Frères humains, sachez-le : Satan, que les ploucs mal renseignés confondent avec Lucifer, Celui que les braves gens naïfs, ou dupés par le pape qui entretient farouchement ce mythe, appellent « le Diable », porte plusieurs noms, davantage génériques que précis, car ils ne désignent pas tous, en fait, le même personnage : Satan, Belzébuth, Méphistophélès, Lucifer, etc. Surnommé également « le Malin », cest-à-dire le malfaisant et non pas le rusé.prouve son existence, comme laffirment certains théologiens ça commence très fort, je sens quon va faire dans le culturel, aujourdhui , en insinuant dans lesprit de lHomme la conviction de sa non-existence à lui, le Malin. À dessein, disent-ils, de lenfoncer dans la tentation du péché en lui ôtant toute crainte de la sanction finale : « Je nexiste pas, vous pouvez y aller ! », avec, au bout du compte, suprême déconvenue : lEN-FER !
Cest du moins ce que me disait au téléphone André Frossard, André Frossard, écrivain français décédé, auteur du livre à succès Dieu existe, je lai rencontré, téléphonait souvent au pape, dit-on. la semaine qui a précédé sa dernière, je veux dire ultime et définitive, rencontre avec Dieu. Il tenait de Sa Sainteté JP2 cette intéressante théorie ; or le Souverain Pontifiant doit savoir de quoi il parle, après tout, cest son boulot, et le Diable, il le connaît personnellement pour lavoir nommé jadis évêque à Évreux.
Pardon pour ce préambule rien moins que folâtre, amis païens qui êtes si peu concernés, mais on ne môtera pas de lidée que Dieu, qui doit aimer samuser, lui aussi, de temps à autre (ou alors, quel gaspillage ! Ce ne serait pas la peine dêtre le Créateur de toutes choses), que Dieu agit parfois de façon similaire, quoique plus subtile : normal, il est catholique, donc un peu jésuite. De sorte quafin de mieux éprouver le pécheur en lui inspirant lidée que Lui non plus nexiste pas, je limagine fort bien se réveillant un beau matin, et sexclamant « Nom de Moi ! Et si aujourdhui Je créais les supporters de football ? »
Eh oui, athées endurcis, ne cherchez plus de vains arguments ! Telle est ma conviction, bien ancrée comme le Phocea dans le Vieux-Port de Marseille : les supporters de football SONT la preuve que Dieu nexiste pas !
Comprenons-nous : je dis « les supporters de football ». Pas « le football ». Personnellement, et quoique jai pas mal bavé, dans ma jeunesse, que mes profs de gym successifs, têtus comme des ânes que Bardot naurait point encore castrés, Ce tartuffe femelle sétait vu un jour confier, par un voisin naïf qui partait en voyage, un âne nommé Charly. Jeune et fringant, lâne se mit illico à courtiser une ânesse que Bardot possédait. Sans autre forme de procès, sans même avertir le maître de Charly, la grande prêtresse de la protection animale fit alors venir un vétérinaire et lui enjoignit de castrer le coupable. À son retour, constatant lirréparable, le voyageur imprudent traîna B.B. en justice. Que croyez-vous quil arriva ? Cest lui qui fut condamné à vingt mille francs damende, pour avoir tenté, selon les attendus du tribunal, de se ménager aux dépens de la vedette une « notoriété factice » Quant au pauvre âne, toujours plus malchanceux, il mourut écrasé par une voiture en novembre 1998.aient tenté de me faire pratiquer « ce criminel supplice : les jeux obligatoires », pour reprendre lexpression du colonel Lawrence « dArabie » (si si ! Il la dit, dans son récit La matrice, où il y raconte ses tribulations d'engagé volontaire comme simple soldat dans la Royal Air Force – après avoir été colonel !), malgré ces navrants débuts dans la vie, donc, auprès desquels la jeunesse de Jean-Luc Lahaye fait figure de comédie musicale mise en scène par Vincente Minelli et interprétée par le bondissant Gene Kelly, je ne rejette pas les sports, et, si vraiment cen est un, je nai rien contre celui-là. Ni pour, ne tombons pas dans lexcès inverse. Afin de vous donner une idée, mon ignorance de ce jeu et mon indifférence à son égard sont telles que je nai jamais su la signification exacte de termes comme penalty, corner, tackle, tie-break ou surface de réparation (réparer quoi, on se le demande. La tronche des spectateurs coxés par Cantona, je suppose). Jignore, et je ne suis pas loin de men vanter, où se tient un avant-centre, je ne comprends goutte à la tactique des tirs au but, et jen suis encore à me demander (ou plutôt, je ne me le suis jamais demandé) quelle est la différence entre un carton rouge et un carton jaune. La couleur, peut-être ?
