Les chroniques imaginaires de "Rien cirer" - Par Jean-Pierre Marquet

État de choc

Lundi 31 octobre 1994

Je ne sais si vous êtes comme moi, mais le conseil que donne chaque dimanche aux Guignols de l’Info la marionnette de PPD, Journaliste privé de sa carte de presse pour avoir fait de trop nombreux « ménages », Patrick Poivre se fait appeler « d’Arvor », mais ce nom breton n’est même pas celui de sa région natale, puisqu’il est né à Reims.à savoir, éteindre la télé pour reprendre une activité normale, me paraît des plus judicieux, et, en ce qui me concerne, cet avis n’est pas tombé dans l’oreille d’un ancien onaniste. Par exemple, je ne regarde jamais le journal télévisé, sur aucune chaîne : les larbins endimanchés qui se chargent de passer les plats me filent des boutons, et les images de ce qu’ils considèrent, eux, comme l’actualité, me perturbent le cortex.

Non, quand je veux savoir ce qui se passe dans le monde et ses environs, ma préférence va plutôt à ce procédé révolutionnaire dans lequel, pour reprendre la célèbre blague de José Artur, on a réussi à supprimer les images : la radio. Et, dans cent pour cent des cas, je me branche sur France Inter, la seule station qui, rapport à mon incurable publiphobie, ne me file pas de l’urticaire – sauf quand y officie l’abbé François Foucart, Jusqu’en juin 1998, François Foucart était chargé sur France Inter des chroniques religieuses et judiciaires. Ami de tout ce que la France compte d’intégristes catholiques, frayant avec la droite dure, Foucart est un admirateur béat et un défenseur inconditionnel du pape Jean-Paul II. Sur le plan judiciaire, les derniers procès qu’il a suivis sont ceux de Maurice Papon et des assassins de Yann Piat. Peu après avoir pris sa retraite, il a sorti un livre dans lequel il expliquait que le jardinier marocain Omar Raddad, très probablement victime d’une erreur judiciaire, avait été fort justement condamné à dix-huit ans de prison, l’instruction de son affaire puis son procès ayant été, selon Foucart, parfaitement conduits. naturellement (ils ont un chroniqueur religieux, sur RTL ? Faudra que je me renseigne).

C’est ainsi que, comme souvent, je me suis branché hier soir sur le bulletin de dix-neuf heures, ainsi qu’on dit à la SNCF ; et je ne l’ai pas regretté, ce fut un grand moment. Passons rapidement sur les nouvelles vraiment importantes : le sport, la météo, la dernière incantation de monsieur Jean-Paul Dieu, dit « lèche-béton », féticheur diplômé au Vatican ; passons aussi sur les petites phrases du jour minutieusement improvisées par nos Pavarotti politiques sous la direction de leurs gourous, pardon… de leurs « conseillers en communication », etc., et venons-en aux faits divers, qui sont aux bulletins d’information ce que le cornichon est à la viande froide (ou ce qu’est la sauce à la menthe au rôti de mouton, si vous êtes d’origine britannique, quoique ça me décevrait beaucoup de votre part).

Il faut avouer qu’on était gâtés, ce soir-là : deux multicrimes à sensation dans un seul week-end, ah ! frémissements d’aise dans le PAF ! (Les plus éveillés d’entre vous auront compris que multicrime, néologisme de ma fabrication – que je n’ai aucun tourment de conscience à démarquer de multimédia, vocable fort en vogue chez les vrais croyants en la technique moderne –, signifie que, dans chaque affaire, il y avait plusieurs victimes ; circonstance on ne peut plus favorable à l’audience. Quant à ceux qui n’avaient pas compris, ne vous découragez pas, une belle carrière s’offre à vous dans les Douanes)

Donc, à propos du premier fait divers, le reporter de service, et je ne vois pas pourquoi je vous ai parlé tout à l’heure de cornichon, le reporter de service, disais-je, un monsieur que je n’ai pas l’avantage de connaître et qui marne à Radio France Normandie, rappelle brièvement les faits déjà exposés la veille par ses soins, à savoir le double meurtre d’un couple de garagistes, qu’il n’a aucun scrupule à nommer, par leur gamine de quatorze ans – dont il fournit obligeamment le prénom, merci pour elle, les auditeurs feront la synthèse, et bonjour la protection légale des mineurs ! Puis il conclut son papier par cette phrase : « Ce soir, toute la population de Marcilly est sous le choc. »

Bizarre, bizarre ! comme marmonnait Jouvet dans Drôle de drame. Au bulletin que j’avais capté la veille sur cette antenne, ce grand professionnel (pas Jouvet ; le journaleux) avait terminé son reportage par la même formule, exactement la même : « Toute la population sous le choc ». Bien. Mais attendez la suite.

