depuis toujours, vivait à Nice.

Pour la petite histoire, ce conte express fut pris au sérieux par un dénommé Adolph, qui s’étonna une heure plus tard, avec une exquise délicatesse :

Mais alors, pourquoi Dickie s’est fait chier à aller à Bordeaux alors que sa maîtresse vivait à Nice?
Je croyais que les chiens et même les chats étaient capables de retrouver la piste de leur maître (dommage pour les connards qui les abandonnent en forêt!) et de se laisser mourir sur la tombe de leur maître.

On a les lecteurs qu’on mérite !...


JPM s’exprime parfois hors du forum, et la crapoteuse émission de M6, Loft Story, lui en fournit l’occasion. Mais, dédaignant les vannes qu’une armée d’humoristes déversa sur ce spectacle honteusement truqué, il préféra y voir la réalisation d’une idée de... Marivaux. C’est ainsi que son ami Didier Porte reçut un jour ce pastiche de ses chroniques matinales sur Ouï-FM :

        Mon p’tit Josquin, je vous le dis tout net : les astuces vaseuses par lesquelles vous annoncez ma chronique tous les jours que Dieu fait (et Il sait s’Il en fait !) ne seront bientôt plus qu’un souvenir. En effet, je vous prédis que dans quelques minutes, vous n’oserez plus vous abstenir de me manifester la considération qui est due moins à mon prétendu grand âge qu’à la gratitude incommensurable que je vais vous inspirer et qui vous incitera, je n’en doute pas une seconde, à me baiser les pieds de reconnaissance éperdue. Et ne me rétorquez pas qu’on baise ce qu’on peut, comme Jean-Édouard l’a récemment prouvé avec Loana. D’une part, il n’y a pas de piscine dans ce studio, et d’autre part, cette réplique serait le comble du mauvais goût ; or le mauvais goût n’a pas droit de cité sur cette antenne – même si Picasso prétendait que le bon goût n’a rien à voir avec l’art.
        Oui, Josquin, remerciez votre tonton Top, qui, avec sa magnanimité coutumière, à laquelle seule peut être comparée la chatoyance de son talent proverbial, va enfin relever le niveau de votre culture jusqu’ici quelque peu défaillante. Il était temps. Notez en passant, chers auditeurs, que ce geste de simple humanité fondamentalement empreint de solidarité bienveillante est accompli par votre serviteur de manière tout à fait bénévole. Certes, Michael Gentile, qui dirige cette station d’une main de velours dans un gant de fer, a bien tenté, par gratitude au vu des pointes himalayesques recensées par l’Audimat à cette heure matinale sur Ouï-FM, de me faire accepter une augmentation propre à faire passer mes émoluments du niveau actuel, celui d’un travailleur immigré venu du Glanbadesh (comme dirait Steevy), et contraint à marner douze heures par jour dans une cave du Sentier pour la plus grande gloire du prêt-à-porter hexagonal, à celui du manœuvre tunisien, payé au noir mais ayant la chance de travailler au grand air sur un chantier des Grands Travaux de la République ; un véritable pont d’or, par conséquent et pour rester dans les BTP. Mais vous me connaissez, désintéressé jusqu’à ce niveau d’abnégation qui ferait passer l’abbé Pierre pour un émule de l’oncle Picsou, j’ai repoussé l’offre de notre bien-aimé directeur, d’une munificence qui risquait de compromettre les finances de votre radio préférée, déjà mises à mal par les audaces inouïes de son très innovant service informatique. Au reste, les cachets mirobolants que me verse le Point-Virgule, où je passe du mercredi au samedi à 22 heures 15, et ce jusqu’au 14 juin, me permettent de vivre sur le standing qui convient à ma notoriété, de renouveler fréquemmment ma garde-robe, de fréquenter avec assiduité les instituts de fitness les plus en vogue, et même parfois de faire le plein de gazole pour ma 309 diesel. Je puis par conséquent faire preuve de ce détachement quasi-bouddhiste des biens matériels poussé jusqu’à l’extrême, qui a fait ma juste réputation dans les milieux artistiques et circumvoisins. Mais revenons au sujet qui nous occupe.
        Josquin, mon p’tit bonhomme, vous ne l’ignorez pas, on n’a rien sans rien ; je vais donc vous prier de répondre à cette question, d’ailleurs sur toutes les lèvres : savez-vous qui est le véritable inventeur du concept de Loft Story ? Comme dans Voulez-vous gagner des millions ?, et sachez que je me sens tout à fait à l’aise dans le rôle de Jean-Pierre Foucauld, je vous laisse le choix entre quatre réponses. Donc, soyez attentif, voici ces quatre possibilités. Réponse A : Thierry Ardisson ; réponse B : Arthur ; réponse C : Marivaux ; réponse D : Obiwan Kenobi. Attention, réfléchissez. Vu l’importance de l’enjeu, vous n’avez droit à aucun joker et ne pouvez pas téléphoner à un ami.

