Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Chez « Friends ’ - Feuilleton

JB-000 : Blind Test

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Résumé des chapitres précédents

Nous avons laissé notre héros dans le quartier louche d’Amsterdam, où l’a conduit sa dernière et dangereuse mission. Pendant ce temps, à 940 kilomètres de là (à vol d’oiseau), la douce Natacha se morfond. Tout cela n’est pas bien gai.

CHAPITRE MDCCCXCVII

Le jonc le plus lourd

Une sex-shop ! Voilà donc où les ordres du Vieux avaient amené JB : devant une sex-shop ! À moins qu’il convienne de dire UN sex-shop, ce qui, de toute façon, reconnaissez-le, ne change pas grand-chose au fond du problème.

C’est humain : JB hésita. Que faire ? Entrer, bien sûr, dût sa pudeur naturelle en souffrir ! Mais après cela ? Les instructions, des plus succinctes, ne lui indiquaient pas la conduite à suivre ensuite. Sur le comportement à observer en un tel lieu, le manuel des instructions officielles fourni par les Services faisait obstinément l’impasse et restait muet. Quiconque autre que notre héros aurait rebroussé chemin, pris de panique. Qu’importe ! JB, lui, était d’une tout autre trempe. Cet homme d’acier respira un bon coup, se fit violence, et pénétra bravement dans l’officine, tenant bien en évidence le magazine français qu’il s’était procuré peu auparavant, magazine sur la couverture duquel figurait un portrait en couleurs de la petite Vanessa... pardon, de la grande Vanessa Paradis, si chère au cœur de tous les Français.

La shop était presque déserte. Seuls, deux touristes espagnols étaient tombés en arrêt devant le rayon « Anal-Sex », échangeant à voix basse et dans leur jargon purement local des remarques inaudibles mais qu’on pouvait supposer grivoises, sinon gauloises. Derrière la caisse trônait une vieille dame d’apparence respectable, qu’on eût mieux imaginée assistant aux Vêpres à Saint-Honoré d’Eylau, et dont JB se dit in petto qu’elle se trouvait, à cet endroit, autant à sa place qu’un homme intègre au siège du RPR.

Arborant bien en vue l’honnête magazine, seul ici de son espèce, et qui donc ne pouvait manquer d’attirer l’attention, JB s’approcha de la caisse. Ce mouvement eut l’effet escompté : très Régence, la duègne lui demanda, dans un français parfait quoique teinté d’un fort accent batave, s’il désirait quelque chose de « spécial ». Oui, elle y mit des guillemets, et, disant cela, elle ne quittait pas des yeux le portrait de la petite Vanessa ! JB en fut outré, comme tout bon Français à sa place. Cependant, et malgré sa rougeur, il se domina et n’en acquiesça pas moins. L’aïeule alors lui fit signe de la suivre dans l’arrière-boutique. JB obtempéra.

Le jeune garçon chinois abandonna son joint, et, sur un signe de l’ancêtre, alla remplacer celle-ci à la caisse. La femme disparut derrière un rideau ; on l’entendit donner un tour de clé, ouvrir un tiroir, puis le refermer et donner un autre tour de clé. Elle reparut, porteuse d’un petit paquet qu’elle remit à JB, avant de se réfugier dans une attitude indifférente. Elle ne prit même pas la peine, cela fait, de raccompagner son visiteur. De toute évidence, sa mission à elle était terminée.

JB prit donc congé, et retraversa en hâte l’étroite boutique, jetant au passage un bref regard sur les deux ex-franquistes qui sacrifiaient à la caisse, sous l’œil du jeune Chinois impassible, leurs dernières pesetas, déjà passablement dévaluées, dans le règlement de leur moisson de postérieurs dénudés sur papier glacé.

*

Le même soir, à la même heure, mais à 1260 kilomètres de là (par la route), la douce Natacha quittait son poste de guet, à la fenêtre de la chambre que nous n’avons pas hésité, précédemment, à qualifier de « virginale ».

Une longue journée d’attente vaine s’achevait ; une interminable nuit d’inutile espérance commençait.

La douce Natacha essuya ses yeux de son mouchoir de dentelle, descendit dans le petit salon où veillaient ses nobles parents, et tendit son front pur aux baisers maternel et paternel. Puis elle monta se coucher, sous le regard désolé des auteurs de ses jours.

*

Que feriez-vous, lecteurs et lectrices, d’un vibromasseur ?

Mais non, je m’exprime mal.

Cette transition brutale au détour d’un paragraphe pourrait vous faire croire qu’il existe un rapport quelconque entre la douce Natacha, que nous venons de quitter au moment où elle se disposait à se mettre au lit en pensant à JB, et cet appareil typique des temps modernes.

Or, loin de nous une telle pensée impie !

Non ! Ce que nous voulons dire, c’est ceci : le paquet que la dame âgée avait remis à JB, et que celui-ci venait d’ouvrir, à l’abri des regards indiscrets, dans sa luxueuse chambre d’hôtel, ne contenait en tout et pour tout que cet ustensile, indispensable, certes, dans un ménage, mais incongru sous le toit même provisoire d’un célibataire.

Alors, posons la question différemment : qu’est-ce que notre héros va bien pouvoir faire de ce vibromasseur ? Pas de réponse grivoise et de mauvais goût, je vous prie ! La réponse, vous la découvrirez dans le prochain épisode, lequel vous surprendra fort.

En attendant, ne consommez que des produits frais et sérieusement contrôlés, car Jean-Pierre Coffe le veut ainsi.

(À suivre)