Les chroniques imaginaires de "Rien cirer" - Par Jean-Pierre Marquet

Le 11

Dimanche 12 novembre 1995

Comme moi, vous avez dû entendre sur France Inter la nouvelle publicité de France Télécom : des vedettes comme Smaïn ou Frédéric Mitterrand vous incitent à consulter l’annuaire électronique sur le minitel, qui, selon elles, parle désormais « votre » langage. Tentant, non ?

C’est mon vice, je l’avoue, j’aime bien prendre au mot les publicités, et comme c’est la voix de Smaïn que j’ai entendue la première fois, cela m’a incité à taper sur le clavier de mon minitel la phrase suivante : appeler les keufs. Normal lorsqu’il s’agit d’un Arabe. Eh bien, le croiriez-vous, que dalle ! Le minitel n’a pas compris mon langage. Je me suis rabattu sur appeler les flics, et là, c’est vrai, il pige. Bien. Il n’empêche que j’ai dû m’y reprendre à deux fois, et ça, la pub ne s’en vantait pas.

Mais je n’allais pas m’en tenir à ce coup d’essai, et j’ai poursuivi mes recherches, uniquement pour vous rendre service, auditeurs chéris.

Tels que je vous devine, bande de petits fripons, il doit y avoir parmi vous pas mal de dragueurs, toujours en quête de l’âme sœur, comme ils disent dans les journaux bien écrits. J’ai donc repris mon minitel, et j’ai tapé draguer. On allait voir ce qu’on allait voir, ma soirée était assurée. Ben non ! Ce mot magique m’a valu un écran où paraissaient les options suivantes, intéressantes certes, mais qui ne répondaient tout à fait ni à mon attente, ni à la vôtre, je le parierais : « DRAGAGE : vous pouvez choisir : 1°) travaux de dragage ; 2°) travaux maritimes, hydrauliques et fluviaux ». Je sais bien qu’une entreprise de dragage telle que vous la concevez, amis obsédés, débouche souvent sur des flots... euh, de passion, mais bon, là, on s’égarait de toute évidence.

Mais c’était ma faute, je n’avais pas été assez précis. Pourquoi ne pas tenter carrément avec « sexe » ? Aussitôt pensé, aussitôt fait, j’ai tapé sexe sur mon clavier, et j’ai obtenu l’injonction suivante : « PRÉCISEZ : 1°) parties du corps ; 2°) sexologie ».

Ma foi, essayons parties du corps, on fera le tri ensuite.

Patatras ! Je me suis retrouvé devant une liste de quatre spécialités médicales, allant du généraliste aux hôpitaux et hospices, en passant par les cliniques ! Quant à sexologie, mis à part un « cabinet de relaxation et de sexologie pour tous et toutes » dont je ne vous donne pas l’adresse mais que vous trouverez facilement, je me fie à vous, le mot ne renvoie, là encore, qu’à une tapée d’instituts et de cliniques, à vous dégoûter de la drague électronique et du minitel.

Aussi, croyez-moi, laissez tomber France Telecom et son gadget à touches, et achetez plutôt un magazine spécialisé, c’est pas ça qui manque, et là au moins, on est sûr du résultat !