Beaucoup décrivains disons plutôt, pas mal de gens ayant signé des livres, sont venus ici faire la promo de leur petit dernier. Et la plupart du temps, ils sont repartis la queue entre les jambes, si jose cette métaphore lorsquil sagit de Rika Zaraï ou dÉlizabeth Teissier. Cest que nous avons des consignes très sévères à Rien à cirer. Le croiriez-vous ? Ruquier nous inflige même des amendes quand il nous arrive je sais que cest rare de dire du bien de linvité. Mais tant pis, je prends le risque.
À en croire les journaux, et pourquoi ne pas les croire ? la majorité des jeunes de ce pays, et une grande partie de la bourgeoisie française, ce qui au total fait du monde, ont les yeux tournés vers les États-Unis comme les musulmans pointent les leurs en direction de La Mecque. Eh bien, votre livre, monsieur Behr, vient à point nommé pour leur démontrer que même lélite peut se fourrer le doigt dans lil jusquà lomoplate. « Go west, young man » ? Non merci, très peu pour moi, je préfère le sud.
À propos des États-Unis, je ne voudrais pas avoir lair de pavoiser, mais jai annoncé dans mon récent papier sur Dallas, et sans laide dÉlizabeth Teissier oui, je ladore et me délecte à citer son nom à tout propos , que Dynastie ne tarderait pas à faire son retour sur France 3 ; or ça na pas traîné, puisque ce feuilleton revient sur la chaîne en question dès aujourdhui 19 juin, soit moins de deux ans après sa précédente diffusion. Elkabbach a encore su oser.
Mais revenons à notre invité. Vous êtes, Edward Behr, un de ces étrangers comme on aimerait en voir davantage chez nous : grand reporter (au fait, y a-t-il de petits reporters ?) Je reprends : grand reporter à « Newsweek » durant quinze ans, fonction que les connaisseurs ont tendance à estimer plus flatteuse que « chargé de la rubrique des chiens écrasés » au « Petit Écho de la Motte-Beuvron », vous vivez en France et parlez notre langue aussi bien que Guy Lux, ce qui constitue déjà un exploit. Et, au contraire de la majorité des Américains, pour la plupart infoutus de situer sur une carte les capitales européennes (mais cest peut-être parce que vous, vous êtes anglais), vous avez sur la plupart des sujets un point de vue mondial, faculté devenue si rare outre-Atlantique, dites-vous, que, depuis Jimmy Carter (ce successeur de Nixon qui fit fortune dans la vente des cacahuètes ; un Carter baignant dans lhuile, en quelque sorte), les Présidents eux-mêmes brillent par leur inculture historique. On a vu Reagan, on voit Clinton, on vous croit sur parole.
Votre livre sintitule Une Amérique qui fait peur, et, je puis le dire car je ne me suis pas contenté de le parcourir en diagonale, le titre nest pas seul à nous faire froid dans le dos. Mais comme nous ne sommes pas ici pour foutre la trouille à nos auditeurs, je me contenterai de leur faire part des aspects, non point effrayants, mais pantalonnesques de la situation aux États-Unis en ce moment. Et, heureusement, il y en a.
Cest ainsi que vous nous rappelez au début de votre livre la principale obsession des Américains, et surtout des Américaines : le viol.
Je sais, en principe, on ne devrait pas rigoler avec ce genre de choses ; mais vu du côté américain, il y a de quoi se boyauter. Car point nest besoin, là-bas, de jouer les adjudants Chanal Ladjudant Chanal a fait quelques années de prison pour avoir violé des jeunes recrues. pour se voir accusé de viol : un mot, un simple regard suffisent. Cest au point que les yankees croient, dur comme fer, quune femme sur quatre a été, au moins une fois dans sa vie, victime dun viol ou dune tentative de viol. Attendez ! Ça, cest ce que croient les Américains normaux (à supposer que ça existe). Chez les féministes, on dit plutôt « une femme sur deux » quand on est une nana modérée ; et quand on est extrémiste, on pense et on glapit que TOUT rapport sexuel relève du viol. Plus cest gros, plus ça passe, dirais-je si je donnais dans le mauvais goût, mais ça nest pas mon genre.
