Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Chez « Friends ’ - Feuilleton

JB-000 : Blind Test

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Résumé des chapitres précédents

Sans doute à la suite d’une cabale fomentée par des jaloux, envieux de ses succès multiples, JB se voit exclu des Services secrets de notre beau pays. Mis brutalement au chômage comme un simple ouvrier ou une naïve Jupette, il se résoud à l’inévitable : exploiter ses archives en vendant au plus offrant le procédé de fabrication d’une boisson pétillante vendue dans le monde entier, et dont, par souci de ne point lui causer de tort, nous tairons ici le nom.

CHAPITRE MDCCCCV

Vue avec chambre

Outre le souci de son avenir professionnel, JB avait une autre préoccupation. Nous ne vous l’avions pas révélée jusqu’ici, car notre récit se consacrait exclusivement à vous rapporter les faits et gestes de l’homme d’action, non ceux de l’homme privé. Sa préoccupation tenait en ceci, que sa liaison avec la douce Natacha était secrète – elle aussi. En d’autres termes, la belle enfant n’avait jamais osé avouer à ses parents qu’elle se berçait de l’amour de JB. Comment eussent-ils réagi, ses parents ? Nul ne le sait. Mais enfin, il faudrait bien qu’un jour, nos amoureux portent à la connaissance d’autrui le doux lien qui les unissait. Au reste, seul le mariage, qui reste la plus respectable des institutions, leur paraissait envisageable : jamais ils n’eussent vécu dans le péché ! Mais nous verrons cela un peu plus tard.

*

Karl Nivorr, le président de Mortendi International, puissante multinationale née de la fusion entre la Maréchale des Eaux et les studios hollywoodiens International, ainsi que de l’acquisition d’une foule de firmes concurrentes, régnait, comme on dit, « sur un empire ». Cet homme au physique poupin, encore assez jeune, et qui, naguère haut fonctionnaire, avait préféré quitter le service de l’État pour aller pantoufler dans le privé, s’était vu très rapidement propulsé, grâce à ses relations dans le monde des affaires, à la tête d’une des sociétés les plus riches du pays. Doté d’un appétit de pouvoir insatiable, il avait en quelques courtes années jeté son dévolu sur le téléphone fixe avec le 77 de Bégaie-Tél, sur le téléphone portable en créant la compagnie SNCFR, sur les journaux avec « Le Rapide », sur Internet avec son portail Devisu, sur la télévision avec la chaîne Canard Moins, sur l’environnement avec Mortendi Environnement, sur... La liste serait longue, aussi longue que ses canines. Il venait au surplus de publier un livre qu’il avait fait écrire par un nègre spécialisé dans les biographies de golden boys, et qu’il avait cru judicieux d’intituler de son surnom, dont il se montrait curieusement fier, « K7N » : cela faisait, croyait-il, fort américain. Était-il seul à ne point savoir que ses employés, depuis ses directeurs généraux jusqu’au plus humble des grouillots, ne le désignaient jamais autrement que par le surnom désobligeant de « Gros Pétard » ?

Faux humaniste affecté, de surcroît nouveau démagogue, ce qui expliquait sa maladresse voyante dans le domaine de sa propre « communication », il avait eu la sottise de se départir, le temps d’une interview, de son principe habituel consistant à ne jamais laisser entrevoir le moindre détail de sa vie privée – sa famille vivait en province, dans un château du sud-ouest –, et de se laisser photographier déchaussé, affectant de lire dans la chambre de son domicile parisien, avec un trou à sa chaussette. Le pays entier en avait fait des gorges chaudes, et il s’en était revanché, non sans mesquinerie, en faisant discrètement tomber quelques têtes dans son entourage de conseillers en image.

Cet homme d’affaires, qu’on croyait avisé, s’était encore fait rouler dans la farine par le plus inattendu des concurrents : un ancien porte-parole des « sans-papiers » de l’église Saint-Bernard, qui avait la prescience et la lumineuse idée, avec deux amis, de déposer le nom « devisu.com » ; de sorte que, lorsque K7N voulut créer son propre portail pour Internet destiné à sa compagnie de téléphonie mobile, et qu’il se mit en tête de le baptiser précisément du même nom, il dut le racheter pour une somme colossale à l’ancien immigré clandestin ! Joli coup du sort, et belle revanche de l’ex-défavorisé...

Ces déboires humiliants n’avaient pas entamé sa soif d’accroître les possessions de sa firme. Et justement, puisqu’il est question de soif, notre homme venait de décider, et de faire entériner cette décision par son conseil d’administration, la création d’une nouvelle branche d’activité, consistant à se lancer dans le commerce des boissons sans alcool – il venait de revendre, image oblige, une marque de boisson alcoolisée, Viagram. Dans le milieu des affaires, le bruit avait couru de cette diversification, et la chose était parvenue aux oreilles de JB, notre héros jusqu’ici sans tache. Celui-ci avait bondi sur l’occasion (les cons disent « opportunité »). C’est ainsi qu’ayant fait jouer ses propres relations en vue de décrocher un rendez-vous, il se retrouva un certain soir face au carnassier.<*

Quelle sera l’issue de cette entrevue ? JB saura-t-il vendre son secret ? Que sera son avenir, et celui de son aimée ? C’est ce que vous saurez sans trop tarder, si vous nous retrouvez ici pour le prochain épisode.

En attendant, ne fumez pas au lit, ou les cendres qui tomberont sur votre tapis pourraient bien être les vôtres.

(À suivre)