Les chroniques imaginaires de "Rien cirer" - Par Jean-Pierre Marquet

Brèves

Vendredi 10 mars 1995

Lu dans Le dico anti-mecs, recueil de propos tenus par des femmes qui répondent à notre misogynie bien connue, messieurs, cette sentence définitive de l’ineffable Françoise Giroud, publiée le 11 mars 1983 dans le journal « Le Monde », et qui depuis a traîné partout (je parle de la phrase) : « La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente ». Vous avez dû être comblée, chère Françoise, lorsque le président Mitterrand a exaucé vos vœux en nommant, naguère, Georgina Dufoix au ministère des Affaires Sociales. (Et remarquez que je ne dis rien de votre propre nomination, par Giscard, à la tête du ministère de la Condition Féminine, en 1974, puis de la Culture, en 1976...)

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De son côté, Brigitte Bardot a déclaré à France-Dimanche, le 8 octobre 1992 : « J’ai consacré la première partie de ma vie aux hommes, j’ai décidé de consacrer la seconde aux animaux ». Et actuellement, chère Brigitte ?

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Quand j’étais enfant, l’une des plaisanteries favorites de mon père, c’était de me dire : « Tu craches en l’air, ça te retombe dessus, et tu dis qu’il pleut ! » ; plus tard, j’ai eu droit à la version hard de cette blague très fine, avec l’expression « pisser contre le vent ». Eh bien, aujourd’hui, j’ai eu l’occasion de me demander si, parfois, monsieur Balladur pissait contre le vent. Apparemment, oui ! Entre 1986 et 1988, lors de la première cohabitation entre la droite et Mitterrand, Balladur, très énervé à l’égard du locataire de l’Élysée, avait dit : « On devrait lui couper le téléphone, le gaz et l’électricité ! ». Or, c’est exactement ce qui vient de lui arriver (à Balladur, pas à Mitterrand) : comme il avait oublié de payer la facture d’électricité de sa maison de Deauville, et que l’EDF ne parvenait pas à se faire régler les 1800 francs qu’elle lui réclamait, faute de connaître l’adresse de sa résidence principale (ne riez pas), elle lui a coupé le courant !

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Le devis présenté par Bouygues pour la construction des bâtiments de la mégalomaniaque « Très Grande Bibliothèque » voulue par Mitterrand était de 1,4 milliard de francs. Aujourd’hui, Bouygues exige une rallonge de 25 %, soit 350 millions de plus. Pourquoi ? Parce que, vous ne l’auriez jamais deviné, la SUPPRESSION, entre-temps, de deux étages pour chacune des quatre tours « entraîne des frais supplémentaires » ! En somme, le roi du béton inaugure une variante de la blague inventée par Coluche : « Moins tu peux payer, plus tu payes ». Ici, c’est « Moins il y a à construire, plus ça coûte »…

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Les socialistes ont choisi leur candidat pour tenter de garder le trône de l’Élysée : ce sera Lionel Jospin. Bien sûr, ce choix s’explique, dans la mesure où l’heureux élu… enfin, pas tout à fait encore, est celui qui, Rocard mis à part, traînait le moins de casseroles au sein du PS. Néanmoins, on se souviendra aussi de lui comme du ministre de l’Éducation nationale ayant supprimé la seule classe de l’Enseignement public, en France, qui recevait les enfants surdoués. Et ce, pour caresser dans le sens du poil les sectaires des syndicats de gauche, auxquels donne de l’urticaire la seule idée qu’une tête bien faite puisse dépasser du troupeau. Certes, on peut discuter de la précision et même de la pertinence des tests d’intelligence, mais pas de l’existence de ces enfants très particuliers et de leurs besoins spécifiques. Cependant, bien qu’elle ait failli avoir un ministre de l’Intelligence et de la Beauté, la gauche française n’aime pas l’intelligence. Crainte de la concurrence, ou peur de l’inconnu ?

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Gilles Ménage, ancien directeur de cabinet de Mitterrand à l’Élysée, et qui, à ce titre, si l’on peut dire, ordonnait les écoutes téléphoniques illégales dont se régalait son patron, est aujourd’hui pédégé de l’EDF. En somme, il a toujours été au courant.

