Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Chez « Friends ’ - Feuilleton

JB-000 : Blind Test

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Résumé des chapitres précédents

Aujourd’hui, pas de résumé. Non mais sans blague, vous n’avez qu’à relire l’épisode précédent ! D’ailleurs, il le mérite.

CHAPITRE MDCCCXCIX

La grande allusion

JB n’en revenait pas. Le document qu’il venait d’examiner à la loupe, et qui faisait la convoitise de tous les Services secrets du monde occidental, oriental et septentrional, ce document qu’il détenait à présent de manière exclusive n’était autre que l’ensemble des plans du déconographe !

*

Le déconographe ! Cette fabuleuse invention d’un savant uruguayen, enlevé par les Russes en 1983, et retrouvé noyé dans un lac suisse deux ans plus tard ! Le déconographe, dont la possession devait assurer aux Services qui le détiendraient la suprématie absolue dans le domaine de la déconographie, technique de pointe nouvellement conçue par les chercheurs américains, experts comme chacun sait dans cette branche des plus pointues !

Et c’est finalement notre pays qui, la mission de JB ayant pleinement réussi, jouira de cette suprématie ! Ah ! lecteurs, l’émotion nous étreint, au point que nous avons peine à continuer. Mais il le faut, nos millions de fidèles attendent, haletants.

*

Lorsqu’il comprit qu’il avait en mains les fameux plans, JB sentit sa poitrine se gonfler d’orgueil : ainsi, grâce à lui, à son intelligence, à son esprit de décision, à son énergie indomptable, l’extraordinaire invention du professeur Yadlabrez (l’avais-je nommé ? Non. Alors, voilà qui est fait) ne tomberait pas en possession d’individus qui, non contents d’exercer le métier d’espions, ce qui n’existe pas chez nous puisque nous n’avons que des contre-espions, ne sont, en outre, même pas français. Allons, il avait bien mérité de sa patrie. Et JB se voyait déjà, par une radieuse matinée de printemps, décoré par le Président de la République dans la cour d’honneur des Invalides. Cela lui procura un sentiment d’euphorie, qui ne le quitta guère durant son voyage de retour à Casablanca, et qui devait atténuer, sans le supprimer tout à fait, le tourment qu’il ressentait devant la cruelle séparation d’avec la douce Natacha, élue de son cœur.

Son avion, exceptionnellement, n’ayant ni explosé en vol pour cause de porte mal fermée, ni été détourné par un quelconque héros armé jusqu’aux dents au nom de la paix dans le monde, JB parvint sans encombres au terme de son périple hollandais.

On l’a deviné, ce récit est autobiographique. Comme nous sommes modeste – le lecteur l’aura certainement remarqué – et que nous voulons éviter d’humilier notre public en faisant étalage de nos dons et des avantages flatteurs que notre mérite ne cesse de nous valoir, nous ne nous étendrons pas sur l’accueil qui nous fut fait, de la part de nos supérieurs hiérarchiques d’abord, ce que notre exploit rendait tout à fait naturel, de la part de nos collègues ensuite, qui, la renommée ayant embouché ses célèbres trompettes, nous firent un triomphe que nous n’eûmes pas la fausse modestie d’estimer exagéré.

Certes, saint Paul proclame que nous avons le droit de nous louer nous-même lorsque autrui ne nous rend pas justice ; mais nous ne tomberons pas dans ce travers, puisque, en l’occurrence, la vox populi voulut bien reconnaître notre valeur. D’ailleurs, pouvait-elle faire autrement ?

Seule, Nadia, la secrétaire particulière du Vieux, n’assista pas à la réception qui fut donnée en l’honneur de notre héros dans la salle de réunion des Services, au dernier étage de la tour de verre et d’acier qui dominait orgueilleusement la place du Général-Oufkir, au cœur de la ville.

Cette absence s’expliquait ainsi : JB, qui joignait à ses qualités physiques et intellectuelles au-dessus du commun ce caractère heureusement enjoué et cet esprit des plus fins que chacun lui reconnaissait, toujours à l’affut d’une plaisanterie pourvu qu’elle fût de bon goût, lui avait offert le fameux vibromasseur d’Amsterdam. La blonde enfant, on ne sait trop pourquoi, avait vu là une allusion à certains aspects de sa vie privée, chuchotait-on, et, depuis lors, elle boudait.

Comme si l’on pouvait bouder JB !

Et, pour une fois, ce chapitre s’achèvera sans aucun élément de suspense, cela pour démontrer que, si nous tirons à la ligne comme le veut la tradition des auteurs de feuilletons, nous savons aussi, parfois, nous affranchir de la tyrannie de la règle – ainsi que certains nous ont fait l’honneur de le noter maintes fois.

Rendez-vous donc au prochain épisode, dans lequel notre histoire prendra sans doute un tour nouveau.

En attendant, soyez continents, car les excès raccourcissent l’existence.

(À suivre)