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Les attentats du 11 septembre 2001

Le 11 septembre, plusieurs attentats provoquent à New York, Washington et Pittsburgh des centaines de morts. Aussitôt, les messages larmoyants commencent à affluer sur le forum. JPM laisse passer l’orage, puis, six jours plus tard et les esprits enfin calmés, il donne son avis :

 

Le sermon

Bon, ça y est, vous êtes tous un peu calmés ? Alors, à moi.

Deux ou trois personnes l’ont peut-être remarqué, je n’ai pas écrit le moindre message sur les récents événements survenus (les cons disent « intervenus ») aux États-Unis le 11 septembre. C’est ainsi, quand tout le monde l’ouvre, je me tais et j’attends la fin de l’orage, histoire de ne pas ajouter à la cacophonie. Mes bons amis diraient « parce que tu as peur de passer inaperçu », mais je repousse d’un pied méprisant cette accusation. Et, dans le mouvement, je repousse également cette autre accusation qui ne va pas manquer d’apparaître : ce n’est pas pour me singulariser que je prends le contre-pied de ce qui a été dit. Quand on a l’esprit libre, on n’est ni pro- ni anti-, on est soi-même.

Balayons aussi l’objection classique : si les radios-télés te tapent sur les nerfs, tu n’as qu’à éteindre ton poste. Celle-là, je l’attendais depuis plusieurs jours, et elle a fini par arriver. Je regrette, mais ça ne tient pas debout. Quand on veut s’informer, il faut bien allumer sa radio, sa télé, ouvrir les journaux. Or l’unanimité dans la sensiblerie bien-pensante devient un obstacle à l’information. Suggérer qu’on doive éteindre son poste, c’est refiler la responsabilité de l’information au public, exonérer les mauvais journalistes et les vendeurs de sensationnel. Balayons cette « solution ».

Voici donc, en vrac, deux ou trois considérations. Je ne garantis pas qu’elles sont totalement inédites. Je ne garantis pas, non plus, qu’elles vont plaire à tous. Pour les messages d’engueulade, vous avez l’adresse, et j’ai l’habitude...

Comme un peu d’ordre et un minimum de méthode ne font pas de mal, annonçons la couleur : je vais d’abord me payer la bobine de ceux qui parlent à tort et à travers et disent n’importe quoi ; puis je vais fournir mon avis sur les États-Unis, d’un point de vue politique ; enfin, je terminerai sur une note d’espoir. Je vous prie de ne pas importer vos propres sentiments dans ce que vous allez lire, et de ne pas m’imputer vos fantasmes, si vous en avez. On sait trop que chacun ne lit que ce qu’il a envie de lire, et ça peut m’arriver aussi, mais au moins, évitez l’exposé habituel de griefs gratuits et ne reposant sur rien. Si vous m’écrivez pour me dire que vous n’êtes pas d’accord, faites une citation exacte de ce qui vous a déplu. Et à propos de citation, je tiens à préciser que je n’attaque personne ici. La preuve : pour afficher le présent texte, j’ai attendu que tous vos messages, que je cite un peu plus loin, aient disparu. On ne peut donc plus identifier leurs auteurs, et ceux qui se froisseraient auraient grand tort.

1. Dire n’importe quoi

On sait bien que ça soulage de s’indigner ou de s’apitoyer en bande : l’instinct grégaire pousse facilement les humains à imiter les moutons. Vous voyez, je suis aimable, je n’ai pas écrit « hurler avec les loups ». Mais enfin, mes amis, vous êtes des individus, et rien n’est plus dangereux que d’abdiquer ce statut pour devenir une foule. Moyennant quoi, on a vu fleurir ici même une série de messages qui allaient tous dans le même sens larmoyant et indigné.