Est-ce l’influence de la loi des séries, ou le souci du rédac-chef d’éviter un coq-à-l’âne et de rester dans le ton, ou tout bêtement ce fameux hasard qu’aucun coup de dé n’abolira jamais, l’information qui suit, dans le même bulletin, traite également d’un autre crime, mais triple celui-là, ce qui traduit un louable souci de la progressivité dans la présentation de l’info : à Ligny-en-Barrois, paisible bourgade de cinq mille âmes, un clochard (ici, faisons une pause : je sais bien que généralement on dit « un marginal », ou mieux et depuis peu, « un exclu », le mot « pauvre » étant passé de mode – faut bien enjoliver son vocabulaire, quand on en a peu, surtout lorsque l’on cause aux masses. Néanmoins je traduis, au cas où des auditeurs de Fun Radio seraient passés par accident sur France Inter à la suite d’une fausse manœuvre)… Je reprends : un clochard, donc, aurait assassiné trois personnes à coups de couteau. Oui, il y a, comme ça, des jours où l’actualité vous gâte, petits veinards. Et le reporter local, qui n’est évidemment pas celui dont je parlais tout à l’heure mais un de ses confrères, puisque cette fois ça se passe en Lorraine, termine ainsi son papier : « La petite ville de Ligny-en-Barrois est ce soir en état de choc. »

État de choc », bis repetita placem.

Du coup, c’est votre serviteur qui est dans cet état, et l’amateur de clichés se réveille en moi pour se poser quelques questions : est-ce que ces deux zigotos se sont donnés le mot par téléphone ? Ont-ils fait le pari de rédiger le reportage le plus ringard ? L’un des deux a-t-il, histoire de lui filer un coup de main, faxé son papier à son collègue, qui en aurait quelque peu bâclé l’adaptation ? Ou alors existe-t-il vraiment une règle de la profession qui impose aux journalistes de caser quelques images éculées dans leurs reportages, au titre de la récupération des déchets, et sous peine d’infraction à la déontologie ?

Vu que je n’ai pas de relations à TF1, qui est, comme chacun sait, le dernier bastion en France de ladite déontologie, je me suis contenté d’interroger deux ou trois copains du métier, quoique de moindre envergure que PPD, puisque simples échotiers à « La Dépêche Quotidienne de la Tronche-sur-Mer » ; eh bien, je-me-suis-fait-je-ter ! Impossible d’avoir une réponse.

Le débat est donc ouvert. Mais plutôt que de le poursuivre moi-même, car je n’ai pas que ça à foutre et d’autres l’ont fait avant moi, quoique beaucoup mieux (je pense à Jean Dutourd, avec son amusant livre satirique Ça bouge dans le prêt-à-porter), et comme ce n’est pas encore l’heure de la pub, je voudrais « lancer un message » – ça se fait beaucoup.

Il se trouve, d’une part, qu’à défaut d’en apprendre davantage sur ce nouveau monstre du Loch Ness, cette fameuse déontologie journalistique dont les intéressés se gargarisent à longueur de colonne avec une insistance pas du tout suspecte – plus on la malmène, plus on en cause –, et dont au fond je me soucie autant que de la météo ou de la carrière de Mireille Mathieu, j’ai voulu en savoir plus sur ce récurrent « état de choc » qui enjolive avec tant de bonheur les chroniques des plumitifs spécialisés dans les chiens écrasés. Aussi ai-je posé la question à mon psychiatre favori, lequel, avant de me réclamer trois cents francs, m’a révélé que les sujets en état de choc souffrent en général d’hébétude, comme le serait par exemple le public de Rien à cirer si l’invité était Michel Leeb ; sont parfois frappés de mutisme, tel Papin invité par mégarde au Cercle de minuit et sommé de donner son avis à propos de l’influence des livres de Julien Gracq Écrivain de grande qualité, qui refuse obstinément de donner la moindre interview. Prix Goncourt en 1951 pour Le rivage des Syrtes, il a refusé cette récompense : Sartre n’a donc rien inventé avec son refus du prix Nobel.sur les émissions du Club Dorothée ; ne remuent plus guère, à l’instar du Président Mitterrand ; sont frappés de prostration, tout comme s’ils venaient d’être anesthésiés par la cent soixante-dix-huitième intervention de Balladur dans le journal de Claire Chazal ; incapables de rire, comme à un spectacle de Muriel Robin ; ou, à l’inverse, incapables de pleurer, sinon en écoutant un sketch de Bigard. Quelques-uns, même, ajouta en conclusion mon psy, quelques-uns, atteints d’inappétence, restent infoutus de s’alimenter, à croire qu’ils viennent d’ouïr une chronique de Jean-Pierre Coffe à propos du jambon polyphosphaté sous Cellophane, que je ne répéterai pas ce que c’est – j’ai été élevé chez les sœurs –, sauf que c’est pas du rata. Bref, pour rester dans la bouffe, réduit provisoirement à l’état de légume, ou peu s’en faut, voilà ce qui vous attend si un jour vous subissez les effets d’un état de choc. Ce qu’à Dieu ne plaise. Et j’ajouterai que la note du psychiatre, elle aussi, m’a produit cet effet, mais c’est une autre affaire, et celle de la Sécu.

