Vie et opinions de JPM, agitateur inculte - Claude Villers

Claude Villers

Villers

Claude Villers, né Claude Marx en juillet 1944, est le type même du self made man. D’origine très modeste, il passe son enfance à Paris, rue de Vaugirard (la rue la plus longue de la capitale), et débute à 16 ans dans la vie active comme catcheur ! Il devient journaliste professionnel en 1961, donc peu après. Il a collaboré à « Paris-Jour », à « Radio-Télé Magazine », à « La Presse » et à « La Vie Parisienne ». En 1962, il se tourne vers la radio, qu’il ne va plus quitter, en travaillant avec Jean Yanne et Jacques Martin pour L’Équipe n° 1.

Après un bref passage à RTL, il passe en 1964 sur France Inter, d’abord comme correspondant à New York, d’où il ramènera son épouse... qu’il a pourtant rencontrée à Paris. Amené à remplacer José Artur, qui avait été suspendu six mois par le président de Radio-France, Arthur Conte, pour une histoire de publicité clandestine au profit d’une marque de vodka, il se tire si bien de sa tâche qu’on lui confie sa propre émission, Pas de panique, en 1972 : une quotidienne en direct de deux heures, entre 19 heures et 21 heures. Y font leurs débuts le futur réalisateur Olivier Nanteau, qui travaillera plus tard sur les émissions de Thierry Le Luron, ainsi que Patrice Blanc-Francart, qui passa ensuite sur une autre radio avant de diriger une chaîne de télé privée, et Bernard Lenoir, toujours présent sur France Inter plus de trente ans après. Luis Rego, ancien guitariste du groupe Les Problèmes, les accompagnateurs du chanteur Antoine, rebaptisés ensuite Les Charlots, fait partie de la bande. Même Coluche, encore inconnu, est du voyage – de « l’aventure », comme on dit aujourd’hui. L’émission est variée, hilarante et créative, elle aurait pu durer beaucoup plus longtemps, mais Villers y met fin en plein succès après trois saisons, pour passer, avec Marche ou rêve, à un autre genre, les émissions de voyage : il adore voyager, surtout en train. Un peu pervers, Villers avait choisi ce titre en prévoyant ce qui allait arriver : les présentateurs de France Inter, sans doute un peu distraits, ou habitués à lire en diagonale, annonçaient régulièrement « Marche ou crève » !...

Cette habitude de ne jamais exploiter un succès, il la gardera durant presque toute sa carrière, et certains, comme Jacques Chancel, qui fait et refait Radioscopie, inlassablement, depuis presque quatre décennies, se contentant tout au plus de changer le titre, feraient bien de l’imiter !

Villers produit également La Vie des français sous l’occupation, avec l’historien Henri Amouroux, et diverses émissions culturelles, dont une inoubliable série de chroniques sur Paris, avec le photographe Robert Doisneau. Beaucoup plus tard, il y aura Marchands d’histoires, où sa voix de conteur fait merveille.

De 1972 à 1989, il produit et présente des émissions, réalise des documentaires et des films pour de grandes chaînes de télévision. Il est également l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur le thème du voyage, de la découverte, des histoires vraies ou fausses ; de scénarios de films ; et d’une biographie de Francis Blanche, Le tonton flingué, qui a reçu le Prix de l’Humour 2002, décerné par l’Association des écrivains de langue française. Son dernier livre, publié en 2006, Impertinences, insolences, vacheries... et autres traits d’esprit, publié en collaboration avec José Artur, est hélas baucoup moins réussi : les vingt-neuf pages de présentation par les deux compères, si elles contiennent une intéressante analyse de l’impertinence opposée à l’insolence, sont farcies de redites ; quant à corps du livre lui-même, qui est un recueil de mots d’esprit, on n’y trouve rien d’inédit... et beaucoup de citations erronées ! Y compris dans les réparties prononcées au cours des émissions de Villers lui-même ; à croire qu’il ne les a pas réécoutées. Oublions...

Claude Villers a également joué de petits rôles dans neuf films réalisés entre 1977 et 1996, notamment par ses amis Luis Rego et Bob Swaim. On l’a même vu, summum du kitch, embrasser Joan Collins, la vedette de Dynasty, dans le téléfilm Sins qu’elle avait produit, et où jouaient aussi Jean-Pierre Aumont, Marisa Berenson, Capucine, Timothy Dalton, Arielle Dombasle, Giancarlo Giannini, Lauren Hutton, Sam Karmann, Régine, Alexandra Stewart, Peter Vaughan... et Gene Kelly (si si !).