En effet, hormis une petite dizaine de mes amis [...], qui n’ont pas cru nécessaire de manquer à la décence et à la pudeur, combien se sont sentis obligés de venir étaler sur ce forum leur grandeur d’âme, en exposant leur cœur à tous les passants ? « Je ne peux qu’être horrifié », « je porte le deuil », « drame global dont je suis horrifié », « abominable », « ce qui vient de se passer [...] m’horrifie et me révolte », « il y a des millions de morts », « quelle tristesse [...], je vais aller regarder pour la centième fois les infos », « tout devient dérisoire devant des événements pareils », « tous ces morts, ces disparus, ces gens qui ont agonisé [...], c’est trop », « j’en ai fait un cauchemar cette nuit », « aucun mot ne pourra être assez fort pour exprimer l’horreur », « il y aura toujours des gens pour profiter du malheur des autres », « je suis complètement amorphe », « je traîne dans mon lit », « je me sens terriblement new-yorkais », « je suis écœuré », « j’espérais que je me réveillerais, que ce n’était qu’un cauchemar », « on ressent tous la même chose : de la tristesse, de la haine », « l’Amérique [...] a été meurtrie au plus profond de son être », « j’espérais [...] que ce n’était qu’un cauchemar », « des innocents qui demandaient juste à vivre », « la décadence humaine », « ma profonde désolation pour les Américains », « je ne peux vous transmettre à quel point je suis touché et bouleversé des événements derniers », « je suis sous le choc », « j’espère que vous avez tous bien fait vos trois minutes de silence à midi car c’est très important », e tutti quanti. Sans compter un « poème », en vers de mirliton, digne d’Enrico Macias...

Comprenez, je ne me moque pas de vous. Je ne doute pas de votre sincérité. Mais enfin, tout cet étalage de bons sentiments, tout ce sirop de larmes, d’une part, ça ne mange pas de pain – je veux dire par là que ça ne vous a rien coûté –, et d’autre part, ça ne fait que renforcer votre conviction que vous êtes du « bon » côté, celui des gentils, contre le camp des méchants. Et cela me fait penser à tous ces gens qui gémissent sur la faim dans le monde ou sur le sort pitoyable des SDF... mais qui ont posé un cadenas sur leur portefeuille. Des faux-culs ? Même pas : ils croient sincèrement qu’une fois qu’on a PARLÉ, on a AGI. Mais ce n’est pas avec des bipèdes de ce calibre que le monde va se hâter de changer, croyez-moi. Alors, tant que vous ne faites rien d’autre que de pleurnicher sur les autres ou sur vous, cessez de vous lamenter que tout va mal. Quant aux matamores qui bombent le torse, se martèlent la poitrine façon King-Kong, et brûlent de venger les victimes, qu’ils aillent s’engager dans l’Armée. Mais de ce côté-là, je suis tranquille, les casernes ne vont pas être prises d’assaut.

Histoire de détendre l’atmosphère avant qu’elle commence à devenir pesante, une petite digression sur le dédain coutumier des collégiens et lycéens, qui forment la majorité du public de ce forum, à l’égard de l’arithmétique : quelqu’un que je ne nomme pas a gémi sur les « millions de morts » des tours de Manhattan (je crois aussi que quelqu’un d’autre a mentionné les « millions de tonnes » qu’elles pesaient, et je me fais donc un plaisir de rappeler que la Tour Eiffel ne pèse que 7800 tonnes). Ces exagérations m’ont remis en mémoire une autre bourde du même tonneau, due à Christine Ockrent. Il y a quelques années, cette excellente journaliste, qui présentait le journal de la nuit sur France 3, a cru devoir nous informer que les douaniers avaient saisi, sur une petite route de montagne entre la France et l’Italie, le chargement d’un camion transportant « cinq millions de tonnes » de drogue. Un camion peut transporter cinq tonnes, c’est courant, mais cinq millions... La dame, épatée par cette donnée sortie tout droit de sa jolie tête, l’avait d’ailleurs répétée un peu plus tard, sans remarquer et sans que le réalisateur lui fasse remarquer dans son oreillette qu’elle proférait des sottises.

Donc, faisons gaffe avec les grands nombres : abus dangereux.

Fin de la récréation.

2. Les États-Unis et la paix

Cette partie de mon message ne va pas plaire. C’est pourquoi je préfère annoncer très clairement la couleur : je ne me réjouis pas de ce qui s’est passé à New York et à Washington. Mettez-vous bien ça dans la citrouille avant de continuer votre lecture.

