Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Chez « Friends ’ - Feuilleton

JB-000 : Blind Test

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Résumé des chapitres précédents

Malgré ses dons exceptionnels, sa réussite hors du commun, et malgré le luxe dans lequel il vit, JB-000, le héros de cette histoire, connaît le tourment. Comment est-ce possible ? Quel événement s’est donc produit, que nous ignorons encore, mais sans doute pas pour longtemps ?

CHAPITRE MDCCCXCV

Top Gum

Vingt-quatre heures plus tôt, JB marinait dans l’eau bleutée qui emplissait aux trois quarts l’immense baignoire de marbre de la salle de bains réservée au maître de ces lieux – réservée, disons-nous, mais chacune des sept autres chambres, il va sans dire, était pourvue d’une salle d’eau individuelle, plus modeste, quoique de bon goût, JB sachant recevoir ses amis et les mettre à l’aise. À portée de sa main, un verre de cristal de Venise contenait une liqueur ambrée aux doux reflets. JB s’abandonnait au plaisir de la rêverie. À quoi rêvait notre héros ? Vous l’avez deviné, lecteur : ses pensées volaient vers la douce Natacha, que dix jours seulement séparaient de lui. Bientôt, il retrouverait avec extase le velouté de sa peau, le miel de ses lèvres et l’ardeur de son étreinte. À cette pensée, JB soupira.

Une sonnerie stridente vint interrompre notre héros au moment le plus palpitant de son rêve : le téléphone sonnait dans le grand salon. Laissant le soin de répondre à Wang, son fidèle majordome chinois, JB rajouta des sels de bain dans l’eau tiède. Deux coups discrets frappés à la porte de la salle de bains suspendirent son geste : selon le signal convenu, Wang avertissait son maître que la communication était strictement personnelle et confidentielle. Pestant contre l’importun, JB saisit son peignoir et alla répondre au téléphone.

C’était le Vieux en personne : JB devait passer d’urgence à son bureau.

Notre ami fit la grimace. Selon son habitude, le Vieux s’apprêtait à lui coller une corvée sur le dos. Enfin... il fallait prendre les événements avec philosophie.

 Il revêtit sans hâte excessive son meilleur complet d’alpaga, noua une cravate élégante mais sobre, et se rendit au garage. Là, il hésita un instant entre la Jaguar et le coupé Mercedes, et opta pour la première, plus maniable dans les embouteillages. Pas un instant il n’envisagea, évidemment, de sortir la Rolls pour un tel déplacement, surtout à onze heures du matin.

Les Services occupaient les cinq derniers étages de l’une des tours les plus élevées de la ville, dans le quartier des affaires. Ils fonctionnaient bien sûr sous la couverture d’une société d’import-export. Comme il se doit, le Vieux et son secrétariat personnel se tenaient au dernier étage, et disposaient d’un ascenseur direct ultra-rapide.

Il vous attend, dit Nadia, la secrétaire particulière du Vieux, dépêchez-vous, JB. »

Le sourire étincelant que lui dédia celui-ci n’entama en rien sa froideur coutumière. Pour être insensible au charme naturel de notre héros, l’iceberg maghrébin devait avoir d’autres goûts. JB haussa imperceptiblement les épaules et poussa la porte capitonnée.

*

Malgré son calme habituel, JB fit grincer les vitesses en repartant au feu vert : il le savait bien, que le Vieux s’arrangerait pour lui gâcher ses vacances.

Une mission à Amsterdam ! Et en août, alors que la ville, envahie par les touristes, est invivable !

Quelle idée avait eue le chef du personnel, de le désigner, lui en particulier ?

« JB, lui avait déclaré le Vieux, cette mission est extrêmement délicate, vous seul pouvez la mener à bien ». Le truc de la pommade, ça ne prenait pas avec notre héros. Le sachant bien, le Vieux avait ajouté : « Du reste, je n’ai personne de disponible en ce moment ». L’argument imparable : JB savait bien que, quoi qu’il arrivât, les missions devaient être accomplies ; les motifs personnels ne pouvaient entrer en ligne de compte.

Bref, comme les nécessités de la mission lui imposaient de regagner Casablanca une fois terminée sa tâche aux Pays-Bas, il devait faire son deuil de ses projets de vacances. Il ne reverrait pas de sitôt les riantes vallées, les verts pâturages et les murmurantes sources qui composaient un écrin enchanteur à ce joyau architectural, l’antique cité médiévale de Sainte-Foy-la-Grande, berceau de la civilisation européenne.

Comment la douce Natacha supportera-t-elle le choc de cette nouvelle ? Notre héros réussira-t-il sa mission ? C’est ce que vous saurez en lisant notre prochain épisode, lequel vous tirera des larmes.

En attendant, buvez modérément, car l’alcool abêtit.

(À suivre)