Le Tribunal des Flagrants Délires

À la rentrée de septembre 1980, Villers produit sa nouvelle émission, pour la première fois en public, Le Tribunal des Flagrants Délires, qui connaîtra deux saisons, avec une interruption d’un an. Voir la page qui lui est consacrée.

Bienvenue au paradis

Une tentative a été faite de ressusciter le Tribunal, après le décès de Desproges en 1988. Ce fut Bienvenue au paradis, lancée en septembre 1988. Le principe restait le même, avec un habillage différent : l’invité mis sur la sellette était censé se présenter devant saint Pierre, un jury de « bienheureux » décidait de son sort en fin d’émission (paradis, enfer ou purgatoire), le diable, en la personne de Luis Cifer (sic) – Rego, évidemment –, l’accablait, cependant qu’il était défendu par un archange Gabriel, bizarrement incarné par le journaliste de droite Dominique Jamet, aussi peu fait pour le rire que Pascal Obispo pour la chanson ou Bigard pour l’humour. En début d’émission, un ange gardien présentait l’invité : Isabelle Motrot faisait ses débuts en public, et son billet était un petit chef-d’œuvre d’esprit. C’est elle qui, avant l’émission, recrutait les cinq spectateurs appelés à former le jury, et je fus ainsi son tout premier recruté de la première émission !

On doit noter que ces deux émissions de radio avaient pourtant lieu dans un décor fait pour le théâtre, et que les participants revêtaient le costume de leurs personnages – si l’on peut dire, s’agissant de la seconde...

Bienvenue au paradis ne survécut pas à la première saison – la seule par conséquent. L’absence de Desproges se faisait trop sentir, et nul ne pouvait s’empêcher de penser à lui. Villers avoua que s’il avait survécu, il aurait été de l’équipe, bien entendu, puisque les deux hommes, brouillés au printemps 1983, s’étaient réconciliés entretemps.

Le Vrai-Faux Journal

Conteur né, voyageur impénitent, doté d’une voix harmonieuse qu’il prête volontiers au cinéma documentaire, Villers est aussi un véritable créateur, et les émissions de divertissement ont été longtemps son exclusivité sur France Inter. En 1990, il créa Le Vrai-Faux Journal, toujours sur le même créneau horaire, le plus écouté, entre 11 heures et midi. Sous couleur de faire un journal radiophonique, l’actualité y était sérieusement malmenée, et les chers confrères journalistes copieusement raillés, à commencer par Jean-Luc Hees, futur directeur de la station, alors tête de Turc attitrée, dont le nom suscita des centaines de calembours quotidiens et volontairement débiles. Villers y avait notamment son billet du jour, « L’Éditorial d’Yvan Dubaï » – allusion à Yvan Levaï, alors directeur de la rédaction –, et il y était féroce.

L’émission n’était pas publique. Isabelle Motrot faisait encore partie de l’équipe, qui comptait quelques nouveaux, dont Laurent Ruquier, Virginie Lemoine, et quelques jeunes gens talentueux, dont Laurent Tastet, ainsi que l’imitateur Pascal Brunner. Elle dura deux ans.

Tous aux abris !

La dernière émission publique de Claude Villers s’intitula Tous aux abris ! : dans un décor sinistre de sous-sol bétonné, censé imiter les caves d’un service barbouzard, Villers et son équipe « cuisinaient » l’invité du jour pour le faire avouer. C’était donc une troisième mouture du Tribunal, la moins bonne, il faut l’avouer – comme si le cœur n’y était plus. L’équipe était entièrement nouvelle, et comptait entre autres Jean-Jacques Bernard, futur critique de cinéma à France Culture, Gustave Parking, humoriste, Jean Dell, futur auteur dramatique, et Marianne James, aussi douée pour l’écriture que pour le chant lyrique. Diffusée à 17 heures, parfois en direct, parfois enregistrée par avance, l’émission ne dura qu’un an. À cette date, le créneau de 11 heures à midi n’était plus occupé par Villers, mais par Ruquier, dont l’émission Rien à cirer triomphait depuis septembre 1991 et devait durer jusqu’en décembre 1996.

Après cela, Villers, dont la santé n’était plus à son zénith, ne conserva plus qu’une émission sur les voyages, diffusée le dimanche après-midi, Je vous écris du plus lointain de mes rêves. Elle a duré sept ans, et s’est achevée le dimanche 26 juin 2004, date à laquelle Villers a pris sa retraite, à l’âge de soixante ans.

La mort de Pompidou

Non, il ne s’agit pas d’une émission de Claude Villers, mais d’un événement qu’il a dû annoncer à l’antenne. Cette histoire piquante est racontée ici.