Cela étant, je reprends la remarque d’un garçon pas bête qui signe « Magicien », et qui rappelle très judicieusement que certains ont l’apitoiement vachement sélectif : quand une catastrophe fond sur le Tiers-monde, ça ne produit pas le même effet médiatique. On n’interrompt pas les émissions de radio et de télé, on ne monte pas en hâte des éditions spéciales avec interventions téléphoniques d’auditeurs qui n’en savent d’ailleurs pas plus que les journalistes, on ne supprime pas les Guignols, on n’observe pas trois minutes de silence dans l’Europe entière, on ne convoque pas un défilé d’analystes politiques et de généraux en retraite rebaptisés « stratèges », on ne passe pas en boucle les images de la catastrophe, on ne prétend pas que c’est un tournant de l’Histoire et que « plus rien désormais ne sera comme avant », etc. Autrement dit, dans le cas présent, les médias – et vous-mêmes, mes amis – ont réagi comme d’habitude : le centre du monde, c’est l’Occident avec son chef de file américain, et tout le reste n’est qu’accessoire. Eh bien, permettez-moi de me demander pourquoi, et d’être, au minimum, étonné de cette partialité, de cette indécente différence de traitement. Il y a une vingtaine d’années, une série de tremblements de terre en Chine a entraîné une gigantesque famine, il y a eu des millions de morts, des vrais millions cette fois, et pas un journal occidental n’a sorti une édition spéciale. Au Soudan, une guerre civile particulièrement sanglante dure depuis plus de dix ans, avec famine à la clé, or personne ne s’en soucie. Même chose en Angola, mais depuis beaucoup plus longtemps. Passons sur la Sierra Leone et le Congo. Je sais bien qu’on voit midi à sa porte, mais il y a des limites à l’aveuglement.

Autre chose : deux avions se sont écrasés ce 11 septembre sur Manhattan, trois tours s’y sont effondrées ; à Washington, le Pentagone a pris feu ; à Pittsburgh, un autre avion s’est crashé. Au total, des milliers sans doute de morts innocents – on saura difficilement combien. Mais qui a lancé en 1945 une bombe atomique sur Hiroshima ? Ah oui, j’oubliais, « c’est vieux », objecte le chœur des débiles mentaux, donc c’est à oublier. Mais écartons ces moucherons d’un revers de main, et poursuivons. Qui a livré une guerre atroce au Vietnam, dans la foulée d’une première guerre d’Indochine qui venait à peine de se terminer (et dont le gouvernement français était l’entier responsable), à seule fin de soutenir le régime fantoche et complètement pourri de Ngo Dinh Diem ? Qui a inventé la guerre du Golfe, soi-disant pour rétablir sur son trône l’émir du Koweit (encore un régime pourri), en fait pour défendre les intérêts pétroliers des États-Unis, et cela, comme par hasard, au moment même où le président des États-Unis se trouvait être un représentant du lobby pétrolier, et détenteur d’une des plus grosses fortunes de ce philanthropique milieu puisque propriétaire de la Zapata Offshore Company ?

Et tant que j’y suis, savez-vous pourquoi la bombe sur Hiroshima le 6 août 1945 a été suivie d’une seconde bombe sur Nagasaki deux jours plus tard ? Comme vous ne le savez certainement pas, vu que vos enseignants, trop occupés à vous caresser dans le sens du poil parce qu’ils crèvent de la peur de vous déplaire, ne vous ont rien appris sur le sujet, préférant les « activités d’éveil » anesthésiantes aux sciences et à l’Histoire, je vais vous le dire.

La première version de la bombe atomique avait été essayée avant usage, dans le désert, sur le territoire même des États-Unis. Et lorsqu’ils en ont balancé un exemplaire sur Hiroshima, grande ville japonaise, les militaires américains savaient que l’engin de mort fonctionnerait parfaitement. Leur but était de contraindre l’empereur Hiro-Hito, allié d’Hitler, à capituler immédiatement et sans conditions. On peut en effet considérer que l’emploi de CETTE BOMBE-LÀ a « économisé » pas mal de vies humaines du côté occidental, et après tout, on ne va pas sangloter sur les Japonais, qui se sont montrés souvent pires que les nazis, et avant les nazis. Mais la seconde bombe ?

Cette seconde bombe était un prototype, elle n’avait été testée nulle part, et l’Armée américaine ignorait si elle fonctionnerait comme prévu et quels en seraient les effets. Alors, deux jours après la première, ils l’ont jetée sur Nagasaki. Pas pour forcer les Japonais à stopper la guerre, ça, c’était acquis avec Hiroshima. Non : pour TESTER LE NOUVEAU MODÈLE DE BOMBE. Un banc d’essai, en quelque sorte ! Pourquoi se gêner ?

On ignore combien les deux bombes ont fait de victimes ; pour la première, on avance couramment le nombre de 140 000 victimes, et de 60 000 pour la seconde. Les Américains ont donc, en toute conscience, tué au moins soixante mille innocents uniquement pour essayer une arme nouvelle. Tirez-en la conclusion que vous voulez...