D’autre part, pour en revenir à nos deux faits divers sanglants, le hasard a voulu que je connaisse un peu l’un des deux patelins criminogènes en question, celui où officia le clodo surineur, « le village du crime », comme on dit dans les journaux bien écrits ; et même, que j’aie un vieux copain à Ligny-en-Barrois.

Alors, annoncé il y a deux minutes, mais il m’a fallu le temps d’y arriver (moi aussi, j’aime prendre mon temps, comme disait Simone Signoret), voici mon message personnel : « René, s’il te plaît, téléphone-moi au plus vite pour me rassurer sur ton compte et sur celui de ta dernière épouse en date et, par la même occasion, sur le compte de tes voisins, amis, connaissances, plombiers, facteurs, employés de l’EDF et livreurs de pizza en trente minutes à domicile... Dis-moi que tu vas bien, que tu manges normalement, c’est-à-dire comme Pantagruel, que tu dors tel un bienheureux ou un téléspectateur de La Marche du Siècle, que tu bois toujours autant de café, que tu continues ton jogging quotidien, et que tu t’envoies en l’air tous les jours que Dieu fait (et Dieu sait s’Il en fait !). Et confirme-moi que ton bled n’est pas devenu Ghost-City, tu sais, la ville-fantôme des westerns ou de Cinquième colonne, le fameux film de sir Alfred. Merci à toi. Je t’envoie mes amitiés. »

Fin du message personnel.

Remarquez, on comprend ce style de journalisme : elles pullulent et fourmillent, les occasions de choc. Tenez, il y a quelques jours, j’ai revu dans un festival Zazie dans le métro, l’excellent film de Louis Malle, d’après Raymond Queneau. Les cinéphiles se souviennent de Zazie, cette petite provinciale de neuf ans, qui venait rendre visite à son tonton parisien le temps d’une journée, et qui avait un langage assez vert. Son expression favorite était « Mon cul ! », et elle portait sur le monde des adultes un regard particulièrement neuf. Ainsi, invitée par l’oncle bien intentionné à visiter le tombeau de Napoléon, elle répondait, je cite de mémoire : « Napoléon mon cul ! M’intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con ! ». Quelle sagesse, à neuf ans, un âge aussi tendre ! Or la projection de ce film était accompagnée d’un documentaire de l’époque, une interview que Pierre Dumayet, l’un des fondateurs de la télévision française, avait faite de Catherine Demongeot, la petite interprète de Zazie, ainsi que de ses parents. Et le Dumayet en question avait consacré l’essentiel de son entretien à cuisiner la gosse, puis ses géniteurs, sur cette question d’importance planétaire : est-ce que dire « Mon cul » à tout propos dans le film n’était pas choquant chez une enfant de cet âge ? Il insista tant et tant qu’à la fin, la petite Catherine, qui commençait à s’emmerder sérieusement, finit par lui balancer l’une des répliques du film, celle que répétait sans cesse le perroquet : « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire ! »

J’ai l’air de critiquer, mais on le comprend, Dumayet. Donner un flingue à des jeunes pas beaucoup plus âgés que Zazie et les envoyer trucider leurs semblables, comme ça s’est fait couramment sous nos cieux et se pratique encore ailleurs, quoi de plus normal ? Mais laisser dire « Mon cul » à une enfant de neuf ans, ça, oui, c’est choquant !

