À partir de ce jour 6 avril, TF1 rediffuse Dallas, le fameux feuilleton pour intellos, mais qui avait fait tant de bruit dans les chaumières prolos, les premières touchées. Certes, Laurence Boccolini vous en a déjà susurré deux mots, mais on ne sen lasse pas, alors, je remets la chose sur le tapis, comme dit mon voisin joueur de poker.
Donc, Dallas revient, avec les Capulet et les Montaigu pardon, les Ewing et les Barnes. Eh bien, de ce retour en force du feuilleton modèle, je suis le premier à me réjouir, car, je vais peut-être vous surprendre, je nai jamais vu Dallas. Enfin, presque jamais. Dans le pays dAfrique noire où je vivais naguère, la télévision locale, histoire de boucher les trous (il ny en a pas que dans les estomacs, là-bas), a bien passé une centaine dépisodes, que du reste je regardais rarement car jy avais autre chose à foutre ; puis, du jour au lendemain, elle a laissé tomber, alors même que, chez vous, TF1 sobstinait. Ils sont vraiment fous, ces Africains ! Se priver de Dallas !
Fous, mais pas cons. Lorsque Mitterrand sest pointé en voyage officiel dans la capitale de Côte dIvoire, Abidjan, voilà quelques années, comme le soleil tapait sec et que le cortège présidentiel circulait en voiture découverte, il avait mis des lunettes fumées et coiffé un chapeau à large bord. Et il na pas compris pourquoi la population goguenarde lacclamait aux cris de « J.R. ! J.R. ! Vive J.R. ! »
Lexplication embarrassée que ses conseillers lui ont fourni avec ménagement à son retour à Paris la mis, dit-on, dans une rage que Michel Leeb qualifierait sans doute de « noire ». Cest peut-être pour cela, en guise de représailles, que par la suite il a tenté (Mitterrand, pas Michel Leeb), de leur refiler comme ambassadeur son fils Jean-Christophe. Mais le Président africain désigné comme garde-malade na jamais voulu accepter le cadeau quand je vous dis quils ne sont pas cons !
Je méloigne de Dallas, allez-vous dire ? Pas tellement, puisque laffrontement sournois causé par ce refus et qui sest ensuivi entre les deux Présidents a duré plusieurs mois, a fortement contribué à saborder la coopération Et, incidemment, provoqué mon retour en France !...franco-ivoirienne et na pas été sans rappeler la chaude affection entre les deux frères Ewing, le Bobby et le J.R. susnommé.
Revenons en France. Nayant pas rencontré récemment Élizabeth Teissier, trop accaparée par Didier Porte avec qui elle file le parfait amour, Élizabeth Teissier déteste Didier Porte, qui la publiquement ridiculisée alors quelle sattendait à faire la promotion de son dernier bouquin dans lémission de Ruquier : cette astrologue navait donc pas prévu, grâce aux astres, quelle se trompait de porte ?jignore encore si cette troisième diffusion sur Télé-Poubelle aura beaucoup de succès auprès du public, mais je suis déjà prêt à prendre les paris : les critiques, eux, vont marcher à fond, et on va avoir droit à un concert déloges à peu près unanimes, dans le style « Moi monsieur, je nai jamais dénigré Dallas ! ». Classique. Au fil des années, on a nous fait le même coup avec les films dHitchcock, de Pagnol, de Cecil B. DeMille ou de Sacha Guitry, que plus personne nose critiquer aujourdhui. Comme quoi, un excès succède toujours à un excès inverse, et je vous prédis que la prochaine génération portera aux nues les merdes signées Claude Lelouch ou Gérard Oury, puisque déjà celle dà présent fait un succès aux étrons de Luc Besson et de Jean-Marie Poiré.
Autre pari que je suis prêt à prendre : devant ce lâche attentat de TF1, que va faire le loyal Elkabbach ? À mon humble avis, eurêka et osons ! il va, comme un lapin de son chapeau, ressortir Dynastie, Bien vu : il la fait, deux mois et demi plus tard !bien que ce feuilleton, fabriqué par un autre producteur en vue de draguer la part du public que le premier ne ratissait pas, ait déjà été rediffusé il y a deux ans. Attendez-vous donc, dans les deux ou trois mois à venir, à revoir les Carrington et les Colby occuper à nouveau les débuts daprès-midi sur France 3 (ou les mercredis soir, à la place de la Marche du Siècle, dont quelque chose me dit que les jours sont comptés), et je veux bien me taper la totalité des épisodes de Derrick avec en prime ceux de Navarro si je me goure dans mes prévisions.
