Il paraît que notre invité daujourdhui préfère dialoguer avec les incroyants plutôt quavec les croyants ; histoire, sans doute, de ne pas gaspiller son temps, qui est précieux. Alors, disons quavec moi, il est bien tombé. Notamment parce que, moi qui nai rien à foutre évidemment, jadmire sans réserves les gens qui nont « jamais le temps » !
Gaillot, mon gaillard, voilà un petit moment que je vous ai à lil. Décidément, cest toujours vous quon retrouve dans la plupart des coups fourrés. Vous avez le diable dans la peau, ma parole, et vous fournissez des crosses pour vous faire battre !
Pourtant, Sa Sainteté Jean-Paul II (mes respects filiaux, Très Saint Père !) vous avait sanctionné pour vos nombreux écarts de conduite : en vous éjectant de votre évêché dÉvreux pour faire de vous lévêque in partibus dun évêché algérien imaginaire mais porteur dun nom très joli et presque floral, Parténia, non seulement il prouvait ainsi un sens de lhumour que daucuns lui contestent parfois, mais il vous a, comme on dit à la télé, proprement mis au placard. Eh bien, rien ny a fait, et vous êtes allé percher rue du Dragon (pour un loyer modique), avec les fauchés et les mal logés. Comme si la place dun évêque était avec les pauvres ! Non mais, vous pédalez dans la choucroute, mon ami ! Est-ce que vous vous prendriez pour Jésus, par hasard ? Ou pour Nazarin ? Ce héros éponyme du film de Luis Buñuel était un prêtre tellement bon, tellement dévoué, tellement charitable, bref, un tel emmerdeur, quil finit par se mettre toute sa hiérarchie à dos et se faire chasser comme un chien galeux par ses propres paroissiens, lesquels auraient sans doute préféré Don Camillo.
Vous le savez pourtant bien, que si Jésus revenait et se remettait à bousculer les règles bien établies comme il faisait lors de sa première tournée en province, tantôt prêchant le mépris de la famille (si si ! auditeurs, lisez donc le Nouveau Testament : ce bon fils y passe son temps à couvrir sa mère de son dédain), tantôt boxant les marchands du temple, tantôt voyageant en compagnie de femmes à la réputation douteuse, il aurait tôt fait dêtre déclaré schismatique par le Vatican. Et comme on se marre, à lidée que les puants de droite prétendent se réclamer de lui Vous navez aucune chance dêtre réhabilité du côté de Neuilly-Auteuil-Passy, en vérité je vous le dis.
Ah ! ce nest pas le tout nouvel académicien Jean-Marie Lustiger qui aurait agi dune façon aussi conne : en voilà un qui sait y faire ! LAcadémie, Lustiger !
Arrêtons-nous un instant sur le cas complexe de Lustiger. Je sais quil doit se trouver un certain nombre desprits forts, ricanant bassement sur la divine surprise de cette élection sous la Coupole. Eh bien, je le proclame, elle ne fait que conforter la réputation de courage qui auréole ce prélat, et ici je ne plaisante pas ; car, du courage, il en a fallu, autrefois, à ce petit Juif de quatorze ans, pour se convertir au catholicisme en bravant sa famille, lui aussi, comme Jésus ; famille qui, dit-on, ne lui a pas pardonné. Mais aussi, quel dommage quil nait pas eu, à ce moment, le courage de braver également ceux qui laccueillaient au sein de lÉglise catholique, en conservant son prénom dorigine, Aaron, et quil ait préféré sappeler Jean-Marie, un choix que jespère il doit regretter aujourdhui ! Sil me naissait un gosse, je sais sur quel versant du Mont Sinaï je ferais mon choix.
Bref, ce courage, il le manifeste une fois de plus au soir de sa carrière, en bravant le ridicule daccepter un fauteuil quai Conti sans avoir écrit le moindre livre. Et il est vrai quil y succède à son compère et néanmoins ennemi intime Decourtray, archevêque de Lyon, lequel, lui non plus, navait pas commis le moindre bouquin. Mais justement, nest-ce pas une façon de rendre hommage à la littérature, que de se replacer dans la situation décrite par ce roman de Gaston Leroux, Le fauteuil hanté ? Il sagissait dun roman policier savoureux, certains dentre vous lont peut-être lu, où lon voyait les académiciens français se faire assassiner les uns après les autres, un serial killing avant lheure et qui tarissait fatalement le flot des candidatures aux places devenues vacantes. Un brave homme finit par proposer la sienne au secrétaire perpétuel de la digne assemblée, lequel fut un peu surpris pourtant dapprendre que le postulant ne savait pas lire. Quimporte, puisque, en fin de compte, il fut élu triomphalement ! La morale était sauve !
Mais, on le sait, savoir écrire pas plus que savoir lire nest indispensable sous la Coupole, où les usages veulent depuis toujours quy siège au moins un cardinal et un maréchal de France : or, si les maréchaux savaient écrire, ça se saurait !
De toute façon, pour vous, Gaillot, cest plutôt mal barré, vous avez autant de chance daccéder à la dignité de cardinal que Sophie Forte Sophie Forte faisait partie de Rien à cirer ; elle donnait assez dans le genre mécréant. de devenir supérieure du Carmel ; quant à dégoter un maréchal, ny pensons plus, il y a en ce moment une cruelle pénurie. Et vous navez aucun titre, mon pauvre ami, pour accéder à cette dignité : il faut, soit être sergent et sappeler Mobutu, soit avoir commandé en chef victorieusement face à lennemi – c’est la règle. Et par malheur, on manque de guerres vraiment sérieuses en ce moment. De plus, ça ne métonnerait quà moitié si vous étiez AUSSI anti-militariste, pour compléter le tableau. Toutes les provocs, je vous dis.