Cette délicieuse ambiance explique que, si la fine équipe de rigolos de Rien à cirer consent volontiers à se produire en province, malgré la qualité minable des hôtels, nous refusons énergiquement daller faire lémission aux États-Unis, en dépit des étonnantes facilités de Laurent pour le calembour dans la langue de Shakespeare et de la baronne Maggie Thatcher.
Le plus beau, cest dans les universités américaines que cela se passe. Là-bas, quand vous êtes étudiante et que vous entrez en première année, on commence, lors de votre inscription, par vous fournir un « sifflet anti-viol » ; oui, ce ne sont pas les garçons qui sifflent les filles, chez les Ricains, cest le contraire, et pour la raison exactement inverse. En supplément, mesdemoiselles, on vous remet une pile de brochures destinées à vous mettre en garde contre les dangers qui vous attendent ; brochures où lon conseille notamment aux étudiantes dêtre en permanence sur leur garde chaque fois quelles côtoient un homme, donc tout le temps, et de traduire mentalement par sexe chaque fois quun garçon prononce le mot amour : de quoi, demblée, vous placer dans une chaude atmosphère de confiance et de camaraderie on ne peut plus propice aux études.
Bien sûr, ça ne rate pas, le climat des facultés outre Atlantique relève du film dhorreur façon Wes Craven ou John Carpenter. Prévenus, les garçons se méfient dautant plus que leurs camarades féminines ont une certaine tendance à fréquenter les cours de karaté plutôt que les amphis, histoire de faire passer le goût du pain aux hordes de violeurs qui les guettent le soir dans les bosquets des campus. Qui a dit « paranoïa » ?
Vous citez même, monsieur Behr, une certaine université où les autorités laissent circuler, paraît-il, une liste noire qui recense les étudiants ayant tenté, les salauds, daller plus loin, comme on dit, au cours dun rendez-vous avec une de leurs condisciples ; liste qui, admirez le côté délicat, porte laimable mention « À châtrer » ! Salut, la châtreuse de Parme ! Si javais un garçon en âge daller faire ses études en Amérique, jy regarderais à deux fois : en fin de compte, il serait plus en sûreté au camp de Mourmelon, où le Chanal susnommé nexerce plus ses talents ; et de toute façon faut savoir choisir , même si ses fesses y courraient un plus gros risque que ses couilles, on se remet de ce type daccident, par essence moins irréversible. (Oui, je peux, moi aussi, faire preuve de délicatesse dans lexpression)
Bon, vous allez me dire, elles ont raison, ces étudiantes : le viol, cest odieux ; on ne peut leur reprocher de prendre des précautions. Ben non, tous comptes faits, comme le montre la suite ; et je préfère avertir demblée Mireille Mathieu quil est inutile de sauter dans le premier avion pour aller se faire inscrire aux cours dHarvard, où lon nattend quelle : figurez-vous que les rapports officiels signalent quen réalité, à luniversité de Californie, la fameuse UCLA, il ny a guère eu que deux viols en deux ans ; mieux, à Princeton (lendroit même où enseignait Einstein), on na dénombré que deux viols en dix ans ! Autrement dit, tout cela relève du fantasme.
Prenez par exemple le cas de cette étudiante, à première vue assez libérée, et qui a raconté quelle avait lhabitude de pratiquer la fellation sur la personne de son petit ami, ce quon ne peut quencourager vivement, mais sans aller plus loin, ce quon ne peut que déplorer ardemment ; le genre de nana quil y a un demi-siècle on appelait chez nous une « demi-vierge », et bonjour lallumeuse ! Un soir, le garçon, suffisamment excité et qui en avait marre des hors-duvre, entre dans le vif du sujet : il fait, en somme, ce que vous auriez fait depuis longtemps, sauf si vous vous appelez Boy George ou Jimmy Somerville, et que je ne vais pas préciser davantage, à lheure où Jacques Gaillot nous écoute à coup sûr, si jose dire. Eh bien, au lieu de dire « merci » ou « encore », la fille sest sentie à tel point traumatisée, prétend-elle, quil lui a fallu cinq ans de thérapie pour ne plus se sentir souillée (jai bien dit « souillée », avec une cédille ; pas dà-peu-près grivois, je vous prie !).
