Ce week-end, jai surtout regardé Canal Plus. Samedi, il y avait dabord lexcellent (parfois) magazine 24 heures, qui avait envoyé ses porteurs de caméra suivre quelques-uns des nouveaux ministres le jour de leur installation dans leur ministère.
Cest ainsi quon a pu voir la toute nouvelle secrétaire dÉtat à la Santé prendre possession de ses bureaux, et sétonner que celui occupé avant elle par Simone Veil soit si peu féminin. On avait sans doute oublié de lui dire que Momone était le seul homme du gouvernement précédent.
On a aussi admiré Douste-Blazy sémerveillant du luxe de son ministère, celui de la Culture, au Palais-Royal, et sefforçant de recruter un éventuel collaborateur, lequel réservait sa réponse. Là, je ne comprends pas : comment hésiter devant une perspective aussi exaltante que celle de côtoyer quotidiennement Douste-Blabla ? Malheureusement, on ne nous a pas montré le sémillant ministre au Festival de Cannes, où lattendait Noël Godin dit « le Gloupier », lentarteur belge ; dommage, on aurait pu admirer la vivacité des réactions du nouveau ministre, un homme de décision ! « Le Canard Enchaîné » a rapporté quen voyant surgir lentarteur, Douste-Blazy sest engouffré dans sa voiture et a ordonné à son chauffeur de démarrer en quatrième vitesse abandonnant son épouse sur le trottoir. Voilà un homme qui sera parfait dans le fauteuil de Jack Lang.
Vu également Debré ; pas le père, Michel Debré, qui troqua en 1959 ses convictions personnelles (il était très « Algérie française ») contre un poste de Premier ministre sous De Gaulle, poste où il dut exécuter une politique exactement contraire à celle quil préconisait avant sa nomination, est le père de Jean-Louis Debré, devenu ministre de lIntérieur en mai 1995, et de Robert Debré, professeur de médecine, éphémère ministre de la Coopération sous Balladur.non : lun des deux faux jumeaux, celui qui est handicapé mental, le prénommé Jean-Louis. Ancien magistrat, le voilà nommé ministre de lIntérieur ce mélange des genres na pas lair de le gêner , alors, il va visiter un commissariat. Tout le monde a lair content de son sort et du nouveau ministre, et on lui offre un café. Il na pas demandé où se faisaient les passages à tabac, crainte sans doute de déranger. Pourtant, çeût été logique, après le café, on passe au fumoir, chez les bourgeois.
Quoi encore ? Toubon, of course ! On le voyait dabord, en compagnie de sa femme Lise, prendre son petit déjeuner en écoutant France Inter, puis se rendre au ministère de la Justice, toujours à lécoute de France Inter dans sa voiture. Eh bien, en voilà au moins un qui ne pourra pas prétendre ignorer ce quon dit de lui sur cette antenne. Jespère quil ne rate jamais Rien à cirer. Mais cest surtout Lise qui retient notre attention : elle se déclare épuisée par lénergie que déploie son Jacquot, et prétend quelle ne peut pas suivre. Mais qui te le demande, chérie ? Le soir, on la retrouve qui se réconforte en mangeant des pâtes dans un restau en compagnie de quelques amis, et qui gémit sur la réputation dégueulasse que font les Guignols de lInfo à mister Allgood. Comme elle est précisément filmée par un caméraman de la chaîne qui produit les Guignols, ce doit être un hasard. Il paraît que ses petits-enfants ont dit à Toubon que, sous les traits de sa marionnette, il avait « lair con mais gentil ». De quoi tu te plains, Lise ? Con et gentil, mais cest le mari idéal !
Le lendemain, sur la même chaîne, jai regardé la remise des « récompenses » (on se croirait dans un pensionnat) au Festival de Cannes. En général, je ne raffole pas de ce genre de pince-fesses, où tout le monde se congratule en couronne, et où lon applaudit mécaniquement à nimporte quoi, comme à Nulle part ailleurs. Mais je voulais savoir le sort réservé à Mathieu Kassovitz un type que je trouve extrêmement sympa, justement parce quil ne cherche pas à plaire et à son film La haine. Jai donc partagé le plaisir visible que procurait, à cet excellent comédien réalisateur et à ses amis, leur prix de la mise en scène.
Malheureusement, ce nest pas Kassovitz mais un ex-Yougoslave qui remporte la Palme dOr : je me demande si, parfois, il ny aurait pas des arrière-pensées politiques dans le choix des jurys. Ce metteur en scène, qui avait déjà décroché le cocotier il y a dix ans avec un film aussi laid que misérabiliste, Papa est en voyage daffaires, semble cultiver la ressemblance physique avec Spielberg, mais, du peu quon a montré de son film, passablement ridicule, je pense quil a encore du chemin à faire pour en acquérir le talent. Sa précédente production, Arizona dream, reste un de mes pires cauchemars de spectateur, et javais failli chialer de voir sy fourvoyer ainsi Jerry Lewis et Johnny Depp, qui ne sont pas, eux, des artistes bidons. Cela dit, ça nengage que moi.
Un point positif : à aucun moment de la cérémonie, Jeanne Moreau ne sest cru obligée de chanter. Lors du gala douverture, elle nous avait gratifié dun duo avec Vanessa Paradis que tout le monde sétait accordé à trouver « émouvant », et je nai jamais pu savoir laquelle des deux chantait faux. Mais cétait peut-être la faute du guitariste qui les accompagnait, et qui navait pas su choisir la tonalité pour son accompagnement, étant donné que lune et lautre chantaient dans des tons différents. Le public a applaudi, là encore
Voilà, à part ça, je me suis fait suer, mais comme je my attendais, pas de quoi se plaindre. Jai éteint mon téléviseur avant la fin, on devrait faire ça plus souvent.
Rendez-vous lan prochain. En attendant, allez voir La haine, de Mathieu Kassovitz. Je ne serai plus aussi louangeur après ses deux films suivants, Assassins(s) et Les rivières pourpres.
Je sais, je suis partial. Mais pour une fois