Pourtant, si vous y aviez mis un peu du vôtre ! Si vous aviez consenti, je ne sais pas, moi, à faire allégeance à vos supérieurs ! À être humble, à ne pas faire de vagues, à vous soumettre ! Plutôt que daller faire le zouave sur on ne sait quel rafiot pacifiste, Jacques Gaillot a participé, sur le bateau de Greenpeace, à une manifestation antinucléaire au large de latoll de Mururoa.au risque de nous attirer de nouvelles bisbilles avec lhonnête Nouvelle-Zélande qui en profitera, après avoir bien fait monter la mayonnaise, pour nous re-fourguer ses moutons comme la fois précédente , vous rouleriez peut-être en Mercedes et logeriez dans un pallazzo à un jet dhostie du Vatican. Au lieu de ce costume étriqué, plutôt minable, dans lequel je vous vois aujourdhui, que cest à fendre le cur, vous porteriez probablement la robe rouge cardinalice et le chapeau. Vous fréquenteriez des gens un peu plus huppés quHigelin ou Jacquard ce renégat gauchiste , dîneriez à la Tour dArgent, et mettriez des comtesses dans votre lit. Quel gâchis !
Il y a des jours où je me demande si vous ne seriez pas un peu complice de cet autre agitateur médiatique, jai nommé labbé Pierre. En voilà un, tiens, que jaimerais bien avoir en face de moi pour lui dire ce que je pense. Na-t-il pas déclaré, plusieurs mois avant lélection présidentielle, et sur France Inter sil vous plaît ! que Jacques Chirac était incapable de gouverner la France, que ses promesses de réquisitionner les locaux vides de Paris pour les mettre à la disposition des sans-logis nétaient que du vent, et que sil tenait Jean Tiberi et avait vingt ans de moins, il le « rosserait », textuel, et pas moins ? On se demande où il va chercher tout ça. Tiberi, incapable dassurer aux nécessiteux le droit au logement ? Je ris ! Demandez plutôt à ses enfants. Ou priez Jean-François Kahn Nul nignore que Jean Tiberi, successeur de Chirac à la Mairie de Paris, sest compromis dans le népotisme et le favoritisme immobilier. Mais ses enfants nont pas été les seuls servis : certains journalistes comme Jean-François Kahn ont aussi bénéficié dappartements de la Ville de Paris, pour un loyer modique.de vous pondre un édito là-dessus.
Mais je sens que je vous agace à parler de labbé Pierre : bien sûr, aujourdhui, cest vous linvité ; pas votre rival en battage publicitaire ! Je voulais seulement dire que, sur le plan de la diplomatie, vous êtes aussi fortiches lun que lautre, quoique dans un style différent. Vous, cest le style doucereux, chat faisant la chattemite, mais assassinant dun mot un journal aussi convenable que « Le Pèlerin » ; Dans une précédente émission de Rien à cirer, Gaillot avait affirmé quil ne lisait jamais ce journal catholique, « pas intéressant ».
Quant à « Lui », Gaillot a effectivement donné une interview à ce célèbre journal, après son interview dans « Gai-Pied », le défunt hebdomadaire homosexuel. En fait, Gaillot a donné des interviews à tout le monde, avant d’ouvrir son site Partenia sur Internet. lui, plutôt dans le style bulldozer, réclamant la mise à la retraite du pape, et soulignant (au cours dune interview dans « Elle », quand vous préférez « Lui ») que « le Christ se déplaçait à dos dâne, pas en Cadillac », et suivez plutôt son regard.
Mais aujourdhui, le cher vieillard barbu semble avoir pris sa retraite télévisuelle, ce qui nest pas votre cas. Pourtant si, en fin de compte : il a fini par se faire très discret, après avoir été pris la main dans le sac lors de la publication de son dernier bouquin, largement plagié sur un autre ouvrage dun auteur moins connu.On le comprend : se faire huer à la soirée anti-sida pour des propos pas très opportuns sur la fidélité comme seul garant contre le virus, propos arrachés sous leffet de la fatigue par un intervieweur plus pressé que scrupuleux, ça nest pas très valorisant. Si encore il navait pas aggravé son cas en se faisant piéger par le roi du Maroc, lequel, pour tenter de redorer son blason un peu taché de sang, avait organisé une rencontre devant les caméras de TF1, dans une émission sans lendemain de Guillaume Durand ! Le prodigieux échange intellectuel sétait réduit à deux minutes et vingt secondes de reportage, montre en main : les deux minutes pour le roi, qui débita des platitudes sur la religion et sur lHomme « qui ne doit pas se substituer à Dieu » comme si lui-même y croyait ! , et les vingt secondes pour labbé, qui répondit tout aussi platement que la misère risquait dengendrer le fanatisme, ce quévidemment on ignorait.
Je vous en conjure, Gaillot, gardez-vous de vous laisser coincer aussi bêtement dans ce genre de combine foireuse : vous restez le dernier en piste, nallez pas foutre en lair votre capital de popularité, cest si précaire.
Finalement, vous voulez que je vous dise ? Labbé Pierre et vous, deux emmerdeurs, voilà ce que vous êtes ! Et, à cette époque de consensus mou, deux dinosaures de Catholic Park que certains voudraient bien empailler et coller au musée. Cest pourquoi je préfère vous supplier de ne surtout pas vous calmer, den faire un max tant que vous le pouvez encore, et de continuer à saper les conformismes. Car, comme dirait Anne Roumanoff Anne Roumanoff, chroniqueuse à Rien à cirer, terminait toutes ses interventions par une adresse à linvité du jour : « Continuez, moi je vous aime bien. » , et malgré vos petits côtés agaçants, « on-vous-ai-me-bien » !