Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Chez « Friends ’ - Feuilleton

JB-000 : Blind Test

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Résumé des chapitres précédents

Si vous nous avez suivi jusqu’ici, amis lecteurs, vous n’ignorez plus que le Destin frappe où il veut, et que nul n’est épargné. Les héros eux-mêmes succombent à ses coups. Ainsi, notre agent secret, JB-000, après une carrière courte mais fructueuse, marquée par de multiples succès au service de la patrie, s’apprête à connaître les méfaits de la disgrâce. Mais s’il doit grossir le nombre des chômeurs, pourra-t-il du moins, tel le PDG d’une grosse société pétrolière congédié avec d’énormes indemnités de licenciement, entrer dans la peau d’un chômeur de luxe ? Et sera-t-il à même, à présent qu’il a du temps libre, d’épouser et surtout de faire vivre sur un pied digne d’elle la douce Natacha, dès sa naissance à lui destinée ?

CHAPITRE MDCCCCIV

Vue avec chambre

JB avait toujours été un homme de bon sens. Sans même l’aide et les conseils avisés d’Élizabeth Teissier, depuis ses débuts, il pressentait qu’un jour viendrait où il devrait faire face à un retournement de situation. Certes, l’idée de se voir brutalement licencié ne l’avait jamais effleuré, mais d’autres aléas parsèment l’existence mouvementée d’un tel pilier des Services. Il eût pu, par exemple, être blessé en service commandé, ce qui l’eût contraint à quitter le service actif. Que faire dans ce cas ? Prendre une place dans un bureau, finir comme un gratte-papier dans la pire des hypothèses, ou se voir attribuer un placard honorifique dans la meilleure ? Non ! Pas ça, et pas lui ! Si par malheur une telle chose devait arriver, il se retirerait dignement et changerait de profession.

Aussi avait-il pris ses précautions : un tel homme d’exception ne s’embarque pas sans biscuits. Mettant à profit les avantages que lui offrait son métier, il n’avait jamais manqué de glâner, au hasard de ses missions à l’étranger, toutes sortes d’informations précieuses, qui s’avéreraient utiles en cas de coup dur. Comment les avaient-il acquises ? Permettez-nous, pour une fois, d’observer la discrétion la plus absolue, et de ne point dévoiler nos sources. Il y a danger à parler trop. Sachez cependant qu’un soir, dans un bar d’une grande ville des États-Unis connue pour avoir accueilli des Jeux Olympiques endeuillés par un attentat à la bombe, il avait été abordé par un individu au demeurant d’aspect convenable, qui lui avait relaté l’histoire suivante : cadre de haut niveau dans une firme mondialement connue et qui fabriquait une boisson gazeuse destinée aux jeunes, il avait, à la suite d’une tentative de chantage consécutive à ses goûts amoureux, été contraint de cambrioler le coffre-fort de la Direction générale et d’y dérober la formule ultra-secrète du célèbre breuvage. Mais, par un hasard extraordinaire, son maître-chanteur, auquel il devait remettre le précieux document, avait été victime d’un accident de la circulation – un accident mortel ! C’est pourquoi nous parlons de « tentative » de chantage. Cet homme, ainsi, s’était retrouvé en possession d’un secret dont nul ne savait qu’il le détenait, et il avait décidé, toutes réflexions faites, d’en profiter et de l’exploiter pour son propre compte. Par conséquent, il se déclarait déterminé à le négocier au prix fort, et il le proposait en priorité au plus grand agent secret de la France éternelle. Cette proposition, confidentielle, JB devait la transmettre à son gouvernement.

Patriote jusqu’au bout des ongles, JB avait donc transmis. Mais vous savez ce qu’il en est, lecteurs : en France, on a de tout, sauf de la présence d’esprit. Saisir les bonnes occasions (les « opportunités », disent les cons), on ne sait pas. Quant à la sclérose de l’administration, elle est proverbiale. La proposition avait donc été repoussée par le gouvernement français. JB, en toute discrétion, avait alors contacté le monde industriel et celui des affaires, et posé quelques jalons : ses amitiés étaient des plus diverses ! N’en disons pas plus. Sachez simplement qu’une somme rondelette avait été mise à sa disposition, et qu’il avait pu conclure l’affaire à titre privé.

Quoi ! vous écriez-vous, un Français connaîtrait ainsi le secret le mieux gardé de la planète ! Celui qui permettrait de fabriquer cette boisson mythique dont le nom s’écrit en deux parties, la première partie évoquant une drogue fort répandue, et la deuxième se prononçant comme le nom d’un célèbre navigateur français péri en mer ! (Et non : ce n’est pas Marie-Jeanne Tabarly)

Nous avons du mal à croire une telle fable, pensez-vous.

Eh bien vous avez tort, car nous publierons bel et bien cette formule secrète, si nous ne sommes pas assassinés avant.

En attendant, ne passez pas trop de temps devant votre télévision, vous commencez à perdre la vue et l’esprit.

(À suivre)