La mort de Georges Pompidou, président de la République, cest par Claude Villers que je lai apprise ce qui ne coule pas de source. Dans son livre Parole de rêveur (éditions Le Pré aux Clercs, 2004), Villers, entre autres anecdotes, relate les circonstances dans lesquelles il a été amené à terminer une de ses émissions par lannonce du décès de Pompidou une fonction qui, à première vue, ne lui incombait pas, puisquil produisait alors et animait chaque jour Pas de panique, une émission comique de deux heures en direct !
Lépisode montre, de manière exemplaire, à quel point limpréparation, la ringardise et lirresponsabilité peuvent faire des ravages dans le service public, comme on le voit couramment, par exemple, à France Télévisions.
Le mardi 2 avril 1974, Pas de panique se termine. Il est 22 heures, la Maison de la Radio est quasi-déserte en tout cas, les responsables sont tous rentrés chez eux , et Villers sapprête à céder la place au journaliste chargé de lire le court flash dinformations prévu pour cette heure tardive, puisquil ny a plus de journaux complets après celui de 19 heures. Ce flashman, cest François Foucard (le même que je prends comme tête de Turc dans dautres pages pour ses idées réactionnaires et sa propagande papiste, et Villers, peu porté sur les idées de droite et les bondieuseries, ne se privait pas de faire de même !).
Alors que Claude Villers range ses affaires, et que le technicien lance une bande magnétique chargée de diffuser une publicité qui appelle à collecter des fonds au profit de la lutte contre le cancer, un assistant dépose une dépêche de lAgence France-Presse sous les yeux de Foucard, qui la passe à Villers. On peut y lire : « Pompidou est mort ».
Depuis des mois, nul nignore, en tout cas chez les journalistes, que le président de la République, Georges Pompidou, est précisément atteint dune forme pernicieuse de cancer, et que ses jours sont comptés. Villers a beau hurler dans linterphone « Pas le cancer ! Pas le cancer ! », trop tard, lannonce de la mort du président est précédée à lantenne dune publicité incongrue et quon ne peut pas stopper ! Mais ce nest que le début...
Comme il faut « enchaîner », Villers prévient sa réalisatrice Monique Desbarbat, pour quelle prépare une musique adéquate, et lit le communiqué : « Le président de la République vient de séteindre. Dans quelques instants, nos informations ». Oui, mais quelles informations ? Certes, les dépêches arrivent peu à peu, mais il manque lessentiel : la notice nécrologique du défunt. Chacun le sait ou sen doute, les journaux nattendent pas le décès dune personnalité pour rédiger ce résumé de sa vie et de sa carrière : les « nécros » sont prêtes des mois à lavance. Celle de Pompidou est donc en conserve, mais où ? Dans une armoire blindée, dont nul na la clé ! Souvenez-vous : tous les responsables sont rentrés chez eux. Pour comble, la réserve de musiques « tristes » de Monique Desbarbat nest pas inépuisable, et la discothèque de Radio France est fermée !
Première parade à cette pénurie de musique : Villers demande à Pierre Lattès, qui doit lui succéder au micro après le flash dinformations, de faire un saut chez lui pour en rapporter des disques, puisquil habite à côté. Lattès file chez lui, pendant que Villers téléphone... aux pompiers de Radio France pour forcer la porte de la discothèque, ce qui est bientôt fait, et à la sécurité pour avoir la clé de la fameuse armoire blindée, démarche vaine puisque personne ne la. Les pompiers en viendront à bout avec une barre à mine et un chalumeau...
Quant aux grands chefs, Jacques Sallebert, Pierre Wiehn, enfin prévenus, ils commencent à rappliquer pour organiser la soirée dinformations. Ils ont failli apprendre la nouvelle par les radios concurrentes !...