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Gérard Klein, ce mec faussement sympa dont les rapports avec l’Éducation nationale se limitent au rôle d’instituteur qu’il joue dans une série télévisée tartignolle mais bien-pensante, vient de se voir décerner les Palmes Académiques, décoration qui récompense d’habitude les enseignants particulièrement talentueux. On dirait du Jack Lang…

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En France, le docteur Garretta, qui a déjà, aujourd’hui 23 janvier 1995, la bagatelle de 478 cadavres sur la conscience, dont ceux de pas mal d’enfants, ne fera sans doute que quatre ans de prison. Après ça, et comme aucune sanction financière n’a été prise contre lui, il pourra profiter librement de sa fortune, acquise en jouant sur les deux tableaux, activités publiques et activités privées.

Aux États-Unis, le pirate informatique Kevin Mitnick, qui n’a provoqué la mort de personne mais s’est contenté de craquer via Internet le système bancaire de son pays, risque trente-cinq ans de prison et cinq cent mille dollars d’amende.

Moralité ? Aucune.

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Comment Balladur va-t-il se tirer du pétrin où l’a mis le ministre de l’Intérieur avec l’affaire Halphen-MaréchalSur l’instigation de Pasqua, un complot visant à mouiller le juge Halphen (qui instruisait une affaire de corruption concernant les HLM de la Ville de Paris) a été tenté : on a soudoyé son beau-père, le docteur Maréchal. Mais le complot n’a éclaboussé que ses auteurs, le juge Halphen est toujours en poste et gêne toujours autant le RPR, et le docteur Maréchal a écrit un livre... qu’il est venu présenter à Rien à cirer. J’étais présent, ce jour-là, dans le public. ?

Pour lui, c’est la pasquadrature du cercle.

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Un sondage de la Sofres pour « Le Pèlerin Magazine » révèle que le saint préféré des Français est saint Christophe, le « patron des automobilistes » : il enfoncerait Thérèse de Lisieux, si j’ose dire, ainsi que ses collègues Antoine de Padoue et Vincent de Paul. On va encore dire que je fais de l’anticléricalisme primaire, mais je me fais un devoir de rappeler que ledit saint Christophe n’a jamais existé. Ce n’est pas moi qui le dis, mais l’Église catholique, laquelle, pour ce détail négligeable, l’a supprimé elle-même du calendrier voilà plus de trente ans ! Un saint virtuel, en quelque sorte, et qui devrait pouvoir veiller aussi sur les autoroutes de l’information.

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En voyant Brigitte Bardot au Journal Télévisé, j’ai cru un instant que Jacques Pradel avait retrouvé la sœur aînée, mais perdue de vue, de Jeanne Calment.

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Justice à deux vitesses : le pékin de base comme vous et moi, s’il se fait pincer deux fois de suite à commettre le même délit, peut faire une croix sur le sursis en cas de condamnation, et un séjour en cabane, à coup sûr, lui pend au nez. Pas Françoise Sagan, condamnée une seconde fois en correctionnelle pour prise de cocaïne et fourniture de drogue à autrui : pour la deuxième fois, le tribunal assortit du sursis les douze mois de prison qu’il lui inflige. Selon que vous serez puissant ou misérable... Tous les espoirs sont donc permis à Pierre Palmade, qui, pour un motif similaire, commençait le même jour sa carrière judiciaire par une simple amende de deux briques.

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Comme dirait Valérie Lemercier, Balladur, il est génial : sa prime de cinq mille francs, versée aux automobilistes qui envoient à la casse leur bagnole vieille de plus de dix ans (à condition d’en racheter une neuve, pas folle la guêpe !), si elle a dopé artificiellement et pour un temps la vente des voitures, n’a pas fait que des heureux. Cette initiative a, en effet, provoqué le désespoir des collectionneurs, amoureux des vieux modèles et désireux d’en acquérir un pour un prix modique : les propriétaires préféraient bien sûr fourguer à un casseur la précieuse relique, et encaisser la prime, plutôt que de la céder pour trois fois rien. Humain...

Imaginez une prime Balladur instaurée après la Deuxième Guerre Mondiale : comme le fait remarquer un responsable du salon des voitures anciennes, « bon nombre de Delahaye, Hispano, Bugatti et autres Hotchkiss auraient pu disparaître de la circulation à jamais » ! Heureusement, la prime est supprimée à partir de juin prochain.

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Le 1er mars, invité à La marche du siècle sur France 3, Jean-Marie Le Pen attribue l’extension du sida en France à la pratique de la sodomie, très en faveur parmi l’intelligentsia de gauche, selon lui (comment il sait ça ? Il la fréquente donc ?). Un peu plus tard, il reconnaît se faire faire lui-même un dépistage du sida une fois l’an. On apprenait ainsi, et de sa propre bouche, que ce champion de la morale était infidèle à sa femme. Peut-être même est-il lui aussi un sodomite convaincu, si l’on peut dire…