(Ici, une alternative : si Josquin donne la bonne réponse, c’est-à-dire Marivaux, passer à >>> MARIVAUX. S’il donne une autre réponse, continuer ci-dessous)

        Eh bien... Mauvaise réponse ! Vous avez perdu, nos auditeurs sont témoins, et il n’y aura pas de session de rattrapage. En outre, vous devez une tournée générale. Il fallait répondre : l’inventeur du concept de Loft Story était Pierre Carlet, alias Marivaux, 1688-1763, illustre dramaturge et académicien, auteur entre autres des Fausses confidences et du Jeu de l’amour et du hasard.
(Passer à >>> SUITE)

>>> MARIVAUX
        Josquin, vous avez répondu « Marivaux », et vous avez... gagné, à la surprise générale de ceux qui vous connaissent bien ! L’inventeur du concept de Loft Story était en effet Pierre Carlet, alias Marivaux, 1688-1763, illustre dramaturge et académicien, auteur des Fausses confidences et du Jeu de l’amour et du hasard. Dites-moi, comment avez-vous deviné ? Il y a un truc ?

>>> SUITE

À ce stade, nos auditeurs sont en droit de se demander si je n’ai pas abusé du romanet-conti, ou si Doc Gynéco ne m’a pas refilé son stock de pure colombienne. Eh bien non, en dialecticien chevronné, je n’avance rien que je ne puisse démontrer. Figurez-vous en effet que Marivaux est l’auteur d’une pièce en un acte, La dispute, qui a été jouée une seule fois de son temps, en 1744, et n’a pas été reprise en raison du bide qu’elle s’était ramassé à cette époque. La Comédie-Française attendra près de deux siècles avant de la rejouer, et la pièce a rendu célèbre Patrice Chéreau, qui l’a mise en scène voici un quart de siècle. Or, que racontait La dispute ? Ouvrez bien vos oreilles.
        Le Prince d’un pays bien sûr imaginaire, et dans un lointain passé puisque cette idée ne pourrait germer dans l’esprit d’un véritable dirigeant des temps modernes, avait eu le désir de trancher une question qui s’était posée à sa cour : à savoir, qui, des hommes ou des femmes, avaient le plus de prédisposition pour l’inconstance amoureuse ? Il avait donc fait élever dans l’isolement le plus total une demi-douzaine d’enfants, trois garçons et trois filles, pris au berceau. Enfermés dans six maisons différentes, éduqués séparément et dans l’ignorance que les autres existaient, par des serviteurs noirs donc n’appartenant pas au genre humain, ces jeunes gens étaient rendus à la liberté à l’âge de dix-huit ans, et, constamment observés à leur insu, dès cet instant servaient de cobayes pour une expérience de psycho-sociologie en grandeur réelle. Ils ne tardaient pas à se rencontrer ; les deux premiers couples qui se formaient ne tardaient pas davantage à se déliter, comme on s’en doute, mais le troisième couple se révélait d’une fidélité en béton armé, ce qui permettait à Marivaux de conclure... qu’on ne pouvait rien conclure.
        Bien sûr, ce pauvre Marivaux, sans doute en raison de son absence totale de savoir-faire (il n’aurait pas tenu un trimestre à la direction des programmes de M6), n’avait pas été capable de concevoir des caractères aussi marqués que ceux de Loana, de Jean-Édouard, de l’intello Philippe ou de Laure, la JR du groupe, et son manque d’imagination ne lui avait pas permis de prévoir qu’un jour, aux environs de 1980, naîtrait un Steevy, dont la fidélité à son Bourriquet et son attachement à sa maman et à son coiffeur auraient pu lui inspirer de bien belles pages. Il faut dire, fatale carence, que notre académicien ne faisait pas dans l’anticipation. C’est comme ça chez les classiques, il leur manquera toujours quelque chose pour plaire aux masses populaires. Aujourd’hui, Dieu merci, on sait faire preuve d’audace imaginative, je ne désespère donc pas de voir les concepteurs de Loft Story entrer un jour à l’Académie Française.
        À demain.