À part ça, je me suis fait la réflexion que les Français, qui aujourd’hui se mettent en état de choc pour un oui ou pour un non, ont décidément bien changé depuis une certaine époque (mais je vous parle d’un temps / que les moins de vingt ans / ne peuvent pas connaître, naturellement) : c’est fou, en effet, ce que la sensibilité a progressé dans ce pays, contrairement à ce que racontent les cassandres, qui estiment que les temps sont de plus en plus durs et qu’on ne sait pas comment tout ça va se terminer ma bonne dame. Or c’est tout le contraire !

Tenez, un exemple au hasard : souvenez-vous de 1942. Quoi, vous n’étiez pas né ? Bon, d’accord, mais vous en avez entendu parler, quand même ? Vous n’êtes pas accros uniquement à Beverly Hills ou à Stade 2 ? Vous avez bien un brin de culture historique, que diable ! Sinon, à c’t’ heure, vous devriez regarder Une famille s’endort ou La cuisine des mousquetons, au lieu d’écouter des cochonneries sur France Inter, comme les petits vicieux que vous êtes. Eh bien, en 1942, on pouvait, beaucoup plus aisément que de nos jours et sans mettre ses concitoyens en état de choc, arrêter des syndicalistes, mettre en cellule des communistes, flanquer des francs-maçons entre quatre murs, ou coller au piquet des instituteurs un peu trop laïques et donc pervertisseurs de la jeunesse, ah ! les salauds. Pratique, non ?

Ses voisins, on pouvait aussi les dénoncer à la Milice du Maréchal, sans le moindre problème, et sans avoir à fournir la plus petite justification (la lettre anonyme, avec la bombe atomique et la poêle Téfal, est l’une des plus belles inventions du génie humain, à mon avis). En 1942, sans l’ombre d’une difficulté, administrative ou autre, on pouvait faire rafler par les flics français autant de Juifs qu’on voulait, il n’en résultait aucun inconvénient pour sa carrière future, au contraire. Et vous pouviez, pour peu que vous résidiez à Vichy et que vous vous appeliez Bousquet, aller jusqu’à prier gentiment la Police parisienne de kidnapper 4115 enfants juifs que les nazis ne vous réclamaient même pas, Ils avaient demandé à la police parisienne de rafler tous les Juifs au-dessus de seize ans, uniquement. Plein de zèle, Bousquet fit rafler tout le monde et demander aux Allemands ce qu’il devait faire des enfants (entassés, sans leurs parents et sans soins, pas même d’hygiène, dans deux camps de la région parisienne). Très embarrassés, les nazis firent attendre leur réponse quatre semaines avant d’accepter le cadeau et d’expédier les gosses dans les camps d’extermination. Pas un n’en est revenu. Plus tard, Mitterrand a dit de Bousquet, notamment, que c’était un homme remarquable et qu’il avait « rendu des services ». Lesquels ?les expédier franco de port à Auschwitz, puis, après cela, l’esprit tranquille, faire une brillante carrière à la banque Indosuez et devenir l’ami très protégé du Président de la République. Variante : devenir préfet de police sous De Gaulle et ministre du Budget sous Giscard, et Papon qui s’en dédit.

Ah ! la belle époque ! Comme je regrette de ne pas l’avoir vécue, on savait s’amuser en ce temps-là ! Aujourd’hui, ce n’est plus possible, le chœur des pleureuses réagit au quart de tour, et on ne peut plus se permettre des gags aussi primesautiers. En cette fin de siècle décadente, plus moyen, même (sauf peut-être à Rien à cirer, mais ce sont des mal élevés, dans cette émission), de risquer la plus insignifiante plaisanterie, ni sur les Ritals, ni sur les Portos, ni sur les Arabes, ni sur les Espagos, ni sur les Juifs, ni sur les Rosbifs (tiens, ça rime, dirait Jacques Ramade), ni sur les homos, ni sur les nains, ni sur les Noirs, ni sur les femmes – boudins ou pas boudins. À la rigueur sur les Belges, les Suisses ou les socialistes, mais c’est lâche : à supposer qu’ils y entravent quelque chose, ils sont incapables de se défendre. Moi, en tout cas, j’ai des scrupules. Et comme les Américains ont réussi à nous refiler le virus du « politiquement correct », si on veut rigoler sainement, à la française, quoi ! il ne nous reste plus que les belles-mères, les maris cocus et l’âge de Line Renaud. Mais on le faisait déjà dans les années cinquante, et on ne va pas loin avec ça.