Ah ! mais, je vous demande pardon, le réalisateur de lémission vient de me souffler quelque chose dans mon oreillette. Oui oui oui, merci. Bon. Alors, il paraît que jai proféré une ânerie (normal, quand on a limprudence, comme je lai fait, de mentionner Bardot) : le mot tie-break nappartiendrait pas au vocabulaire du football. Très bien, jen prends acte. Il est vrai que je ne me passionne pas davantage pour la course automobile. Mais jaurai au moins appris ça ce matin, on progresse, on progresse
Je disais donc que je nai aucune opinion sur les sports en général ; je suis incapable de dire si le foot permet de prendre son pied et le rugby de rester au-dessus de la mêlée, et je connais un tas de gens parfaitement honorables qui ne savent pas que la pelote basque se pratique sur une patinoire. Par conséquent, je nai rien non plus contre les footballeurs eux-mêmes, et ne comptez pas sur moi pour chercher la différence entre Ginola et Barilla, ou vous servir le rituel numéro sur Jean-Pierre Papin : après tout, je nen sais rien, moi, sil est vraiment nunuche ou sil fait seulement semblant pour être populaire, comme Jean-Édern Hallier, le peintre miro Miró est un peintre célèbre, comme nul ne lignore. Quant à lécrivain Hallier, toujours en mal de singularité, il sest mis à la peinture du jour où il est devenu aveugle (du moins le prétendait-il). Même sa mort fut comique : il se cassa le cou en tombant de bicyclette. Mais à Deauville, tout de même, pas à Aubervilliers.(qui barbouille comme un cochon, mais ça fait au moins quelques tableaux que Cantona naura pas peints ! Ah ah !).
Certes, il mest arrivé naguère de lire dans un journal, qui par exception nétait point « Paris-Match » cet indispensable ornement pour salles dattente de dentiste , de lire, disais-je, linterview dun dénommé Julien Bokandé, footballeur à Nice, si mes souvenirs sont intacts, et quun journaliste avait cru bon dinterroger à propos de cette horrible coutume de lexcision, quon fait subir aux petites filles, bien sûr sans la moindre anesthésie, dans certains pays dits pudiquement « du Sud » lorsquon ne veut pas froisser nos amis africains. Réponse de lindividu qui pense avec ses pieds, et dont je garantis labsolue authenticité (de la réponse, pas des pieds) : lexcision ? « On pratique ça dans mon village. Je trouve que cest tout à fait normal... Il y a une grande fête pour loccasion, on va à la mer. Cest sympa... On dit quune femme excisée est plus fidèle parce quelle ne ressent pas lenvie de faire lamour. Alors les hommes préfèrent les filles excisées pour se marier »
Cest sympa, en effet.
Donc, ainsi que je viens de le démontrer, je nai rien contre les footballeurs. Pour ma part, je le répète, si le foot et ses pratiquants me laissent froid, je ne leur suis pas hostile a priori. Je trouve même très beau, très charitable, que des municipalités mettent des terrains spéciaux à la disposition de ce genre de personnes, afin quelles puissent sy ébattre en toute tranquillité, et surtout loin de chez moi. Mais, en ce qui me concerne, à la fréquentation des stades de football, je préfère nettement le Polo.
Oui, mon ami sappelle Paul, ou plutôt Paul-Édouard (un prénom bien sympathique ! Mes respects, monsieur le Premier ministre), et souvent, je me laisse aller à le surnommer « Polo », comme font, à ce quon raconte, les gens du peuple ! Ce pastiche des murs prolétaires, bien quun peu facile, nous fait mourir de rire. Oui, nous avons su rester simples. Mais en fait, quon se rassure, Polo, lui du moins (car je suis conscient de mes propres limites), est un garçon très smart et plutôt raffiné ; parfois un tantinet rugueux, peut-être, ce qui pimente son caractère comme lolive aiguise le goût du martini ou comme une ligne de sel sur le bord du verre relève celui du margarita, pour les snobs férus de culture yankee. Bien sûr, il lui arrive dexagérer un peu et de manifester quelques furtives poussées dintolérance envers ce quil appelle « la plèbe »(pour les lecteurs de « Voici », qui nont pas autant de vocabulaire que les abonnés à « Points de Vue - Images du Monde », je traduis : la plèbe, ce sont les gens de peu). Normal, ce brin de morgue : son père est général (qui a dit « croque-morts » ?) et son oncle archevêque. Ou linverse, je ne sais plus ; je ne les fréquente pas, ils ne veulent pas entendre parler de moi.
Or justement, cest avec Polo que jai eu récemment une petite discussion au sujet du football. Je ne résiste pas à lenvie de vous en faire part.