Et que dites-vous de ces étudiantes qui ne prennent conscience davoir été violées que longtemps après lacte, réel ou imaginé ? Là-bas, on appelle ça le phénomène de la « mémoire récupérée ». Lune delles a attendu deux ans (putain, deux ans !) pour se rendre compte quelle était une « survivante », comme disent les émasculeuses locales. Et cela, à la suite dune conversation avec une de ces pasionarias dont le pays ne semble pas dépourvu mais quil nexporte pas encore, heureusement pour le reste du monde. Imaginez la chose, mademoiselle : on vous viole, VOUS NE VOUS APERCEVEZ DE RIEN, puis, quelques années plus tard, au cours dune conversation à la cafète avec les copines, vous voilà frappée par lévidence. « Bon sang, mais cest bien sûr, ce salaud-là ma fait subir les derniers outrages, quand il prétendait seulement me passer de la crème solaire ! Sa crème, le fumier, cétait de la vaseline ! » (Oui, poursuivons dans la délicatesse)
Du côté masculin, inutile de penser sen tirer par la drague ou le baratin le plus innocent : aujourdhui, rien nest innocent. Certes, le code new look en vigueur aux États-Unis exige que toute privauté soit précédée dune demande explicite de la part du garçon, et approuvée non moins explicitement par la fille (pourquoi pas sous forme dacte notarié ? Cest une idée à creuser) ; eh bien, ça ne suffit pas, car les féministes ont inventé le concept de « coercition verbale non violente », comme elles disent ; cest beau comme lantique. Et en clair, ça signifie que le seul fait, par exemple, de pousser sa romance sous un balcon, comme Cyrano devant la maison de Roxane ou Roméo dans le jardin de Juliette, fait du jeune homme un violeur en puissance : salut le romanesque et lamour courtois ! Ceux qui ont linfortune de se faire pincer et de se voir taxer de harcèlement sexuel sont fermement invités à suivre des cours au département détudes féminines, une sorte de rééducation à la chinoise, en quelque sorte.
Bref, ne vous étonnez plus si tant de garçons se rabattent sur leurs camarades masculins : croissez et multipliez, il ny a pas quen prison que les gays se reproduisent, si je puis dire, et un homme inverti en vaut deux (je remplace Patrick Font, qui sexcuse, il na pas pu venir ).
Chez les enseignants hommes, ça va très bien également, merci. Ils ont intérêt à ne pas sintéresser de trop près, ni même de loin, à leurs étudiantes. Complimenter une élève sur son bon travail, lui prêter des livres, la rencontrer en dehors des cours ou tenir en sa présence des propos « trop brillants » et qui « pourraient léblouir » (sic), un tel comportement, de toute évidence déviant, éveille illico le soupçon que ce salaud de prof, ce vilain monsieur, veut sauter la blanche colombe (ça, cétait une citation Blanches colombes et vilains messieurs est le titre dun film américain des années cinquante.pour les gens cultivés). Surveillés, dénoncés à leur hiérarchie, mis à pied, licenciés, traînés en justice pour un mot qualifié de « déplacé », sur une simple accusation portée par un témoin unique et pas forcément désintéressé, les profs, et on se met à leur place, se tiennent à carreau et fuient tout dialogue avec leurs élèves du sexe opposé. Là encore, ça favorise sûrement les études.
Bon, je pense que ce bref tableau vous a édifié : parents, envoyez plutôt vos rejetons en Suisse, ils ont dexcellentes écoles, et cest plus près.
Mais un dernier mot quand même : voilà quelques années quon nous serine que tout ce qui se fait aux États-Unis finit par arriver chez nous ; et, cest vrai, lorsquon voit comment, de plus en plus, les Français se nourrissent, samusent, senjolivent lintellect, et même comment ils votent, on se dit que la menace nest pas exagérée. Mais sur le chapitre de lamour, merde quoi ! on ne va pas se laisser contaminer ! Français, entrez dans la Résistance, il est encore temps !
Allez, comme dirait Chraz, vive lamour, les vacances approchent, et je ne veux pas gâcher les vôtres. Mais les miennes, je les prendrai dans lHexagone, ce sera plus sûr.