L’envahissante vogue des livres d’un certain romancier portant comme par hasard le prénom révélateur JR(R) agace beaucoup JPM, surtout lorsque le cinéma en tire une trilogie qui envahit les salles et prive d’écran les bons films. Il s’en revanche mesquinement ainsi :

Jules Roger René Tartemolle est l’auteur du livre culte Le seigneur du guano. Cette œuvre magistrale raconte l’épopée d’un jeune homme joliment prénommé Gaston-Charles. Alors que ce garçon très pauvre faisait du jetski au large de la Patagonie, une énorme vague le renversa ; il ne put regagner son yacht, et il disparut, si bien que ses amis le crurent noyé. En fait, Gaston-Charles survécut après avoir été sauvé in extremis par une pieuvre géante et pourvue de neuf tentacules, très rare à la surface du monde connu, mais qui venait en réalité d’une cité sous-marine peuplée de mathématiciens et de houris à trois seins. Dans cet univers parallèle au nôtre, toutes les pieuvres ont neuf tentacules, ce qui démontre leur supériorité ; on les appelle d’ailleurs les « pieuvres par neuf », et elles font l’objet d’une vénération spéciale, dite « vénération mythe errant » en raison de l’instabilité géographique de ces animaux merveilleux et mythiques.
        Après sa convalescence, Gaston-Charles est rendu à son monde : une tortue elle aussi géante le dépose sur une île déserte, entièrement recouverte de guano déposé là par des millions de mouettes épargnées par la contispation, ce fléau de la vie moderne. Là, Gaston-Charles comprend que la chance vient de passer à sa portée, et décide de la saisir aux cheveux. Arrêtant une tortue géante qui passait près du littoral (elles sont nombreuses dans la région), il se fait déposer sur le continent, parvient à regagner la civilisation, et se porte acheteur de l’île déserte moyennant une bouchée de pain. Puis il monte une exploitation du gisement de guano et devient richissime. À ses nombreux amis admiratifs, il ne cesse de répéter fièrement : « Tout va bien, je suis dans la merde ».
        Hélas, il a un jour la malencontreuse idée de se faire construire une somptueuse résidence entièrement construite avec le matériau qui a fait sa fortune. À la première pluie, qui survient malencontreusement le soir même de la pendaison de crémaillère, son palais des Mille et Une Nuits fond comme une promesse électorale, le laissant, lui et ses invités, dans une gigantesque mare de fange malodorante.
        Cet incident ruine sa réputation. Tout le monde lui tourne le dos, les actions de sa société s’effondrent, il revend tout et décide de se retirer au désert, comme Alceste. On n’entendra plus jamais parler de lui. Seuls, les petits enfants, parfois, réclament qu’on leur racontent l’histoire prodigieuse de Gaston-Charles, le seigneur du guano. Mais il n’est pas encore question d’en faire un film. L’auteur avait stipulé, dans ses dernières volontés, que cela ne pourrait se faire que lorsque le cinéma serait enfin devenu odorant.
        Son livre, en tout cas, est très beau. Non seulement l’auteur a créé un univers, mais il a même créé un langage. En effet, le livre est entièrement écrit en smileys. Les douze mille cinq cents pages qu’il compte sont d’ailleurs très faciles à lire, grâce à un glossaire placé à la fin de l’ouvrage, et qui recense les deux mille trois cent quatre-vingt-quatorze smileys entièrement originaux que l’auteur a conçus afin d’exprimer au mieux ses idées. Sur ce plan, on peut dire que la réussite est totale. On ne compte plus les fans de cette œuvre géniale, qui ne s’expriment plus que de cette façon, correspondent entre eux via ce langage novateur et révolutionnaire, se réunissent lors de Rencontres Hebdomadaires dans des lieux tenus secrets, et se retrouvent tous, une fois par an, lors de Week-Ends Guano particulièrement réussis, dit-on.
        Nombreux sont ceux qui estiment que le Prix Nobel de Littérature doit être décerné d’urgence à Jules Roger René Tartemolle. Si ce n’est chose faite à l’heure actuelle, il est évident qu’il s’agit d’un complot.