La guerre du Golfe ? Elle avait pour but de détrôner l’horrible dictateur Saddam Hussein, d’ailleurs grand ami de Chirac, et qui avait envahi son voisin, le Koweit, afin de mettre la main sur ses puits de pétrole. Et là, tout de suite, une question : dans notre vertueux monde occidental, a-t-on beaucoup gémi et pleuré lorsque les Américains, durant des semaines, ont déversé des milliers de bombes sur Bagdad et sa population civile ? C’était à partir d’août 1990 ; onze ans plus tard, Saddam Hussein est toujours là, il va très bien, merci. Et, pour continuer de « punir » le peuple irakien d’avoir un dictateur à sa tête (il voudrait bien faire autrement, le peuple irakien, mais comment ?), puisque les bombardements ne lui avaient pas suffi, les États-Unis ont décrété un embargo, en vigueur depuis dix ans, et qui interdit à peu près toute espèce de ravitaillement à destination des Irakiens. Cet état de fait a évidemment entraîné en Irak une pénurie de tout ce qui est nécessaire à l’existence, nourriture, médicaments, etc., et causé la mort de milliers de gosses, ceux des familles pauvres en priorité. Tout le monde le sait, mais les présidents américains successifs ne veulent pas lever l’embargo, de peur de passer pour des cons en se rétractant. Pendant ce temps, qui donc se marre dans ses divers palais ? Saddam Hussein, qui peut faire impunément la nique à ces charlots d’Américains. Comme Kadhafi, en Libye, qui a les mêmes ennemis, qui est du même calibre, et que les Américains cherchent à renverser depuis 1969. Comme Castro, en place depuis 1959, qui les nargue de chez lui, à Cuba, à quelques centaines de kilomètres de la Floride, et qui a résisté à tous les attentats, toutes les tentatives de coup d’état fomentées en vain par les Américains. Si vous n’avez jamais entendu parler du débarquement raté de la Baie des Cochons, sous Kennedy, en 1961, cherchez un peu, ou lisez American tabloid, de James Ellroy.

Eh oui, non seulement les Américains sont haïs un peu partout dans le monde, mais, de plus, ils sont méprisés pour leur incapacité à se débarrasser même des plus faibles de leurs adversaires. Ils se sont fait honteusement chasser du Vietnam, vaincus par un peuple de paysans. Ils ont plié devant l’Iran et ses ayatollahs cinglés lors de l’affaire des otages. Ils se sont couverts de ridicule au Mozambique et au Kenya. Ils ne triomphent guère qu’au cinéma, dans les films qu’ils fabriquent eux-mêmes pour leur autoglorification permanente.

Depuis qu’ils sont une puissance mondiale, les Américains ont soutenu, souvent installé au pouvoir les dictateurs les plus sanglants. Au Moyen-Orient, Israël mis à part, leur allié le plus fidèle est l’Arabie saoudite, ce pays de rêve où l’on coupe la main des voleurs ; où les femmes n’ont pas le droit de conduire une voiture et doivent subir un examen gynécologique si elles sont vues en compagnie d’un homme qui n’est ni leur mari ni leur frère ; où l’on décapite les condamnés à mort le vendredi, après la prière, en public, et au sabre ; ce pays où existe toujours le trafic d’esclaves (plaque tournante de ce petit commerce : le port de Djeddah). Au Chili, lorsque les citoyens ont élu démocratiquement Salvador Allende, un président de centre-gauche, le ministre américain des Affaires Étrangères de l’époque, le docteur Henry Kissinger, conseiller très écouté de l’honorable Richard Nixon (celui qui s’est fait chasser de la Maison-Blanche pour avoir espionné le Parti Démocrate dans son siège du Watergate), a organisé un coup d’État, qui a provoqué la chute d’Allende et son assassinat – son « suicide », comme on a dit. Bénéficiaire du coup d’État : un certain Augusto Pinochet, grand ami du pape et de Maggie Thatcher. Vous connaissez ? Cela se passait en 1973, et le pays en souffre encore.

