Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Chez « Friends ’ - Feuilleton

JB-000 : Blind Test

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Résumé des chapitres précédents

Au risque de nous répéter, nous n’hésiterons pas à réaffirmer que rien n’est banal lorsqu’on est marqué par le sceau du Destin. Ainsi, par exemple, vous, lecteurs bien-aimés, lorsque le facteur vient sonner à votre porte – que, soit dit entre nous, vous pourriez bien repeindre de temps en temps –, vous ne vous attendez certes pas qu’il vous apporte quoi que ce soit d’exceptionnel, alors que le même zélé fonctionnaire sonnant au 93 rue de Ménilmontant, demeure de JB à Casablanca, c’est Hermès lui-même, porteur d’un message de l’Olympe. Hélas ! Les Dieux ont-ils cessé d’être favorables à notre héros, pour que celui-ci se voie brusquement privé de ses honorables moyens d’existence ? Si encore un espoir demeurait ! Mais non, JB savait bien que tout, désormais, était consommé, hormis son union, toujours remise, avec la douce Natacha, dame de ses pensées.

CHAPITRE MDCCCCIII

Singin’ in the brain

La nuit la plus longue s’achevait. Ce n’était pas l’aurore aux doigts de rose, mais une aube blâfarde, qui en marquait le terme.

Passant, éloigne-toi ! Si, par imprudence, tu t’aventurais du côté de la chapelle privée où nous avons laissé notre héros, tu risquerais d’entrevoir un spectacle qui te glacerait d’horreur : la vision épouvantable d’un spectre se glissant hors de son caveau.

Il ne s’agissait pourtant pas d’un spectre, et la silhouette qui émerga dans la lumière crépusculaire du matin appartenait bien à un être vivant. Mais quel être vivant ! Hâve, les yeux rougis par la longue veille, les joues bleuies de barbe, raide d’échine du fait de l’ankylose, titubant, bref, en tous points semblable à Lazare sortant du tombeau, tel sortit de la chapelle JB encore hagard – et du reste, nos lecteurs ne sont pas sans avoir entendu parler de l’hagard saint Lazare !

Ce spectre, pourtant, n’avait que l’apparence d’un homme défait. Et, pour vous prouver qu’il ne faut en aucun cas se fier aux apparences, nous vous dirons tout de suite que JB avait retrouvé toute sa détermination. Oui ! Ce n’était pas un homme vaincu, mais un homme résolu, qui resurgissait ainsi à la lumière – symbôle –, un homme que le Ciel avait daigné inspirer, et qui désormais ne dévierait plus de sa route.

JB avait en effet pris sa décision : il poursuivrait son chemin, inexorablement.

Poursuivre son chemin ? Certes, mais comment, puisqu’il était avéré qu’ON ne voulait plus de lui ? N’était-ce point là une gageure ?

Pour quiconque autre que lui, sans doute. Mais pas pour notre héros !

ON le congédiait ? Fort bien. Et sans condescendre à le lui dire de vive voix, ON lui apprenait sa disgrâce par le biais d’une banale lettre ronéotypée, pas même personnelle ? À merveille. ON ne prenait seulement pas la peine de lui exprimer des regrets, fussent-ils de pure forme ? Parfait. ON se contentait de le remercier en des termes dont la froideur confinait à l’insulte ? Tant mieux.

Il changerait donc d’employeur !

*

Un traître ! Notre héros magnanime va-t-il donc devenir un traître ? Non ! Chers lecteurs, dites-nous que ce n’est pas possible ! Lui qui incarnait le patriotisme plus encore que monsieur Jean-Marie Le Pen et Jeanne d’Arc réunis, lui qui eût fait rentrer sous terre Déroulède, lui que le Général aurait certainement décoré si, après tant de succès et de triomphes – nous parlons de ceux du Général –, il n’avait fini prématurément par une réussite ! (private joke

Hélas, pour en savoir davantage, il nous faudra, tout comme vous, lecteurs, attendre le prochain épisode. En attendant, ne roulez donc pas sur le verglas, car vous n’avez qu’une vie.

(À suivre)