Le petit texte qui suit a été écrit très rapidement et sans correction, le 24 avril 2002, c’est-à-dire trois jours après le catastrophique premier tour de l’élection présidentielle qui a placé Jean-Marie Le Pen en concurrence avec Jacques Chirac pour le second tour.

Lettre à deux amoureux

(À la manière de Guy Carlier)


        Cet après-midi, je devais me rendre à l’Hôpital Cochin, et je m’y suis rendu à pied, comme toujours. C’est à trois quarts d’heure de marche de chez moi, et la promenade est très agréable. D’autant plus agréable qu’aujourd’hui, il faisait beau. La ville, comme on dit, était en fête, et les gens avaient des airs de vacanciers.
        À un moment, je me suis trouvé boulevard Saint-Germain, là où il coupe le boulevard Saint-Michel que je remontais, près du métro Cluny. Comme le feu était au rouge, beaucoup de piétons attendaient pour traverser. J’en ai fait autant, et je me suis mis à regarder les gens qui m’entouraient. Mon attention a tout de suite été attirée par deux garçons. Dix-huit à vingt ans, rien de particulier, ni beaux ni laids. Sauf que, visiblement, ils s’aimaient. Comme l’attente au feu était longue, soudain, ils se sont embrassés, sur la bouche, avec gourmandise et passion. Autour d’eux, personne ne les a dévisagés, tout le monde avait l’air de trouver ça normal, deux amoureux qui s’embrassent. Puis le feu est passé au vert, ils ont traversé, j’ai traversé aussi. Ils ont remonté le boulevard Saint-Michel. De temps en temps, ils se prenaient par la main, puis ils se lâchaient, puis ils se reprenaient...
        Comme ils marchaient plus vite que moi, je les ai bientôt perdus de vue. Dommage. J’aurais aimé pouvoir leur dire que j’étais heureux pour eux, que leur amour donnait autant de lumière que le Soleil, pourtant généreux ce jour-là, et que je les enviais. J’aurais aimé ajouter qu’ils avaient bien de la chance de vivre dans un pays qui a enfin dépassé toute notion de discrimination, un pays dont la capitale s’est donné un maire qui partage leur goût pour les garçons. Et, si j’avais osé, je leur aurais souhaité tout le bonheur possible.
        Et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que, sous un autre régime que certains nous préparent, ils n’auraient pas pu faire tout ça ; que le Troisième Reich déportait les individus comme eux, et qu’il nous fallait tout faire pour ne pas retomber dans ces vieux errements nauséabonds.