À part ça, comme je le disais, je me réjouis de pouvoir enfin visionner en intégrale les aventures de la famille Ewing, puisquil paraît que des épisodes manquaient aux diffusions précédentes ; tout vient à point à qui sait attendre. Dorénavant, et pour deux ans, Deux ans de diffusion : Dallas comptait en effet trois cent cinquante épisodes, qui tous navaient pas été vus en France (ils ont fini par lêtre dans leur intégralité, lors de cette troisième diffusion, en 1995-1996). Peut-être parce quà ses débuts, ce feuilleton nétait encore quune série (une série est composée dépisodes indépendants ; un feuilleton, dépisodes à suivre) dont on pouvait supprimer quelques épisodes sans nuire à la compréhension, évidemment capitale, du récit.je suis scotché tous les après-midi devant ma télé. Quon ne me dérange donc plus à lheure de la sieste ! Ben oui, quoi : tout comme les critiques pros, je renonce moi aussi à mon dédain passé, et je nourris désormais une fervente admiration pour les gens du Texas, que daucuns qualifient pourtant un peu vite de ploucs passéistes.
Comment ne pas plébisciter, au contraire et par exemple, le bon goût des Texans, qui les incite à décorer de cornes de vaches le capot de leurs bagnoles, et à ne jamais se séparer, même pour dormir je le suppose (jai jamais dormi avec un Texan), de leur fameux chapeau à larges bords ? Galure sans lequel John Wayne naurait jamais été que ce quil fut, un gros con réactionnaire.
Et puis, au Texas, on vénère Dieu et la Bible, et ça, dites ce que vous voudrez, mais cest RES-PEC-TABLE. Je me demande même pourquoi le prochain pape ne serait pas originaire de cet État. Ah oui, cest juste, ils ne sont pas catholiques, là-bas, mais protestants. Bon, faudrait demander une dispense (à qui ?), ce serait trop compliqué, oublions.
Il nempêche que les Texans sont toujours à la pointe de la modernité, surtout dans le domaine des idées, et cela inclut les lois locales. Quelques exemples ? Allons-y. Au Texas, lEncyclopedia Britannica est interdite, car elle contient une recette pour faire de la bière à la maison. Dans le même état, les malfaiteurs ont lobligation de prévenir leurs victimes vingt-quatre heures à lavance, et par écrit, des délits quils vont commettre. Je ne me fiche pas de vous, cest la loi. À El Paso, les églises, hôtels, gares, magasins, banques, etc., doivent mettre des crachoirs à la disposition du public. Il est illégal de traire la vache dautrui, de vendre des hamburgers au fromage le dimanche, de boire plus de trois gorgées de bière sans sasseoir. À San Antonio, le flirt est interdit, de même que les clins dil ou les attouchements des mains. À Mesquite, il est illégal pour les enfants davoir détranges coupes de cheveux. Cette ambiance intellectuelle, ce foisonnement dimagination constituent sans doute une des raisons pour lesquelles les personnages du prodigieux feuilleton dont je vous cause présentement stimulent leur réflexion à toute heure du jour par labsorption fréquente dune liqueur ambrée que je nai pas réussi à identifier, mais dont Françoise Verny, Françoise Verny, qui a travaillé comme directrice littéraire chez plusieurs éditeurs parisiens, a la réputation dune « accoucheuse décrivains ». Et, cest notoire, elle ne boit pas que de leau. qui a quelque chose de Sue Ellen, massure quelle est fort en faveur dans les milieux intellectuels.
À la pointe de la pensée moderne, donc, les Texans. Par exemple, cest au Texas que David, un « enfant bulle » de douze ans, privé de système immunitaire et condamné de ce fait à passer sous une tente de plastique le peu dexistence quil avait à vivre, est mort parce que la loi locale interdisait une intervention chirurgicale qui lui aurait sauvé la vie presque à coup sûr : la technique nécessaire, inventée à Lyon, aurait exigé lemploi de cellules extraites dun embryon humain. Cest ben vrai, ça, un embryon mort-né, cest sacré, cest intouchable, même si la vie dun enfant bien vivant peut en dépendre. Admettons, comprenons, et tirons notre chapeau, celui de John Wayne, tenez ; puisque, comme le serinent souvent « les bonnes gens » quaimait tant Brassens, TOUTES LES CROYANCES SONT RESPECTABLES. Suffit dêtre sincère ! Et lerreur, qui est humaine (maître Capelo placerait ici, inévitablement, son Errare humanum est), lerreur nest pas condamnable. Exemple de croyance humaine, respectable, pas condamnable et tout et tout, PUISQUE sincère : Adolf Hitler croyait sincèrement que les Juifs étaient des sous-merdes et quil urgeait den faire du savon et des abat-jour.
Vous allez me dire que je mégare, et que je perds un peu de vue le chef duvre télévisé dont à propos duquel que jétais en train de vous causer. Jy reviens donc pour conclure, vu quil va bientôt être lheure, sacrée elle aussi, de la pub, en soulignant quaucun feuilleton mieux que Dallas nest de nature à remonter le moral du citoyen lambda ! Normal, quand on voit un JR, avec sa tronche de marchand de voitures doccase, ou un Bobby, physique de maître nageur surmonté dune tête de garçon de café, promus au rang de rois du pétrole et « régnant sur un empire », comme ils causent à la télé, on se dit que tout le monde a sa chance. Ça laisse de lespoir, non ?
Moi, en tout cas, cest décidé, en sortant dici, je machète un stetson !