Quel divertissement de balourds ! clamait mon ami. Non mais, tu les as vus, ces babouins, avec ces shorts trop larges style officier de larmée des Indes, et ces chaussettes de fantassins ? Courir ainsi dans la boue, de vrais dératés, à se disputer un bête ballon rond, tels des singes se chamaillant pour une noix de coco ou un fauteuil présidentiel ? Alors que les quatre ou cinq cents terrains de golf des Yvelines sont quasi-déserts ! Stupéfiant, non ? Moi, je trouve ça contre-nature.
Naturellement, je protestai :
« Contre-nature » ! Tu attiges, Attiger, pour « exagérer », est un mot argotique plutôt démodé.Polo chéri. Cest pas toi, la nuit dernière, qui prétendait quentre nature et contre-nature, il ny avait pas plus de différence quentre amiral et contre-amiral ? Il y a des fois où je me demande si tu nas pas pété un joint, mon grand.
Je nose vous rapporter ici sa réponse, par crainte de choquer Jacques Gaillot qui nous écoute certainement à présent quil a du temps libre, Il venait de se faire virer de lévêché dÉvreux. Et il a effectivement chanté avec la troupe de Rien à cirer. Une incartade de plus, après, entre autres, une interview dans « Lui » et une autre dans « Gai-Pied ». et afin de ne point profaner les murs de ce studio, devenus une sorte de lieu saint depuis que ce prélat, toujours prêt mais jamais las, y interpréta, peu avant Noël de lan passé, un pieux cantique en la compagnie recueillie de mes camarades ici présents ; prouesse qui na pas peu contribué à son limogeage par le Vatican, où un pape venu de lEst entend sans doute remettre en usage les procès de Moscou. Petites causes, grands effets, ou de linfluence de Rien à cirer sur les décisions de la sacrée hiérarchie, pardon, de la hiérarchie sacrée...
Mais revenons à nos crampons. Non, je ne vous dirai pas la réplique de mon ami Paul : outre le souci de ménager les oreilles chastes, ma vie privée ne regarde personne, et je ne vais pas métendre plus longtemps sur Polo.
Pourtant, je dois convenir que, sur le fondement, si jose dire, de la question, il navait pas entièrement tort, et ce nest pas un certain Escobar qui viendra lui apporter la contradiction, vu quil engraisse aujourdhui les asticots. Attention, je ne fais pas allusion à Pablo Escobar, le célèbre humaniste de Colombie et bienfaiteur des jeunes, hélas rappelé à Dieu lannée dernière, et qui lui-même aimait beaucoup le football ; mais à un joueur de foot, homonyme et compatriote du précédent, et qui a eu linfortune, au cours dun match disputé en terre étrangère entre léquipe colombienne et une équipe états-unienne, de marquer un but contre son propre camp. Considéré comme un traître par ses compatriotes, il a, dès son retour au pays, été abattu de douze balles dans la peau par ses supporters déçus. Comme quoi, le baron Pierre de Coubertin nétait pas la moitié dun con, qui tablait sur le sport pour développer le fair-play entre les humains et faire la nique au nationalisme obtus.
Vous allez me dire que cet épisode en forme de vendetta se déroulait, non pas en Corse, comme il serait normal, mais en Amérique du Sud, et que ce ne sont pas des gens comme nous. On a même vu, jadis, une vraie guerre éclater entre deux pays dAmérique centrale, à cause dun match perdu ou gagné, ça dépend du camp où vous vous placez. Impensable chez nous, jen suis bien daccord.
Ce nest certes pas en France, non plus, quon verrait des bandes de skinheads ou de hooligans investir la tribune ouest du Parc des Princes, par exemple, ou des néo-nazis faire partie du service dordre du Paris-Saint-Germain, ce club que subventionne la très au-dessus de tous soupçons Mairie de Paris (mes respects, monsieur Chirac !) : le convenable Michel Denisot, toujours si propre sur lui, et qui en est le président délégué, ne le supporterait pas, cest le cas de le dire. Et on ne trouvera que des malveillants pour rappeler quen avril 1990, le « roi » des skinheads, car ils ont un roi, comme les Espagnols et les grenouilles, par ailleurs créateur des « Jeunesses nationalistes révolutionnaires », et qui se faisait appeler « Batskin » lorsquil assurait le service dordre du Front National, par exemple à la fête des Bleu-Blanc-Rouge en septembre 1993, mais qui se prénomme plus banalement Serge, Le « roi » des skinheads surnommé « Batskin » se nomme Serge Ayoub. Il sest reconverti dans la vente de motos.avait obtenu le limogeage du commissaire de police chargé de la sécurité du Parc des Princes, dont la tête ne lui revenait pas. Faut les comprendre, ces jeunes, sans doute auditeurs fidèles de Skyrock ; ils ont leur sensibilité, et la présence en ces lieux de ce flic était une véritable provocation : il était antillais !