Crainte de vous fatiguer, j’arrête là mon énumération des dictatures chéries du peuple américain, et me contente de vous rappeler, puisque c’est ce qui nous occupe aujourd’hui, que le gouvernement américain a soutenu et armé les fameux talibans, experts en terrorisme et trafic de drogue : depuis dix ans que Massoud, chef de l’opposition en Afghanistan, s’efforçait de les combattre (il est sans doute mort aujourd’hui), c’est peu dire que les États-Unis ne l’ont pas aidé. La France pas davantage, soit dit en passant. Et, sinistre farce, c’est la CIA qui a utilisé Ben Laden, naguère, pour contrecarrer les soviétiques en Afghanistan – cette CIA dont le patron fut, durant des années, George Bush senior, père du président américain actuel, et lui-même président juste avant Clinton. Bien sûr, aujourd’hui, les Américains s’en mordent les doigts. Trop tard...

3. Et maintenant ?

Enfonçons le clou : je ne me réjouis pas de la baffe majuscule que les États-Unis viennent de prendre, car, pour ne pas changer, les premiers touchés sont des innocents. Quoique je n’aie guère de sympathie pour des citoyens qui trouvent tout naturel d’avoir en permanence une arme à portée de la main et de s’en servir contre les voleurs de poules ; je vous rappelle en passant que ce pays est celui où l’on emprisonne le plus gros pourcentage mondial de la population, 509 taulards pour cent mille habitants (comparaison : en Ouganda, 210 seulement), et que les lois américaines permettent qu’un petit voleur de pizza soit condamné à la prison à perpétuité pour peu qu’il en soit à son troisième délit (si si ! Renseignez-vous, c’est arrivé [...]. Bien entendu, le puni était noir). Et j’aurais personnellement préféré qu’un avion, même un petit, vous voyez, je ne suis pas exigeant, s’écrase sur la maison d’Henry Kissinger, des deux George Bush ou de Ronald Reagan, mais bon...

Cette éventualité étant peu probable, arrêtons là ce discours, et terminons, comme au cinéma, par le fameux message d’espoir sans lequel, etc. Je ne ferai aucune plaisanterie vaseuse, du genre « À quelque chose malheur est bon, puisque, en signe de deuil, on a annulé un concert de Madonna », et vous dirai plutôt mon espérance que nous assistions enfin à quelques changements.

Premier changement espéré : que les Européens arrêtent de se tirer dans les pattes et de prendre bêtement pour modèle leur allié américain, le peuple le plus pollueur, le plus gaspilleur et le plus égoïste de la planète. Visiblement, leurs admirations sont mal placées. Les plus anciennes démocraties, c’est en Europe qu’elles sont nées, pas à Boston, comme le croient les Américains.

Deuxième changement espéré : puisque Yasser Arafat, dans un geste pas du tout médiatique – cela va sans dire –, a donné son sang pour les victimes de New York, qu’il aille un peu plus loin, arrête enfin l’intifada, et force la main de ses interlocuteurs israéliens. Car il n’en a pas d’autres, d’interlocuteurs. Et que, de son côté, Sharon, renonçant enfin à sa haine affichée envers les Arabes, cesse de jouer les faucons tout en démontrant chaque jour qu’il en est un vrai, puisqu’il est le premier à enfoncer son propre pays dans une merde noire. Pas d’issue à ce conflit qui dure depuis 1948, si on ne négocie pas. En leur temps, Sadate et Begin, qui n’étaient pourtant pas des saints, avaient su le faire et conclure la paix entre l’Égypte et Israël. Le choc psychologique actuel est favorable à ce type de retournement.

Troisième changement espéré : que les Américains comprennent cette fois qu’il est vain de se lancer dans une nouvelle guerre punitive. Aucune armée moderne n’est capable d’affronter une guérilla. Ils n’y récolteraient qu’une déculottée supplémentaire... non sans avoir au préalable dévasté l’Afghanistan, dont le peuple n’est pour rien dans ces attentats. Mieux vaudrait, pour eux, une réforme de leurs services secrets, censés assurer à titre préventif la sécurité de la population, mais qui ne trouveraient même pas de l’eau dans l’océan, comme ils viennent de le démontrer brillamment.

Quatrième changement espéré : que le monde prenne enfin conscience que le pire ennemi de l’Homme, c’est la religion et les fanatismes qu’elle fait naître. Je l’ai écrit ailleurs et je ne crains pas de sembler radoter en le redisant ici : depuis qu’il y a des hommes sur Terre, on a davantage persécuté, torturé, massacré au nom de l’amour de Dieu que pour tout autre raison.

Amen.