Bref, on ne doit pas cho-quer !

Ainsi, tenez : vous vous souvenez de ce calembour débile qu’avait glavioté Jean-Marie Le National sur le compte de ce ministre dont tout le monde aurait oublié le nom sans, justement, cette fine plaisanterie : « Durafour-crématoire » ? Quel tollé, cré vingt dieux ! Remarquez, pas tellement dans le public, qui s’en fout pourvu qu’on ne touche ni au tiercé ni au foot ni à Johnny Hallyday ni à lady Di, mais surtout dans la classe politique (oui, on dit « la classe politique », en souvenir de la défunte émission « La classe », défunte, mais surtout navrante, et que ne rougissait pas de présenter un incertain Fabrice.sur FR3).

Durafour-crématoire », ça vous revient ? Pas un seul de nos requins hexagonaux, tant de l’opposition que de la majorité d’alors, qui ne se soit déclaré choqué par ce jeu de mots d’une subtilité toute roucassienne. « Choqué » ! Ah que c’était beau ! Oh le superbe consensus ! De la bouillante Arlette à feu Rocard, du marmot Sarkozy à la marmotte Raymond Barre, de Valéry Marchais à Georges Giscard (je les confonds tout le temps), et même de Lalonde à Waechter (c’est vous dire les extrêmes !), qu’il était touchant, cet accord parfait dans l’indignation ! Quel rassembleur, ce Le Pen ! C’est lui qu’il nous faudrait. Et tous totalement sincères, bien entendu. C’est simple, on aurait dit le retour de l’état de grâce, comme à l’époque du fameux sketch des roses interchangeables La cérémonie d’inauguration de la première présidence « de gauche », mise en scène par le réalisateur socialiste et mitterrandolâtre Serge Moati, et qui montrait Mitterrand, sur fond sonore de Neuvième Symphonie, en train d’arpenter les couloirs déserts du Panthéon pour y déposer une rose sur les tombes de Jean Jaurès, Jean Moulin et Victor Schoelcher, a déclenché quelques fous-rires : parti avec une seule rose, le nouveau chef de l’État se retrouvait miraculeusement pourvu d’une nouvelle fleur de rechange, surgie on ne sait d’où… mais juste à point pour la tombe suivante.au Panthéon sur une musique de Ludwig Van et un décor de Roger Hart. Moi, en tout cas, rien qu’à évoquer le souvenir de cette unanimité dans le style bien-pensant, j’en ai presque les larmes z-aux yeux.

Vous imaginez, par exemple, un type comme Pasqua, Avant de se lancer dans la politique, Charles Pasqua a été représentant de la maison Ricard.choqué par la fine plaisanterie du Menhir, et donc frappé par les symptômes que je décrivais tout à l’heure via mon psy ? Pasqua, cet homme de fer, aux nerfs d’acier, à l’âme trempée dans, notamment, le Pastis 51 (la boisson des vrais hommes), subitement hébété, prostré, réduit au silence, Pasqua qui ne mange plus, et qui ne boit plus, et qui ne… oui, ça aussi, et qui ne glisse plus de peaux de banane sous les pieds de Chirac, et qui ne s’intéresse plus à son avenir électoral ; in-sen-sible à tout ! Même aux immigrés clandestins qui chaque jour envahissent sournoisement nos magnifiques commissariats rien que pour faire chier les flics, comme le firent justement, en 1942, les Juifs dont je parlais tout à l’heure, en squattant le Vel’ d’Hiv’, ces sournois !… La cata ! Rétrospectivement, j’en frémis rien que d’y penser.

Aussi, je forme un vœu : bien que je ne crois pas en vous, faites, mon Dieu, que Philippe de Villiers (mes respects, monseigneur !) n’aille pas, lui aussi, depuis qu’il a pris pour modèle le Grand Blond avec une chemise noire, se lancer dans le calembour ! J’ai des sueurs froides rien qu’à imaginer le Fou du Puy balançant des vannes du genre Longuet-Stapo, ou Médecin-Sépulcre, ou Michel Noir-de-fumée, ou encore Carignon-dans la Gueule ! Affreux !

Allons, j’aime mieux ne pas y penser, ça me mettrait en état de choc.